Partager

Tandis que des gamins escaladent un tas de ruines, vestige des remparts de l’ancienne cité-Etat de Kano, dans le nord du Nigeria, un riverain avertit: « ce mur risque de ne pas survivre à la saison des pluies ». « Il va bientôt rejoindre les autres », poursuit Falalu Musa en pointant du doigt les monticules de terre rouge au sol, dans le prolongement du rempart, qui s’étirait autrefois sur 14 km autour de la ville commerçante. Un peu plus loin, des bulldozers arrachent ce qui reste des fortifications pour extraire de la latérite, riche en fer et en aluminium, qui sera chargée sur des ânes et utilisée dans la construction. Des maisons et bâtiments commerciaux s’élèvent désormais à la place de l’ancien mur. Certaines sections sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert, où les habitants viennent déverser ordures et eaux usées. Les restes de ces remparts qui datent du 11e siècle sont plus que jamais menacés de destruction, en raison de politiques locales peu soucieuses de la préservation du patrimoine et de l’explosion démographique dans cette mégalopole saturée. « Environ 80% du mur entourant la cité a déjà été détruit », regrette Mustapha Bachaka, conservateur du musée Gidan Makama à Kano. « Il y a beaucoup d’empiètements », alors que l’urbanisation s’étend désormais bien au-delà de ses anciennes limites. Héritage unique, ces murs en terre rouge ont jadis contribué à faire de Kano une cité-Etat sûre et prospère, à la croisée de plusieurs routes caravanières transsahariennes. Les archives locales rapportent qu’à l’origine, les murs, d’une épaisseur de 12 mètres à la base, mesuraient 15 mètres de haut.AFP