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Bon Dieu, où est donc l’État ? Hélas ! Où sont les Soudanais ? Où sont passés les vrais Maliens ? C’est quoi cette gouvernance au garde-à-vous ?

Ce qui s’est passé est inadmissible, et il n’est jamais tard de le dire, afin de mettre chacun face à ses responsabilités dans notre communauté de destin. Les évènements récents au Nord interpellent toute conscience civilisée.

Comment est-ce possible que des pays étrangers, la Mauritanie et la France, pour ne pas les nommer, se liguent pour violer allègrement, comme si de rien n’était, notre intégrité territoriale, sous prétexte de poursuite d’un fantôme (de leur espièglerie), sans que personne ne proteste (à part la dénonciation de l’enlèvement de paisibles bergers par des députés de Tombouctou) ?

A ce que je sache, ni la présidence ni le gouvernement, pas même la représentation nationale (nos parlementaires, endroit et envers), n’a bronché, tous confondus dans un silence confus et confondant, mais surtout coupable.

Serait-ce une omerta de calcul idiot, ou de manque de courage collectif devant le fait accompli ? On a bien mal à savoir dans ces conditions qui nous gouverne, qui nous représente, et qui nous garantit en fin de compte ? Bon Dieu, où est donc l’État ? Hélas ! Où sont les Soudanais ? Où sont passés les vrais Maliens ? C’est quoi cette gouvernance au garde-à-vous ?

Aucune source officielle compétente n’a fait cas d’une association, ou même de simple information de nos autorités quant à cette intervention sur le sol souverain du Mali. On a vu le ministre des Affaires étrangères français dépêché après coup à Bamako, pour arrondir les angles, mais surtout brouiller les cartes et faire rentrer dans les rangs.

On apprend que des élus français auraient prétendu que le président malien avait été mis au parfum. Une foutaise. Parce que même si ce fut le téléphone bleu, l’État malien n’est pas la personne de son président, et ce n’est pas un coup de fil à Hamadi (encore plus grave) qui vaudrait autorisation d’incursion de bidasses. On nous prend pour qui ? Cherchez donc vos imbéciles ailleurs.

Il s’agit bel et bien d’une atteinte à l’intégrité du territoire national, pourtant garantie sur papier par quelqu’un dans la Constitution ; intégrité foulée au pied et bafouée par des armées étrangères à la barbe de la nôtre, et qui plus est, sont de pays en mauvaise senteur avec nos dirigeants pour des raisons inavouées, dont ledit raid trahit bien certaines zones d’ombre. Lisez les révélations de la presse.

Je repose la question : comment la France (la Mauritanie étant instrumentalisée dans l’affaire) peut-elle se permettre cette expédition en rodéo à Tobrouk, et le Mali d’aujourd’hui laisse faire, bouche cousue, comme si de rien n’était ? Pitié, mon Dieu. Pitié. Qu’avons-nous fait pour mériter cette infamie, pour nous déconsidérer de la sorte, dans le mépris de notre sentiment national de dignité ?

A défaut de protestation officielle, baroud d’honneur diplomatique classique, normale en pareille situation d’impuissance manifeste, même pas un symbolique rappel de notre représentant, ou de convocation de leurs ambassadeurs résidents chez nous, pour faire semblant d’opérer une mise au point, de réagir, d’être là, tout au moins pour sauver la face. C’est gravissime !

Je me pose sincèrement la question de savoir de quoi et de qui sommes-nous ainsi victimes ? Il n’est point besoin d’expertise pour mesurer la portée de pareille forfaiture. Rien que le bon sens devrait nous épargner cette misère de la gouvernance de soudard. Nos bêtises et notre lâcheté suffisent à nous aliéner, définitivement.
Le plus grave, c’est lorsque l’ignorance pavoise dans l’arrogance, et qu’il n’y a plus malheureusement de « bilakoro » dans la ville pour oser dire au régent qu’il est dévêtu, pour ne pas dire nu ; le penseur l’avait dit autrement : cela marque ainsi le début de la tyrannie. On l’aura cherché, mais surtout mérité. Continuons à dormir, tranquilles, comme si de rien n’était.

