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La presidence du mouvement citoyen – Le départ de Djibril Tangara – Le soutien à ATT – la transformation du mouvement citoyen en parti politique

Quelques semaines après avoir été coopté à la tête du Mouvement citoyen en remplacement de Djibril Tangara, Hamed Diané Séméga fait l’état des lieux de son association et dévoile ses ambitions pour elle. Les moyens d’action du Mouvement citoyen, ses relations avec ses anciens camarades, ses convictions personnelles et sa vision politique sont au cœur de cette interview exclusive qu’il a accordée à votre bi hebdo.

L’Aube : M. Le président, avec tous ces groupes, associations et autres amicales, on a l’impression d’avoir affaire à une nébuleuse aux contours flous. Qu’est-ce au juste, le Mouvement Citoyen ?

Le terme nébuleux me fait sourire. Ça renvoie à quelque chose d’assez obscur, or c’est tout le contraire du MC. Le MC est un mouvement associatif qui regroupe toutes les personnes de bonne volonté décidées d’accompagner le président de la République, ATT, dans l’entreprise politique qui l’a porté à la tête de l’Etat en 2002.

Il y a, dans le MC, des associations qui ont fusionné pour créer une seule entité. En plus, il y a des personnes physiques qui se reconnaissent dans le projet politique du chef de l’Etat, dans sa personnalité historique et qui inscrivent leurs actions dans le soutien aux actions de cet homme qui est entré dans l’histoire du Mali et qui, aujourd’hui porte les ambitions d’un pays qui se développe avec tous les chantiers qu’il a ouverts. Et, c’est cela qui fait la force du MC.

C’est un mouvement très large, non partisan, qui dépasse tous les horizons. Il a délibérément choisi d’être le creuset de toutes les forces vives qui se réclament du président et de son action. C’est pourquoi, nos textes prévoient la possibilité pour les membres des partis politiques d’être aussi membres du MC. Avec la seule réserve, toutefois, qu’on ne peut pas être en même temps dirigeant d’un parti politique et dirigeant d’une quelconque instance du MC.

Bref, le MC est un large mouvement de rassemblement de toutes les personnes, physiques ou morales, qui ont décidé de conjuguer leurs efforts pour soutenir les actions du président, pour être des relais au niveau de l’opinion nationale et internationale, des actions que le chef de l’Etat mène pour développer notre pays et le hisser au niveau des Etats qui comptent. Aujourd’hui, je peux dire qu’avec ce second mandat qui commence, le MC a eu bel et bien raison d’exister.

Vous venez d’être nouvellement élu à la tête de ce Mouvement, quelles sont vos ambitions pour cette association et comment comptez-vous mener vos missions ?

L’ambition que peut avoir le président d’un Mouvement comme celui-ci, c’est d’être fidèle aux idéaux qui ont été à la base de sa création. Ces idéaux se trouvent incarnés par la personnalité du chef de l’Etat qui est un homme de rassemblement. Toute la vie publique du président ATT est marquée par le sceau de la recherche constante de rassemblement. Il est convaincu, il l’a toujours été, et toutes ses actions l’ont prouvé, que le Mali ne se construira qu’avec l’apport de tous ses fils, sans exclusive.

Le président a volontairement choisi de se placer au dessus de la mêlée politique, pour justement, qu’il n’y ait aucune distorsion dans son message, pour que celui-ci puisse être lisible de tous les Maliens. C’est sa volonté de rassembler, de faire en sorte que le Mali, qui a été divisé par le passé, par des querelles politiques, ne soit pas entravé dans sa bonne marche. Par la grâce de Dieu, les valeurs culturelles traditionnelles de notre pays, qui sont des valeurs de partage et de solidarité, ont toujours pu faire le lit de la cohésion sociale. Et c’est sur cela que le président a bâti sa vision politique. Celui qui se réclame de lui, parce que dirigeant le Mouvement qui se réclame de lui, ne peut pas ne pas s’inscrire dans cette dynamique.

