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Dans un article qu’il a publié le 19 Octobre 2013, l’hebdomadaire malien d’informations générales, d’enquêtes et d’investigations Le Sphinx explique les évènements du camp de Kati par « l’instinct de survie des membres de ce qu’il convient de qualifier d’escadron de la mort », au-delà d’un « simple règlement de comptes entre putschistes ou, comme le prétendent certaines sources plus ou moins crédibles, une banale affaire de promotion et/ou de gros sous ».

Selon le journal, « tout indique que les meurtres et disparitions constatés sont liés à ce fameux mandat de la MINUSMA et par devers, à celui éventuel de la Cour Pénale Internationale (CPI).

Question donc d’éliminer les témoins gênants, chose que le futé capitaine Konaré a vite compris ». Un article écrit avec minutie que votre quotidien ‘’Le Républicain’’ publie comme tel.

Mais dites, quels sont donc les deux camps en conflit ? Une question qui a tout son sens. Et pour cause, les victimes sont censées appartenir à la fois aux deux factions. Tenez : le Colonel Youssouf Abdoulaye Traoré, porté disparu, est présumé de la tendance opposée au Général Sanogo pendant que le lieutenant Dramane Sissoko, mort dans des conditions mystérieuses, est connu pour être le chef de la sécurité du même Général.

En somme, bourreaux et victimes se situent bien dans les deux camps. Mais pour autant, certaines, à l’image du lieutenant Sissoko, ont été vues pour la dernière fois en compagnie de leurs propres alliés.

En clair, leur mort est attribuée non à l’ennemi d’en face, mais plutôt, à leur propre employeur à Kati. Le cas du lieutenant Sissoko est pour le moins édifiant.

Des révélations très compromettantes !

Nous faisions la narration des événements dans notre livraison du vendredi dernier (Sphinx n° 469). Le lieutenant Dramane Sissoko a été appelé au téléphone par le capitaine Christophe Dembélé sur instruction du Général Sanogo, à se rendre immédiatement à Kati, en tenue civile. Il avait été également invité, une fois sur les lieux, d’emprunter la porte dérobée de l’enceinte. Ce que l’appelé fit.

Il n’en revint plus. Son corps a été déposé quelques jours plus tard, à la morgue de l’hôpital de Kati (Sphinx n° 469). Signalons que sa dépouille a été finalement rendue à sa famille le vendredi dernier.

Les siens, devant le refus des médecins de faire une autopsie, ont, avant de procéder à l’inhumation, effectué un scanner afin de déterminer les causes du décès. Des traces de cordes ont été relevées sur ses bras comme pour dire qu’il avait été solidement ligoté et, l’os cervical complètement brisé.

C’est seulement après ces constats devant huissiers que le malheureux a été finalement inhumé. Bien entendu, la famille a porté plainte contre X et l’affaire est confiée à la gendarmerie de Kati. Là, commencent les interrogations suspectes sur fond d’incohérences.

Comment le corps d’un officier peut-il atterrir dans une quasi clandestinité à la morgue d’un hôpital dans une zone aussi sécurisée ?

C’est tard dans la nuit du vendredi du 04 octobre dernier que trois véhicules (2 pick-up et une Mercedes de couleur blanche) sont arrivés aux environs de l’hôpital de Kati. Les militaires du DAMI présents ont identifié deux officiers parmi les occupants.

Selon des témoins, l’un d’entre eux était bel et bien le capitaine Christophe Dembélé, celui-là même qui a appelé par téléphone le lieutenant Dramane Sissoko pour lui demander de se rendre incessamment à Kati sur ordre du Général Sanogo, et surtout, à emprunter la porte dérobée du Q.G.

Selon nos sources, les gendarmes chargés de l’enquête ont fait un excellent travail. Ils ont interrogé les éléments du DAMI qui sécurisaient les lieux. Ces derniers disent avoir interpellé les visiteurs sur les raisons de leur présence à cette heure indue de la nuit. C’était, dira l’officier visiteur, pour apporter des soins à un militaire grièvement blessé.

