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Dans son discours controversé du 8 mars dernier, le chef de l’Etat avait reconnu la hausse du prix du riz qui, à l’en croire, devrait connaître une autre hausse dans les jours à venir. Pour éloigner ce spectre, l’Etat vient de décider d’accorder des exonérations à tous les opérateurs économiques capables d’importer cette denrée. Cela est-il la solution vu l’amère expérience des exonérations passées ?

Les exonérations, qui consistent à accorder des facilités à des opérateurs économiques dans l’intérêt de la nation, ne sont jamais pourtant parvenues à combler les attentes des Maliens. Les prix deviennent de plus en plus inaccessibles sur un marché national le plus souvent en crise d’approvisionnement. Ce sont ces mêmes exonérations qui continuent aujourd’hui au grand dam des caisses publiques, privées de milliards de nos francs. C’est ce qui amène de nombreux citoyens à conclure que des barons de l’Etat sont les « complices » d’opérateurs économiques, étant donné que les expériences continuent quand bien même elles s’avèrent infructueuses.

Le président de la République a lui-même avoué l’inefficacité des exonérations dans son discours du 8 mars. « A chaque fois que le gouvernement accorde des exonérations à certains commerçants, ceux-ci finissent par augmenter les prix des céréales », a-t-il lancé à la nation. Un aveu qui jette le doute sur les retombées de la nouvelle décision, dans la mesure où les autorités sont conscientes de la supercherie, mais ne peuvent rien contre.

L’invite du président de la République à tous les Maliens capables d’importer du riz et la décision du gouvernement d’ouvrir une liste de candidatures pour l’importation du riz sont passées inaperçues, tant les Maliens n’en voient pas l’utilité. « A quoi cette histoire d’exonération sert si ce n’est des milliards jetés par la fenêtre ? On avait pensé que l’affaire allait être tirée au clair après les exonérations de 2005 qui ont démontré leur l’inutilité », s’offusquent des citoyens.

« Dans ces conditions, il est inutile de mettre les compétences économiques en mission pour assurer l’approvisionnement du pays. Même avec les plus larges facilités douanières ou autres. Préparons-nous plutôt à revivre une expérience récente qui a permis à une poignée de monopoleurs de faire leur beurre sur notre misère. Sans conséquence fâcheuse aucun pour eux. De sacrés veinards ! », S’insurge Ibrahima Khaliloula, un militant de l’Association démocratie et justice (ADJ) dans une contribution au journal « Les Echos ».

« Mauvaise gestion »

Son point de vue est d’autant plus justifié que tout récemment, à la veille du mois de ramadan, l’Etat avait accordé des exonérations à certains opérateurs économiques pour l’importation de certaines denrées de grande consommation.

Hélas ! Elles n’ont pu empêcher la hausse vertigineuse de ces produits sur le marché, alors que des messages faisant état « d’efforts considérables » du gouvernement avaient circulé avec un ouf de soulagement dans le pays.

Depuis cette période jusqu’à aujourd’hui, les Maliens n’ont ressenti aucun moment de « bonheur » avec des prix prenant l’ascenseur chaque jour que Dieu fait.
C’est pourquoi, cette annonce d’exonérations n’a pas suscité la joie des Maliens. Bien au contraire, en demandant à tous les opérateurs économiques capables d’importer du riz de le faire, les « autorités font planer des menaces sur la santé des populations, car la qualité ne sera point au rendez-vous », estiment des citoyens. « Comme la fameuse histoire de pain pour pauvres et pain pour riches, on nous dira qu’il y a suffisamment de riz sur le marché. Du riz, mais quelle qualité de riz ? Du riz pour animaux ! », s’emportent des chefs de famille.

Cette problématique du riz ne fait que nourrir des regrets et de l’amertume chez certains de nos compatriotes. Ils ne peuvent pas comprendre qu’avec l’Office du Niger et ses potentialités incommensurables, le Mali soit toujours dans cette mauvaise posture. « Normalement, les Maliens ne doivent connaître aucune pénurie de céréales, eu égard aux potentialités de l’Office du Niger. Si tel est le cas comme présentement, c’est qu’elle n’est pas bien gérée », jugent des étudiants. Et d’ajouter que « la récente visite du Premier ministre dans la zone n’a pas eu d’effet visible pour le moment ».

Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)

21 Mars 2008.