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CEDEAO, UA , ONU : main basse sur le Mali ?

Plus que les bandits armés au nord du Mali, le CNDRE semble être la cible numéro un à éliminer coûte que coûte dans cet imbroglio malien. Les requêtes se suivent sans se ressembler, avec pourtant l’anéantissement de se mouvement salvateur du peuple malien. Un mouvement qui a mis à jour les indignes tractations de certains manipulateurs connus aussi bien qu’inconnus qui visaient le partage du Mali au nez et à la barbe des Maliens. Que savent les membres du CNRDRE qui font d’eux l’ennemi public numéro un aux yeux de la CEDEAO, de l’Union africaine et de l’ONU ?

Le peuple malien aurait-il le même destin que le peuple palestinien, auquel les Occidentaux ont retiré une partie de leurs terres pour y loger des populations juives à recaser ? Les propriétaires d’hier sont à présent à la merci des hôtes qu’ils ont reçus si généreusement. Le peuple malien doit-il faire revivre l’histoire qui a été et qui pourrait servir de leçon ?

D’autre part, qui pilote l’acharnement de la CEDEAO à vouloir coûte que coûte déverser sur le sol malien une panoplie de soldats de tout acabit, gardiens internationaux au service des puissants de ce monde ? Car, par «monde», comprenez-bien que l’Afrique n’en fait et n’en fera jamais partie tant que ses dirigeants continueront de se rabaisser au point de renier les intérêts de leurs propres peuples, peuples grâce auxquels, ils sont pourtant à la place qu’ils occupent aujourd’hui.
Concernant la situation troublée au nord du Mali, il y a différents problèmes. Et à chaque problème sa solution.

La partition du Mali proclamée par le MNLA est le problème au nom duquel la mobilisation générale est proclamée par la CEDEAO et par l’Union africaine. Les membres du MNLA sont cependant des Maliens pour la plupart. Qui mieux que les forces de sécurité nationales sont mieux placées pour faire face à des rebellions internes ? Pourquoi revendiquer la paternité de l’acte de délivrance jusqu’à en imposer les stratégies à appliquer. L’école militaire de Koulikoro ne forme-t- elle pas des officiers en provenance de diverses nations africaines ? Devrait-on sous-estimer les capacités militaires de tous les soldats du Mali, au point de les supplanter par d’autres, venant d’ailleurs ?

Le mouvement Ansar Dine, tout aussi de nationalité malienne revendique l’application de la charia au Mali. Vu les doutes persistant au sein des populations du nord sur la bonne fois de ces dirigeants, cette revendication est apparemment rejetée par la population locale. L’instauration de la charia ne peut se faire sans l’accord des populations, à moins que l’on n’en revienne aux guerres de religion. Encore une fois, ceci est un problème interne qui ne justifie pas la présence de forces étrangères téléguidées de l’extérieur du Mali, pays, a priori, souverain.

La présence d’AQMI dans le nord du Mali, ne date pas de maintenant. Les trafics de stupéfiants à travers le désert malien ne datent pas non plus d’aujourd’hui. Cette guerre contre le «terrorisme» et les stupéfiants est-elle la motivation première des âpres défenseurs de la démocratie occidentale ? Y-a-t-il eu des interventions armées extérieures en France, aux Etats-unis, au Royaume-Uni, en Italie, bref dans toutes ces nations garantes du pacifisme et de la démocratie, lorsque des présences «terroristes» armées y ont été repérées ?

Si l’Occident se sent menacé, cela est compréhensible, mais qu’on ne vienne surtout pas faire croire aux populations maliennes que la guerre que l’on veut mener est pour qu’elle récupère ses territoires.
Les combattants étrangers qui s’activent dans le nord du Mali devraient en être chassés par l’armée malienne avec l’appui de pays amis si nécessaire. Si toutes les menaces devraient être étouffées dans l’œuf avant que celui-ci ne soit pondu, le monde ne serait qu’un gigantesque champ de bataille, où chaque pays enverrait des missiles sur la zone qui l’inquiéterait. «Le Mali ne doit pas devenir un nouvel Afghanistan», soit, mais les populations maliennes ne veulent pas non plus avoir à subir le même sort que les populations afghanes qui voient souvent pleuvoir sur leurs têtes des missiles de la bavure et sont plongée dans une guerre qui n’est pas la leur et ce, depuis plusieurs années. Avec quelle finalité ?

La guerre préventive qui devrait être menée est celle de l’auto-détermination des peuples, celle de la non ingérence dans les affaires internes des nations. Ce ne sera que comme cela que les «terrorismes» induits seront éradiqués. Lorsque les «puissants» de ce monde comprendront qu’ils leur faudraient mettre l’économie et la politique, au service des peuples et non que les peuples deviennent esclaves de leurs propres outils de gestion, seulement ce jour-là, les vies humaines cesseront d’être vainement sacrifiées. Et lorsque les populations des pays pauvres seront à jamais exterminées, leurs propres pauvres leur serviraient de pâture. Puis, il y aura la guerre des «puissants» et c’est là que prendra fin, la lutte pour le pouvoir. Est-ce cela notre avenir ?

Au nom de la sécurité de pays tiers, le Mali serait-il prêt à contribuer au bombardement des régions du nord, sachant que les erreurs de ciblage ne sont pas des exceptions en cas de conflits aériens? Les populations du Nord ont-elles conscience de l’atrocité de la guerre surtout faite par des forces défendant des intérêts différents des leurs. Il est indispensable de réfléchir clairement aux stratégies de libération des populations du nord.
Etre libérés de qui pour être remplacés par qui ? Il faudrait nécessairement s’assurer que ce ne sont pas de nouveaux ennemis qui pourraient revenir à l’assaut sous une forme, peut-être plus venimeuse.

Il est indispensable pour le gouvernement malien de mettre l’intérêt de la nation malienne au dessus de toute considération internationale avant d’engager le pays dans une lutte fratricide au seul profit d’intérêts extérieurs.

Fadimata HAIDARA

L’Inter de Bamako du 11 Juin 2012