Un des gardes fit le tour des véhicules et découvrit en effet un corps. En guise de réponse, l’officier qui s’est identifié comme le capitaine Christophe Dembélé, dira qu’il s’agit en effet du blessé dont il est question.

Son état de santé, argumentera-t-il, nécessitait par conséquent des soins rapides. Bref, l’officier ne manqua pas d’argument pour convaincre les gardes, lesquels cédèrent finalement. Après tout, «ne sommes-nous pas tous militaires et de même bord ?». Mais à la grande surprise des éléments en faction, c’est vers la morgue et non le service des urgences que les visiteurs se rendirent finalement.

Ils y déposèrent leur colis avant de disparaître. Signalons qu’à l’heure actuelle, le Capitaine Christophe Dembélé est toujours porté disparu. Nulle trace de lui. Et la moto empruntée par le chargé de la sécurité de Sanogo pour se rendre au rendez-vous a été retrouvée à Kouloba…abandonnée devant une maison avec sa clé. Bizarre comme méthode !

Mais pourquoi le lieutenant Dramane Sissoko, lui qui est chargé de la sécurité du Général Sanogo, donc un très proche, voire, un inconditionnel ? Etait-il de mèche avec l’autre tendance pour éliminer le Général? Evidemment non, puisqu’il ne s’est pas méfié quand il a été invité à se rendre à Kati dans des conditions que l’on sait. Un traitre reste toujours sur ses gardes.

Ce qui n’est pas le cas d’un innocent ! En somme, il ne se reprochait rien, du moins vis-à-vis de son employeur. Faut-il rappeler qu’il avait d’ailleurs été admis à la retraite depuis maintenant un an puis rappelé par le même Général Sanogo ? Bref, il était clean ! Alors pourquoi l’avoir abattu ?

La victime déjà inculpée pour homicide et crime de guerre dans l’affaire des bérets rouges

Le saviez-vous ? Une enquête judiciaire est en ce moment en cours dans l’affaire dite des «Bérets-rouges» ou du «contrecoup d’Etat ». Et le Magistrat chargé du dossier, a formellement inculpé le défunt et deux autres de ses camarades militaires (toujours en vie, d’où la nécessité de taire leurs noms) pour homicide volontaire, tortures, voire pour crimes de guerre.

Une inculpation qui fait suite à une trentaine de plaintes des victimes et de leurs ayants-droits. Et la lourde mais puissante machine judiciaire, désormais, sous l’impulsion des Nations-Unies, s’était d’ores et déjà mise en branle.

Et, on le sait, elle ne devrait se limiter au seul et unique accusé. Et pour cause : le capitaine Sanogo, au moment des faits, a justifié la chasse aux sorcières et même affirmé y avoir pris part en éliminant physiquement certains éléments de ce corps. « Je les ai tués de mes propres mains, « avait-il déclaré dans une interview qu’il a accordée à notre confrère « Le Prétoire »

Et comme si cette enquête judiciaire menée par le juge ne suffisait pas, la MINUSMA a, à son tour, clairement laissé entendre qu’aucun crime commis sur l’étendue du territoire ne restera impuni, allusion faite à ceux commis aussi bien au nord qu’au sud du pays : «Mandat de la MINUSMA».

C’est dans ce contexte, après l’annonce d’une enquête nationale et internationale et la certitude d’un procès, que l’accusé Dramane Sissoko a été retrouvé mort… Nos ancêtres avaient une curieuse manière d’abréger les évidences. En la matière, ils auraient tout simplement dit que «tout le monde sait qu’il n’y a pas deux maraudeurs à Markala et qu’il s’agit bel et bien de Bina-djan… ».

Lassine Keïta dit « Rougeaud », aussi ?

