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Depuis les étages des hôtels de luxe et immeubles de bureaux flambant neufs qui les entourent, les quelques maisons de tôle et de torchis encore debout, au milieu d’un champ de décombres, font figure de petit village assiégé. « Ils sont venus de nombreuses fois pour nous forcer à partir. Ça ne me plaît pas, mais je vais être obligée de déménager », peste Getnesh Amare, en étendant son linge au milieu des débris des maisons de ses voisins, tous déjà partis, où des ferrailleurs de tout poil s’activent à récupérer ce qu’ils pourront revendre. Le chantier, tout près du siège de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, est emblématique de la volonté des autorités éthiopiennes d’en finir avec les taudis. Ce quartier de Kazanches au cœur d’Addis Abeba, jadis connu pour ses bars louches et ses prostituées, doit devenir le centre d’affaires de la capitale éthiopienne.D’un côté de la rue, des cafés branchés et des pâtisseries fines ont fait leur apparition. De l’autre, des habitants comme Getnesh s’accrochent encore à la vie sociale de leur quartier, misérable mais solidaire, et à leur « chika bet », ces maisons de fortune pour lesquelles la municipalité prélève un loyer dérisoire (rarement plus de 20 birr, soit 0,82 euro). Cette femme de ménage, mère de quatre enfants, s’est vu promettre un trois-pièces dans un « condominium », la version éthiopienne des habitats HLM. Mais la perspective de vivre dans l’un de ces grands ensembles qui poussent comme des champignons à la périphérie d’Addis Abeba ne lui plaît guère. « Ce n’est pas très confortable. Il n’y a de l’eau que deux fois par semaine et c’est au 4e étage », explique-t-elle. Et puis cet appartement est à plus d’une heure de trajet, loin du centre-ville.
AFP