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En Gambie, les touristes sirotent des cocktails face à l’océan, sourds aux bruits de bottes. Mais depuis que Yahya Jammeh semble vouloir s’accrocher au pouvoir, les commerçants originaires des pays africains voisins, inquiets, font leur baluchon. Sur les panneaux d’affichage de l’aéroport de Banjul, les vols en provenance de Londres ou Bruxelles se succèdent sans discontinuer, en pleine saison touristique hivernale en Europe, acheminant une foule d’habitués de ce petit pays enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique. Elly Preston, une institutrice britannique retraitée, dit bien avoir remarqué qu’il y avait « plus de barrages » que lors de son précédent séjour et vu des avertissements sur des sites spécialisés dans le tourisme. Mais à moins de 50 euros la nuit, entre rester dans le froid et la pluie du nord-est de l’Angleterre et passer trois mois et demi à Kololi, le royaume du petit-déjeuner anglo-saxon et des bars à karaoké, elle n’a pas hésité longtemps. »Je me sens en sécurité ici. Tout le monde se connaît et nous voyageons ensemble », explique-t-elle à l’AFP, allongée sur un transat, saluant d’un signe de la main un ami rencontré en vacances il y a quelques années. Pourtant, la tension est brutalement montée d’un cran en Gambie à la suite de la déclaration télévisée du 9 décembre au soir du président Yahya Jammeh annonçant qu’il contestait désormais sa défaite à l’élection du 1er décembre et exigeait un nouveau vote. Le nez plongé dans un roman, un autre Britannique, Joseph Fowlis, dit comprendre l’aspiration des Gambiens au changement, après 22 ans de pouvoir sans partage de Yahya Jammeh. « Les chauffeurs de taxi me disent qu’ils veulent la démocratie », raconte-t-il. « Et pourquoi n’y auraient-ils pas droit? ». Mais à part des conversations plus fréquentes sur la politique dans les taxis, rien n’a changé pour lui par rapport à ses précédents séjours.- « Laisser la poussière retomber » – Yahya Jammeh « ne devrait pas dire des choses qui vont faire fuir les touristes », déclarait en fin de semaine dernière sous le couvert de l’anonymat un vendeur de jus de fruits.AFP