Le corps du soldat Lassine Keïta dit «Rougeaud» a été retrouvé dans des conditions dignes d’un scénario hollywoodien. Suite à la mutinerie de ce début d’octobre, il a mystérieusement disparu de son logement à Kati.

Des témoins affirment qu’il a été aperçu pour la dernière fois dans un bar dénommé «Empire» non loin de la gendarmerie de Kati. Les occupants d’une Land Cruiser V8 -que Sanogo a arrachée au capitaine Konaré trois jours avant-, y sont venus le chercher devant témoins… Et puis, plus rien ! Quelques jours plus tard, les populations de Doukabougou assisteront à un enterrement clandestin dans leur localité.

Après enquête, l’on découvrit qu’il s’agissait de la dépouille du soldat Lassine Keïta dit «Rougeaud» (il était albinos). Lui, à l’image du Lieutenant Sissoko, ne portait pas seulement les marques de cordes sur ses bras : il les avait encore aux poignets et au cou ; mais aussi et surtout, des traces de machettes sur la tête. Il fut enterré en catimini malgré les protestations et réclamations de ses parents.

Comme le Lieutenant Sissoko, cet autre défunt était parmi les putschistes de mars 2012. Il fut d’ailleurs l’un des premiers à accéder au Palais de Koulouba, réussit l’exploit d’exfiltrer les blessés et de contribuer à asseoir l’autorité du capitaine Sanogo (excusez de peu l’euphémisme ici utilisé). Comme le lieutenant Sissoko, lui aussi ne se méfiait pas puisqu’ayant continué à séjourner à Kati dans la plus grande sérénité.

En somme, on eut dit qu’il n’imaginait pas l’ennemi à côté, mais plutôt, loin dans le temps et dans l’espace… Et l’on ne comprend surtout pas encore l’obstination du commandement de la Région militaire à l’enterrer en catimini. Là aussi, les ancêtres auraient dit que «nul n’ignore qu’au sommet de la montagne se trouve une prairie».

Tous étaient proches du Général Sanogo

L’on dénombre, à l’heure actuelle, plus d’une dizaine de morts et de disparus. Ils étaient tous, sans exception, proches du Général Sanogo et ayant, pour certains d’entre eux, intimement collaboré avec lui. Parmi eux figurent le major Seyba Diarra, considéré comme le «nettoyeur», le Colonel Youssouf Traoré, le chauffeur et garde de corps de ce dernier, répondant au sobriquet de «Ganda-Koy».

Il a été retrouvé décapité… On dirait, en tout état de cause, qu’il s’agit, non d’un règlement de comptes, mais d’une élimination de témoins gênants. Et l’on comprend, sous ce prisme, pourquoi le capitaine Konaré a préféré se rendre lui-même aux autorités. Les faits attestent qu’il n’a, en effet, pas pris part aux événements. Mais le Général a pourtant insisté pour le voir quand même.

Il nous revient en effet et de sources généralement bien informées que le Général Sanogo qui ne recevait quasiment pas la visite de son camarade putschiste, a insisté, dans la nuit du lundi au mardi, pour que son camarade le rejoigne incessamment. La même injonction a été faite au lieutenant Sissoko et il ne revint jamais. Le capitaine a, selon toute évidence, compris les enjeux du moment et n’est, par conséquent, plus remonté au QG à l’appel du Général Sanogo. On connait la suite !

Que diraient donc les ancêtres à ce sujet ? Eh bien qu’«il est séant pour un fils dont le père a été tué par un taureau rouge, de se méfier de toute couleur pourpre». Sacrés ancêtres !

En résumé, la quasi-totalité des personnes disparues, et tuées, ont été des proches du Général Sanogo et ont été impliquées dans des affaires qualifiées de crimes de guerre… Ils sont à la fois victimes et bourreaux… L’ancêtre dira alors tout simplement que «celui qui se targue d’être à l’origine du beau temps ne saurait se dédire en cas de mauvais temps».

Batomah Sissoko

journallesphynxmali.com

Le Républicain du 21 Octobre 2013