Donc mon ambition, c’est également de rassembler une large couche de Maliens et de Maliennes qui se retrouvent dans les actions du président, qui trouvent que ces actions là s’inscrivent en droite ligne du progrès de notre pays. Je dis à ces hommes et femmes, qui se sont battus, qui ont accompagné le président, souvent dans des conditions très difficiles, qui se sont, sentis peut-être, frustrés parce que nous n’avons pas, au niveau du MC, su créer les conditions d’une bonne communication, que notre action s’inscrit dans une nouvelle dynamique.

Celle de la transparence, mais aussi celle de la communion et de la communication, pour que chacun sache que son action d’accompagnement du président est une action utile parce qu’elle s’inscrit dans l’œuvre, plus grande, de construction de notre pays. C’est cela mon ambition. Je pense que je connais suffisamment bien le MC pour me dire qu’elle n’est pas difficile à réaliser. Parce que partout où je passe, je vois des hommes et des femmes mobilisés derrière le président, derrière l’idéal de société qu’il porte, derrière la vision qu’il a d’impulser le développement national, notamment à travers le PDES.

Ça, c’est un motif de réconfort. Je peux vous dire qu’avec ces hommes et ces femmes, nous sommes déterminés à créer pour le président, comme par le passé, un élan qui porte sa vision dans le cadre du MC, un mouvement rénové, avec des structures qui s’adaptent à son originalité qui en fait un mouvement politique pas comme les autres.

En 2012, le président ATT ne sera pas candidat, or vous comptez accompagner son action jusque là. Quel sera le sort du MC après cette date?

Vous savez, nous ne sommes pas en 2012 mais en 2008 qui vient juste de commencer. Les chantiers ouverts par le président sont nombreux et énormes et ce, sur plusieurs plans : développement économique, développement social, réformes institutionnelles.

Le président donc, à son habitude, a ouvert beaucoup de chantiers. Pendant son premier mandat, il a transformé le Mali. Il a changé la face du pays. Son second mandat est pour l’histoire, mandat dans lequel il y a la continuité des actions commencées dans le premier. Ce second mandat se déroule dans des conditions et un environnement difficiles. L’environnement international marqué par la surenchère, le surenchérissement des prix des hydrocarbures au-delà de toutes les prévisions possibles.

Aujourd’hui, il y a une récession mondiale qui menace tous les pays du globe, et le Mali ne vit pas sur une autre planète. Nous sommes directement concernés par ces questions, lesquelles touchent nécessairement au vécu quotidien des Maliens. Nul autre pays que le nôtre n’a fait autant d’efforts pour faire en sorte que les conditions de vie s’améliorent, que la cherté de la vie soit maîtrisée ; en renonçant à des recettes, avec beaucoup de sacrifices, mais des sacrifices consentis par l’ensemble des Maliens qui comprennent que la singularité de notre démarche réside dans notre volonté commune de bâtir un pays fort. Cela ne se fait pas nécessairement sans sacrifice.

Toutes ces questions nous interpellent au quotidien. Je pense que la classe politique en est consciente. Nous, au niveau du MC, notre préoccupation fondamentale est de faire en sorte que tout ce que le président initie, tout ce qu’il impulse comme action de développement, ait un relais au niveau de l’opinion, qui elle-même est consciente aussi des difficultés dans lesquelles se déroule l’action gouvernementale conduite par Modibo Sidibé.

Un gouvernement qui est tous les jours mobilisé sur le front du développement national, malgré les contraintes précitées. Convenez avec moi que pour l’instant, en ce qui nous concerne, fidèle à notre ligne de conduite qui est celle d’être le relais, un mouvement d’amplification des actions de construction du président, nous n’avons aucune autre ambition que de faire en sorte que ce mandat se déroule dans les meilleures conditions possibles. Que les réalisations projetées par le président se matérialisent et transforment davantage le Mali. C’est tout ce qui compte pour nous, et c’est pour cela que nous n’avons pas le temps de penser à des objectifs politiciens à part ceux qui nous permettent de garantir la paix sociale et la tranquillité sans lesquelles aucune réalisation n’est possible.

Donc l’érection du MC en parti politique n’est pas à l’ordre du jour ?

