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Le peuple malien ne sait plus en fin de compte, s’il faut, des exigences de la CEDEAO, en rire ou en pleurer, s’il faut en avoir peur ou s’il faut garder son sang-froid et avancer. Cependant, l’anxiété reste persistante au regard du schéma de sortie de crise préconisé dans le cas malien, qui a fini par être le nouveau problème de la crise malienne au lieu d’une solution ; dans cette situation, de mi figue mi raison, imposé à un pays souverain, les dirigeants de CEDEAO oublient simplement qu’une «entente trompeuse» nuit plus qu’une «divergence ouverte».

Pourtant le pire qui risque fort malheureusement d’arriver aux dirigeants de la Communauté s’est d’être ridiculisés devant les grandes nations de ce monde à cause des incohérences et inconséquences, qui entachent toutes leurs décisions.

On se rappelle de cette conclusion du Sommet de Yamoussokro, qui a préconisé une réunion à Ouagadougou entre d’une part, le Groupe de contact de la CEDEAO et d’autre part, une forte délégation malienne devant être conduite par le président intérimaire Dioncounda Traoré. Ce dernier ayant fait défection au tout dernier moment, alors que le Premier ministre était préalablement ignoré par les organisateurs, les chefs d’Etat de la CEDEAO n’avaient plus comme seuls interlocuteurs que des maliens souffrant de légitimité populaire. Il ressort donc en toute logique que la réunion du Groupe de Contact devrait être reportée.

Cependant, les dirigeants de la CEDEAO, pour avoir maintenu à tout prix le sommet, ont adopté le principe d’une fuite en avant, qui leur permettaient d’imposer sans débat des conclusions qui cadraient avec leurs objectifs si bien exprimés dans les documents finaux.
Les chefs d’Etat membres du Groupe de contact ont exhorté : «Le président de la République par intérim à adresser sans délai une requête à la CEDEAO et aux Nations Unis en vue du déploiement d’une force de la CEDEAO pour soutenir l’armée malienne dans sa mission régalienne de défense du territoire».

«L’Inter de Bamako», votre journal, ne s’était pas trompé dans sa parution du 9 juillet 2012, lorsqu’il a noté pour ses lecteurs que certaines sources rapportaient que pour les chefs d’Etat de la CEDEAO cette rencontre, du 7 juillet 2012 à Ouagadougou, était une occasion toute trouvée pour que Dioncounda Traoré prenne la décision «risquée» d’accepter des troupes étrangères sur notre sol et attendre à Paris le temps que l’orage passe.

Donc, l’objectif du déploiement de forces étrangères était de sécuriser de ce «choix» de la CEDEAO imposé à la présidence de la République, plutôt que de libérer les zones occupées du nord du Mali. Or, il est tout de même évident qu’aucun Pouvoir politique, de «Transition» ou «Elu», ne saurait recourir à des forces étrangères pour se protéger à moins que, dans l’un ou l’autre cas, il y ait absence d’un «consensus politique dégagé» ou d’une «légitimité populaire».

Les Maliens dans leur majorité ont toujours été convaincus, raison du refus du diktat de la CEDEAO, que leur pays ne sera libéré que par leur armée nationale. Conviction renforcée par cette sortie remarquée de Younoussi Touré, président par intérim de l’Assemblée nationale, qui annonce avec force, qu’il faut une confiance entre le peuple et l’armée et une confiance réciproque entre l’armée malienne et la CEDEAO.
Que peut-on ajouter, sauf que rappeler que l’armée est une composante essentielle dans l’existence des peuples. A ce titre, les dirigeants de la CEDEAO se doivent de retenir que le respect du peuple malien passe naturellement par la considération qu’ils porteront à son armée nationale, car une armée frustrée n’est plus une armée.
Nous avons pourtant vu les Autorités ivoiriennes caresser dans le sens des poils, l’armée ivoirienne après le terrible conflit post-électoral dans ce pays voisin.

Pourquoi donc, veut-on faire prévaloir aveuglement cette intransigeance, parce qu’un régime «politique» honteusement installé dans un système mafieux et crapuleux, a été renversé par un coup d’Etat militaire souffrant malheureusement d’un goût amère d’inachevé.
A ce propos, il faut rappeler que le 20 janvier 1961, lorsque les pères fondateurs de l’armée malienne hissaient le drapeau malien au firmament, ces derniers avaient une foi inébranlable dans les capacités de cette armée, contrairement à certains pays voisins, qui restaient liés dans le cadre leur défense à l’ancienne puissance coloniale.

Nul doute que les maliens n’ont aucunement le droit de se laisser distraire ou se faire prendre en otage par une classe politique, qui se targue d’une majorité à l’Assemblée nationale, bien que cela ait été obtenue avec des taux de participation non flatteurs de seulement 20 %, donc sans grande légitimité. Tout ce qui doit pousser cette classe politique répugnante à avoir l’intelligence, qui malheureusement n’est pas la chose la mieux partagée, de ne pas verser dans l’arrogance.
D’ailleurs ce beau monde, 80 % de l’électorat, qui a régulièrement boudé les urnes, s’est fait entendre plus d’une fois mettant en mal et le président de la République d’ailleurs en fuite et l’Assemblée nationale, qui l’a toujours soutenu dans ses errements.

Ridicule enfin, lorsque, consciemment ou inconsciemment, avec le niveau socio économique de l’Afrique, de l’Amérique du Sud et du Moyen Orient, des responsables politiques arrivent à imaginer que par des méthodes musclées ou même armées, ils peuvent mettre fin à la prolifération de coups d’Etat militaire ou de soulèvements populaires dans ces Etats.
On voit bien, à travers l’émission «Face à nous» de «AFRICA 24» que le coup d’Etat, du 22 mars 2012 contre ATT, a vraiment ébranlé le président Alassane Dramane Ouattara ; sans détours il s’est s’exprimé en ces termes : «Je m’impliquerai pour que ce soit les derniers coups d’Etat en Afrique de l’Ouest. Nous prendrons toutes les mesures contre les auteurs des coups d’Etat. Nous irons le plus loin possible».

Au vu de tels propos, on se demanderait si les gesticulations, des responsables actuels de la Communauté, relatives à la crise malienne ont pour but de sortir notre pays de cette impasse politique et aussi de l’agression des islamistes, ou s’il s’agit de sanctionner les militaires maliens pour l’exemple, ce qui empêcherait, à leurs yeux, tout autre coup d’Etat dans la sous région.

Sauf qu’il est établi que : «Personne ne pourrait durablement faire peur à un homme en arme». C’est ça l’os de la parole.

Safounè KOUMBA

L’Inter de Bamako du 18 Juin 2012