Le retour à l’esclavage, à la servilité totale, n’est plus pour longtemps. Ceux qui se croient à l’abri, ou non concernés, seront surpris.
Je n’ai pas bien perçu de mise en garde provenant de la presse. Mais, je suis avant tout sidéré de voir qu’un tel crime contre la nation, contre la conscience nationale, est possible dans le Mali de cette génération aux affaires, la mienne, parmi laquelle j’ai des camarades et aînés que je tiens en estime, malgré tout (leur trouvant moi-même de gentilles excuses, bien naïves).

Malheureusement, dispersés dans des formations politiques caporalisées, aujourd’hui au seuil de leur crédibilité : Adéma, Sadi, Miria, Parena, RPM, Cnid, URD, plus la vieille garde, et quelques sans parti, ils sont tous épinglés dans le faux-jeu politique des illusions d’une proto-démocratie négrière spéculative, où, lamentablement, ils sont en train de perdre au fur et à mesure leurs idéaux, leurs convictions, leurs réactivités d’antan, pis : leurs âmes, égarées pour toujours dans le sable mouvant de la compromission et des alliances contre nature.
Tout cela, parce qu’ils se sont trompés de récipient.

Entre contenu et contenant, eh oui, il y a une dialectique élémentaire, mon cher Jacques. Et la « contradiction principale » n’est pas qu’un vieux concept de marxiste illuminé, c’est une boussole de lutte pour garder l’essentiel, tenir le cap, ne pas se laisser distraire par des plaisantins et philistins, là où notre liberté, notre dignité et notre souveraineté sont en cause.

Ils étaient bien meilleurs mes amis dans le temps lorsque étudiants et « abonnés aux expédients » en France, en URSS, ou à Dakar, ils gardaient le Temple. Mes « korô » aussi, dont certains n’arrivant pas justement à dépasser les problèmes de personne, ont préféré sacrifier le combat commun à la basse matérialité de leur ego corrompu de jouissances. La dignité, de guerre lasse, a pris congé, depuis, laissant le champ aux marmitons et aux coyotes.

Et maintenant, nous sommes pris au collet par la vague déferlante d’une « génération perdue », avec ses Spartacus, et cet épouvantail de vaudeville, en installation burlesque, de la horde pelée de margoulins, indexés comme « amis du pouvoir ». Le sombre écueil de la tourbe simiesque, de la meute courtisane, est à l’horizon. Le réveil sera dur et brutal.

Voyez, Maliennes et Maliens dignes du nom, où les ambitions malsaines d’opportunistes et la couardise généralisée nous mènent ; comment on devient victime de soi-même par calcul de benêt. Les Wangaran ont tiré et tirent leur révérence, la tête haute et fière d’avoir servi. L’Afrique des Wangrin… triomphe, avec sa bannière d’opulence promise dans la servitude.

Aux patriotes qui gardent encore le sens de l’honneur, qui est le socle éternel de cette nation, je dis : ne désespérez jamais de la patrie, car notre pays, évidemment, vaut mieux que ça. C’est bien pour cela que je proteste.

Au nom de tous les Maliens qui aiment et ont une idée respectable de leur pays, j’endosse le manifeste d’une vigoureuse protestation auprès de toutes les institutions républicaines, des partis politiques, surtout eux, des ambassadeurs concernés, de l’Armée malienne, de notre jeunesse, contre l’invasion inamicale, aventurière et provocatrice par des troupes françaises et mauritaniennes de la terre malienne, africaine, de paix et d’hospitalité. Le Mali ne saurait être un champ incertain d’exercices alibis pour traquer du gibier de potence, comme fait d’armes de Clovis en Provence.

De grâce, respectez notre pays, et nous saurons le faire respecter, parce que le peuple malien, indépendamment de la figure de ses dirigeants du moment, mérite le respect de tous, pour son Histoire éloquente, son humanisme caractérisé, sa générosité jamais démentie, la valeur des hommes de parole qui n’ont nullement versé dans la traîtrise, l’esprit large des braves qui l’ont mené des siècles durant, défendu contre les prédateurs en tout genre et de tout acabit, et dignement incarné ses grandes vertus.
Janjo !

Mohamed Coulibaly

(ingénieur)

03 Août 2010.