Il n’est pas à l’ordre du jour, mais, je le rappelle, cette question a toujours été évoquée, légitimement. Beaucoup de personnes trouvent que nous représentons, aujourd’hui, une force réelle qui se retrouve dans tous les coins et recoins du pays, le moindre hameau du territoire compte une structure du MC. A l’extérieur, en Europe, en Afrique et ailleurs, des hommes et femmes se réclament du MC. On peut le comprendre parce qu’ils se réclament du président qui est l’autorité morale du MC.

Par conséquent, et c’est légitime, ces personnes, qui sont exclues du débat politique parce que n’appartenant à aucun parti politique, peuvent se sentir frustrées de ne pas transformer cette véritable force politique qu’est le M.C en parti politique. Mais nous, nous disons qu’il faut que l’on sache quelle est notre vocation. Qu’est ce que nous faisons ? Nous sommes un mouvement d’accompagnement des actions du président, le relais de ces actions. Nous n’avons pas vocation à nous transformer en parti politique.

Pour l’instant, le débat qui est le nôtre et en droite ligne de ce que je viens de développer, c’est faire en sorte que les actions que nous menons au plan politique soient des traductions directes de la vision du président contenue dans le PDES. On nous dira que nous jouons à un équilibre difficile parce que les questions auxquelles nous avons affaires sont éminemment politiques. Je crois que tout le défi réside en cela.

Comment garder un équilibre entre cette volonté d’être une force politique réelle pour le président et en même temps une force politique non partisane. Cela est bien possible, car nous sommes un creuset. Un ensemble de forces vives qui se réclame du président indépendamment de leur appartenance politique. Seulement, nous sommes une organisation avec différentes tendances, avec des individus qui ont chacun sa façon de voir et d’appréhender les questions, comme il sied à un système démocratique.

C’est pourquoi, le problème de parti se pose et se posera toujours par rapport aux moyens d’action que le Mouvement doit pouvoir se donner pour exister politiquement beaucoup plus qu’il ne l’est aujourd’hui ; je veux dire, dans l’esprit de chacun. Actuellement, ce débat est clos chez nous. Nous l’avions ouvert une première fois et le PCR est parti, parce qu’il avait envisagé à l’époque, et on peut le comprendre légitimement, que ce moyen d’action que nous avons choisi n’était pas nécessairement le plus efficace pour porter la vision du président.

Ils ont crée le parti, je l’ai dit en son temps, je pense que les gens qui ont quitté pour créer le PCR sont nos amis, nos frères, nous étions tous autour d’une même table et nous ne pouvons pas les regarder avec d’autres yeux parce qu’ils ont choisi pour eux la voie du parti. Ils ont eu le courage mérité de s’inscrire dans cette démarche là. Nous n’avons pas moins de courage, nous, de rester dans la structure associative que nous avons choisie pour accompagner le président.

Aujourd’hui, la FCD est créée, également en tant que parti politique. Je pense que c’est une démarche qu’on peut comprendre, une démarche légitime. Néanmoins, ce n’est pas la nôtre. Notre démarche est en cohésion avec l’objectif qui a présidé à la création du M.C, c’est-à-dire un symbole de rassemblement derrière le président qui, lui-même veut se maintenir au dessus de la mêlée politique. Il n’y a pas de distorsion possible entre l’image que projette le président par rapport à sa vision politique et celle que porte le M.C en tant qu’élément fédérateur de l’ensemble des forces vives. Donc, pour autant la FCD, comme le PCR, sont des partis amis parce qu’ils portent la même vision politique du président.

Seules diffèrent les moyens d’actions par rapport à la matérialisation, au plan politique de cette vision. Nous sommes le berceau de la FCD et du PCR, cela crée des liens privilégiés et, pour nous, il n’y a pas d’autre alternative que d’être en cohésion avec ces partis.

Contrairement à l’idée répandue qu’il y a un conflit entre le M.C et la FCD ou le PCR, nous pouvons affirmer qu’il n’en est rien et que ces idées sont purs fantasmes. C’est vrai qu’il y a des frictions, parce que quand vous n’avez pas choisi la même démarche, on peut être amené à penser qu’il y a un problème sérieux entre vous. Il y a aussi, peut être, des inimités personnelles, mais dans l’ensemble, il n’y a pas de conflit entre nous. Il n’y a pas de conflit entre Djibril Tangara et moi. Djibril est un grand frère, que je respecte, avec lequel j’ai eu grand plaisir à travailler au nom du M.C. Aujourd’hui, nous avons les meilleures relations possibles.

