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Nous sommes Mardi, 04 novembre 2008. Il est 20h12 GMT, lorsque j’entreprends de vous adresser ce message, que je terminerai sans doute après la proclamation des résultats du scrutin. Le monde entier, dans une fébrilité perceptible dans les villes et les campagnes, les palais et les chaumières, les palaces et les maquis, autant dans les maisons que dans les rues, attend la fin du suspense, celui de vous voir transformer l’essai et gagner ces élections.

Je doute, assailli par tant de problèmes, de préoccupations, et bien d’autres sollicitations, que vous ayez le temps d’apprécier l’enjeu de la chaîne de sympathie et de solidarité planétaires qui s’est formée autour de vous, présage d’un nouveau monde, d’un autre avenir de l’espèce, face aux démons qui s’acharnent dans des manipulations hasardeuses et irresponsables à détruire les équilibres de l’être et du cosmos.

Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, des personnes de toutes races, cultures, confessions, de toutes origines, conditions, obédiences, se mettent ensemble à espérer, prier, appelant de tout leur vœu le sacre d’un seul et même homme qu’ils ont à peine vu, entendu, écouté, encore moins connu. Un miracle ! En quelques mois, vous avez produit un effet que les apôtres ne réussissent qu’au bout d’une vie entière.

Une fois installé dans vos fonctions, tâchez, s’il vous plaît, de ne pas décevoir le Monde : toutes ces légions d’anonymes aux quatre coins du globe, ni noirs ni métis ni américains ni chrétiens, qui vous ont adulé, acclamé, supporté… dans les larmes et la joie.

Vendredi, 07 novembre. Il est 20H08. Tout d’abord, mes félicitations, Monsieur le Président. Je voudrais vous rassurer sur ma motivation. Jeune Africain décomplexé, je nourris l’intime prétention de témoigner de toutes les espérances de ma génération sur le continent.

Logiquement, tous ceux qui vous ont pris en estime souhaitent votre réussite. Nombreux sont ceux qui attendent de vous des solutions aux problèmes récurrents dont ils souffrent. Or vous ne pouvez, objectivement, trouver des remèdes à « toutes les misères du monde ». Personne n’est assez dupe pour ne pas comprendre que vous êtes au service de votre pays, les Etats-Unis, légitimement fondé à défendre ses intérêts ; surtout en cette période critique « d’état d’urgence mondial ».

Personne n’ignore la probable contrainte d’une non remise en cause dans l’immédiat de certains des choix incongrus de l’administration sortante, malgré votre engagement à opérer le Changement. Personne, enfin, ne vous dénie le droit et le devoir de développer une stratégie de puissance propre à garantir la sécurité et obtenir le meilleur rang possible pour votre pays sur tous les plans.

Que malgré tout la Terre entière frémisse pour vous est, entre autres, une preuve que votre pays n’a jamais été l’objet de la haine d’aucun autre, comme les va-t-en-guerres des « croisades de la sainte bêtise » ont voulu le faire croire. C’est en couvrant l’Islam d’opprobre que, pensent-ils, ils se justifient de leur stupide politique d’agression inspirée d’une théorie psy de « choc des civilisations« .

C’est en cassant du musulman que, pensent-ils, ils se justifient de leur désastreuse stratégie de « guerre préventive » de rapine, à faire main basse sur le pétrole, le gaz et les marchés juteux des guerres provoquées. Un brigandage d’Etat, où le voleur crie « Au voleur », contraire aux principes de liberté de cette grande nation formée de communautés provenant de tous les horizons, avec des citoyens de tous les pays du monde.

C’est dire combien cette pratique méprisable de puissances voyous, contre la volonté des Nations Unies, qui a reçu des coups bas au passage, a dégoûté le monde réfléchi, choqué par tant de barbarie, d’abus en tous genres, d’usage de la force brutale, et justifiés par des motifs mensongers, des arguments paranos, au mépris du droit international sans cesse violé, et aux dépends de l’honneur, de la sécurité et de la vie de nombreux citoyens américains, accablés d’ignominies, sacrifiés par la crapule.

