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Vitrine nationale de la recherche scientifique, aujourd’hui, le Laboratoire central vétérinaire (LCV) est menacé dans son existence du fait des spéculateurs fonciers. Construit en 1972 par les Américains à travers l’USAID, le LCV était la seule école fédérale de la médecine vétérinaire où l’on formait les vétérinaires de la sous-région. Cependant, au moment de la construction du laboratoire, les Américains avaient posé des préalables au nombre desquels la pérennisation du domaine devant abriter le laboratoire. Un engagement que l’Etat malien avait promis d’honorer.

Seulement voilà : le site initial du laboratoire fait 42 ha sur lesquels 14 ha ont été bâtis pour abriter les bureaux du LCV et de la sérothérapie où se font les expérimentations. Le constat qui s’impose depuis un certain temps est que les spéculateurs fonciers se sont attaqués aux barbelés qui entouraient le reste du domaine qui n’a pas encore été construit. De quoi irriter les travailleurs du LCV qui pensent que le domaine en question est plus que jamais menacé.

Autrement dit, les terres du LCV sont en train d’être morcelés et vendus à des opérateurs comme Zoumana Traoré dit San Zou qui a déjà érigé un complexe commercial sur le domaine du laboratoire. De même, Mme Ascofaré Lala Aïcha et la Coopérative de l’armée de l’air y a construit des logements. Or, si l’on en croit Moussa Sissoko, secrétaire général du Comité syndical du LCV, les logements de l’armée de l’air devaient être construits à Souleymanebougou et non pas à Sotuba.

« La proximité d’un marché à côté d’un laboratoire est mal vue. Et le marché est construit sur le site de recasement de Sotuba. Or, nous savons que Sotuba a été recasé aux temps de Modibo et de Moussa. Cela va être la 3e fois ». Pour le secrétaire général du Comité syndical, cet amalgame n’est ni plus ni moins que l’œuvre des autorités : la mairie, le gouvernorat et le ministère de l’Administration territoriale. Mais le comble, à l’en croire, est que le site de recasement est dans le domaine du laboratoire suivant l’extrait de plan du 24 juin 1972. « C’est de ce côté, qu’il y a les collecteurs du laboratoire pour déverser les déchets toxiques », avoue M. Sissoko.

Péril sur le cheptel malien

Dans l’espoir de voir rappeler à l’ordre les contrevenants, le Comité syndical du LCV a adressé en juin 2007 des correspondances aux ministères de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, aux Domaines, à la Sécurité intérieure et à la Protection civile avec ampliation à la mairie de la Commune I demandant à « San Zou » et autres l’arrêt des travaux dans le domaine. En vain.

C’est devant cet état de fait que les travailleurs du LCV ont décidé de prendre les taureaux par les cornes. Une situation qui s’est traduite le 22 février 2008 par le dépôt d’un préavis de grève sur la table du ministre de la Fonction publique. Mais de pourparlers en pourparlers, les travailleurs ont mis la pédale douce en suspendant leur mot d’ordre de grève prévu les 11 et 12 mars derniers. Toutefois, cela n’est pas un blanc-seing donné aux autorités compétentes. Car, elles ont juste un mois pour tirer au clair cette occupation anarchique et illégale du site.

En attendant, une commission élargie à 4 ministères a été mise en place. Il s’agit des ministères de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, de l’Elevage et de la Pêche, du Travail et de la Fonction publique, du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme. De sources proches du dossier rapportent que les ministres techniquement concernés étaient sur le site litigieux jeudi dernier.

Il est dit que le Mali est un pays à vocation agropastorale. Et pour la couverture sanitaire du cheptel, tous les vaccins viennent du LCV et toutes les maladies comme la rage, la grippe aviaire… y sont diagnostiqués. Outre la fabrication des vaccins et des diagnostics, le LCV reçoit chaque année des stagiaires de l’Afrique et même de l’Europe à cause du rôle prépondérant qu’il ne cesse de jouer dans le domaine scientifique. S’il y a une structure à partir de laquelle le ministère de l’Elevage et de la Pêche s’identifie et peut se vanter, c’est bien le LCV.
Va-t-on laisser le domaine de cette structure de haute portée scientifique entre les mains des spéculateurs fonciers ? Les conclusions de la commission nous édifieront.

Mohamed Daou

18 mars 2008