Mais, il a choisi de créer la FCD et moi j’ai choisi de rester au niveau du M.C. Nous avons choisi chacun un moyen d’action différent, je respecte cela. Et je ne pourrai pas dire que je revendique plus ou mieux que lui l’action de soutien au président. C’est faux et personne ne pourra créer un conflit artificiel entre lui et moi. Je m’empresse d’ailleurs de dire que Djibril reste un militant du M.C. Comme je l’ai dit plus haut, on ne peut pas être président d’un parti et diriger une structure du M.C, c’est pourquoi, il n’en est plus le président. Avant cela, en tant que président du M.C, il a démontré qu’il était un fervent soutien au président.

Toutes ces actions se sont inscrites dans ce cadre. La prolongation de ces actions au plan politique est un choix qu’il a fait, qu’il a partagé avec nous. Nous ne l’avons pas suivi. En tout cas, personnellement, je n’ai jamais été d’accord avec la façon dont le parti devait être créé. Je l’ai exprimé publiquement et, en privé, avec lui. Certains camarades du CENA étaient d’accord mais ont vu après que ce n’était pas nécessairement la meilleure façon de s’organiser et ont décidé de rester au M.C. Il n’y a donc pas d’inimité, de bataille rangée entre nous. Nous nous sommes vraiment expliqués en toute logique et démocratie au cours de réunions de clarification du CENA.

Ces anciens camarades vont accorder la priorité à leurs partis respectifs. Cela ne va-t-il pas jouer fondamentalement sur le Mouvement citoyen ?

Non ! Comme je vous l’ai dit, le M.C est un mouvement fédérateur, très large, qui dépasse les circonvolutions partisanes. Il se réclame du président, lui-même fédérateur. Par conséquent, il n’y a pas, il ne peut pas et il ne saurait y avoir de problèmes, parce que certains éléments pensent qu’ils vont aller grossir le parti nouvellement créé.

Je m’empresse de dire que, d’après les échos qui me parviennent, beaucoup de personnes pensent que le MC, en tant qu’association, leur convient et par conséquent décident d’inscrire leurs actions dans le cadre plus large, plus vaste d’un mouvement non partisan. Je l’ai déjà dit, nous sommes un mouvement fédérateur derrière le président, par conséquent, nous n’avons pas vocation à compétir au plan de la légitimité par rapport à telle ou telle formation politique.

Notre légitimité, nous la tenons du président qui nous a investis du rôle de faire en sorte que l’ensemble des associations, personnes et groupements qui se réclament de lui puissent créer des passerelles entre eux. Tout le monde est libre d’adhérer ou de ne pas adhérer.

D’ailleurs, il y a une fédération d’associations que je ne vois pas d’un mauvais œil, au contraire. Le plus important, c’est qu’on ait un dénominateur commun : le président ; un point de convergence : le président ; un bréviaire commun : le PDES.

Est-ce à ce titre que vous êtes dans le gouvernement, c’est-à-dire en tant que représentant du MC ?

Je suis certes président du Mouvement citoyen. Mais, ma présence dans le gouvernement est une décision du président lui seul, sur proposition du Premier ministre. Personne n’est au gouvernement pour représenter un bastion, fut-il partisan ou non partisan. On n’y est, pas parce qu’on est de l’Adema ou de tel autre parti, même si les formations politiques envoient des listes de personnes.

Mais, dès lors que l’on est dans le gouvernement, par la volonté de Dieu et la décision du président, on est ministre du Mali. Point. Si nous partons sur le fait qu’un tel est MC, un autre PASJ, et ceux qui ne se retrouveront pas dans le gouvernement et qui néanmoins soutiennent l’action du président ? Le Mali a cette chance unique en Afrique d’être un pays dont le gouvernement ne se constitue pas sur des considérations ethniques, régionalistes ou partisanes, même si le président doit tenir compte des dosages politiques par rapport aux forces politiques en présence.

Propos recueillis par

CH. Sylla, Cheick Tandina

17 Mars 2008.