L’étoile émérite de premier shérif de la première économie du monde est une responsabilité unique. J’ai noté dans la presse la mention unanime de votre intelligence. Plus qu’un simple compliment de circonstance, nous en attendons tous au moins une chose : la fin de ce cauchemar sanglant de l’inculture travestie en dérive sécuritaire. « Assez, …notre pays vaut mieux que ça » disiez-vous.

C’est ce dépit de raison qui vous fait porter l’espoir de milliards d’individus qui, sans vous connaître, scandent votre nom du fond de leurs baraques, de leurs cases, de leurs huttes, de leurs paillottes, de leurs tentes, de leurs igloos, de leurs pilotis, mais aussi du fond de tant de « prisons » où règne l’INJUSTICE. A y voir clair, qu’est-ce qui différencie Guantanamo d’un camp de concentration nazi ?

Faites donc en sorte que votre pilotage ne souffre le complexe d’un chauvinisme alibi vous amenant à vouloir en faire trop, comme s’il fallait vous dédouaner.

Le meilleur service à rendre à vous-mêmes, aux vôtres, à votre pays, au monde entier, à mon avis, est d’ignorer, autant que faire se peut, votre couleur de peau, qui ne vous a pas fait élire. Je ne vous apprends rien. Seulement, une certaine presse occidentale, malveillante et sournoise, a voulu au départ vous cloîtrer dans une candidature de la race.

Avec la victoire également, les mêmes médias se cabrent sur l’argument de l’origine, comme si votre succès aurait jamais été possible sans une mobilisation déterminante de « l’électorat blanc« , écrasante majorité démographique.

Je voudrais dire que les tentatives d’opposer Noirs et Blancs qui ont émaillé le parcours de cette élection relevaient d’un vil stratagème subversif.

Vos électeurs, Blancs et Noirs, ont communié dans une formidable leçon d’amour, de fraternité et de patriotisme montrant du coup que les discriminations, lointaines réminiscences d’un délire névrotique, sont de plus en plus un fonds de commerce résiduel que s’ingénue à exploiter en politique et dans les affaires une minorité d’insuffisants, adeptes pour cause de la violence, unique argument à tailler le monde à l’image de leurs fantasmes psychotiques.


Monsieur le Président,

L’ordonnateur divin impose aux premiers de ses « troupeaux » un devoir d’exemple. Les Etats-Unis, à l’avant-garde de l’humanité dans la conquête de son futur, doivent être la boussole du devenir, l’étalon de la forge humaine dans le destin du genre. C’est pourquoi ils devraient figurer les qualités d’homme, tenus à nous convaincre de leur mérite avéré, pour nous rallier volontiers à leur dessein dans la gestion du tout patrimoine universel : la vie de l’homme sur Terre.

Le Commandant en Chef n’a pas vocation à montrer au monde des biceps de Hulk pour faire peur et se servir, avec une diabolique machine à intimider les intellectuels, assassiner les journalistes, empoisonner les observateurs, tuer des innocents, victimes de « dommages collatéraux », et passant au compte des pertes et profits le bombage de pauvres populations sans défense croupissant sous la botte, la matraque et l’instinct de conservation de marionnettes irresponsables, impuissants, pris au piège de leur usurpation autorisée, ou commandée, d’un pouvoir sans vertu.

Le Président des Etats-Unis a pour lanterne « les préceptes des pères fondateurs » que vous rappeliez au peuple américain dans votre discours de consécration. Ils s’étaient, eux, affranchis du joug colonial de la couronne britannique, pour porter l’étendard de la LIBERTE. Le pays n’a pas intérêt à vouloir assujettir la communauté internationale à la loi du plus fort, prenant ses libertés avec les règles conventionnelles, et obligeant les autres, à l’exception de ses protégés, à observer des règles de droit qu’il récuse et bafoue à son gré. Le prix de cette arrogance sera un déclin inéluctable, car David aura raison de Goliath.

Monsieur le Président,

Sortez l’Amérique de cette armure ridicule à saigner les gens au passage, soi-disant qu’elle se protège. Au lieu de passer le temps à inquiéter l’opinion américaine sur d’imaginaires « actions ennemis » redoutées, que cessent sur la scène internationale les manifestations de mépris, les blessures, les vexations inutiles. Dans la nature humaine, le règne de la peur finit toujours par céder à une part d’orgueil qui l’ignore, et qui ne recule devant plus rien.

