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Martine Koné est une jeune femme bobo de vingt-sept ans, originaire de Kankorokuy, dans la commune de Benena, cercle de Tominian. Elle est la deuxième fille d’une famille de cinq enfants.

Quelques années avant elle, sa grande sœur était venue travailler comme employée de maison à Bamako. Elle y a gagné de quoi concevoir son trousseau de mariage, raison majoritairement données par ces jeunes paysannes fraîchement débarquées. Elle vit actuellement dans un village voisin de Kankorokuy dont est issu son époux.

Une voie toute tracée

La majorité des jeunes ressortissants des localités de Tominian se rendent à Bamako pour y trouver de l’ouvrage entre deux saisons hivernales. Un village comme Kankorokuy n’offre guère de quoi employer sa jeunesse hormis les périodes de cultures. Beaucoup se perdent dans la capitale et refusent de retourner vivre au village. Quelques uns pour de bonnes raisons, d’autres…

Martine a pris la direction de la capitale de son pays en 2004. A son arrivée, elle est reçue par un oncle paternel, établit comme repasseur à Kalaban plateau. L’épouse de l’oncle place la jeune femme chez une togolaise. Martine y travaille tout d’abord comme cuisinière puis comme nounou du nouveau-né survenu après son embauche. Elle demeure une année chez son employeuse. L’hivernage est là. Elle fait ses paquets et retourne dans les champs paternels, aider ses parents à cultiver la terre.

Pourquoi Martine n’est-elle toujours pas mariée à 27 ans ?
Elle dit ne pas avoir rencontré la bonne personne et côté famille, seuls de « petits vieux » se sont montrés intéressé. Et puis, avec un sourire, Martine nous apprend que chez les bobos, on ne harcèle pas les femmes afin qu’elles se marient.

Ah, si seulement les autres Maliens pouvaient en prendre de la graine ! Laisser les jeunes femmes dire « non » sans être obligées de fuir le village. Quelle belle civilisation !

Bon nombre des petites bonnes sont là, dans des familles bamakoises, parce que, promises à des hommes dont elles ne veulent pas, elles n’ont trouvé d’autre solution que de filer à l’anglaise. Même si c’est pour se faire prendre quelques mois plus tard…

Pourquoi Martine ne retourne-t-elle pas chez sa patronne lorsqu’elle regagne la capitale une fois l’hivernage passé ?

Si la patronne est sans problème, son mari est plutôt porté sur la bouteille. Pilier de bars, il rentre, selon Martine, à des heures indues et la réveille pour qu’elle lui ouvre le portail. Martine tient à ses huit heures de sommeil.

Des revendications ?

La jeune femme travaille actuellement comme cuisinière et s’apprête, à la veille de l’hivernage, à regagner son village pour aller préparer à manger pour ses parents qui seront en travaux dans les champs. Un voyage que les employeurs de Martine, pas encore informés, apprécieront moyennement 😉

Si on lui demande de se mettre à la place d’une femme de pouvoir de son pays ayant la possibilité d’améliorer le sort des saisonnières dans notre capitale et d’énoncer alors les actes qu’elle poserait, Martine, très pratique, répond :

« Il faut augmenter les salaires ! »

C’est vrai, les salaires sont bas. Bas pour tous.

Dans cette petite vidéo, Martine se présente, ainsi que son amie Assan Dembélé qui travaille comme nounou.

Réalisation & Droits Afribone Mali SA

16 mai 2008