En retour de l’alléluia planétaire pour votre ascension, faites savoir au reste du monde que les Etats-Unis ne sont pas le diable rouge qui est passé par là, par accident, et que Obama aime toutes les communautés éprises de paix et de liberté. Je vous garantis un résultat qu’aucune espèce de diplomatie ne saurait produire. Les peuples ont marre des fauteurs et seigneurs de guerre, connus et camouflés des réseaux d’intelligence.

Les Etats-Unis doivent changer, en finir avec les paradigmes d’une rivalité idéologique qui n’est plus de saison pour redresser la barre vers un horizon de paix, de liberté et de justice pour tous, Blancs et Noirs, femmes et hommes, Américains et non Américains.

Monsieur le Président,

Que vous soyez fêté au Kenya ou dans n’importe quel pays africain, cela peut se comprendre aisément. En Indonésie, ou à Hawaï, pareil. Mais, que les Japonais d’Obama s’enorgueillissent de l’homonymie patronymique, et manifestent leur soutien au Président des Etats-Unis, est la preuve de tout ce qui ne saurait s’expliquer autrement que par l’Amour. Et, pour tant de raisons, je voudrais vous adresser cette prière …

De grâce, souffrez ma naïveté, mais faites en sorte que cessent en Afrique toutes ces guerres et rebellions insensées, provoquées et alimentées par l’Occident et ses bras séculiers, profitant de notre vulnérabilité et de l’ignorance épaisse qui règne pour mettre le feu et faire croire aux bornés que nous ne sommes victimes que de nous-mêmes.

Vivre sur le dos de l’Afrique sans en avoir l’air est, ma foi, possible sans les massacres, les tueries, les génocides, à nous coller une génétique de violence d’une nature sauvage. L’Afrique est une terre d’amour.

Notre patrimoine millénaire, malheureusement, se désagrège sous le coup des bêtises apocalyptiques, de l’incapacité de l’élite africaine à faire face au jeu du chat et de la souris des puissances coalisées. Je sais que nous devons nous assumer et non supplier. Mais, il est évident que nous ne sommes pas prêts de nous défaire tout seul de ce fardeau avec ses traîtrises intérieures.

Faites donc en sorte que l’humanité entière ne se déshérite bêtement en perdant cette moisson unique de savoirs et de savoir faire. Les puissances peuvent tirer parti de leur rapport à l’Afrique sans ces minables dégâts du fait accompli de bandes d’amateurs, pas à la hauteur du défi mondial actuel qui n’est plus le recours aux armes.

De grâce, répondez au cri d’espoir des Israéliens et des Palestiniens qui veulent faire la paix. Les meilleurs parmi les officiers israéliens ont rendu le tablier parce qu’ils réprouvent la politique belliciste de politiciens de peccadille jouant aux durs et assassinant des pacifistes de tout bord, attisant le feu à chaque fois que la cendre refroidit.

Israël est bien capable de la Paix. Clinton avait ouvert la porte avec Arafat. Bush l’a refermée sur son cadavre semant avec ses acolytes la discorde entre les Palestiniens. Au lieu de prendre partie, ou de donner raison, défendez la juste cause humaine. Elle est inaccessible aux « illuminés ».

Cessez de soutenir les criminels impunis et disculper les bourreaux en trouvant des excuses, ou des boucs émissaires. Si les peuples se haïssent, c’est toujours par le truchement d’apprentis sorciers de la politique, sans background suffisant, inaptes pour la compétition de l’intelligence des nations. La violence est presque toujours un signe de faiblesse de l’intellect. Le monde en émoi salue une Maison Blanche avec un mieux de Matière Grise.

Bonne chance Monsieur le Président !

Que Dieu vous bénisse. Et, que soit béni votre pacte tacite avec tous ceux qui, au pays de souffrances, ont rêvé pour vous, notamment en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, au Kurdistan, en Israël, en Palestine, en Somalie, au Congo, au Soudan, au Vietnam, en Thaïlande, au Japon et en Chine, sur tous les îlots de l’oubli, mais aussi en Corée du Nord, en Iran, à Cuba, au Venezuela, à Haïti, au Sénégal et au Mali – Welcome à Tombouctou !

Que l’esprit et le rêve du Pasteur King triomphent !

Mohamed Coulibaly

19 Décembre