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L’information nous a été confirmée le week-end dernier. Au total cinquante Maliens croupissent en ce moment en prison en territoire libyen. Selon nos sources, nous apprenons qu’il s’agit de centres de détention situés à Barack en plein désert. Ces prisonniers, précisent nos sources, sont des travailleurs qui ont été arrêtés dans leur foyer, molestés et dépouillés de leurs papiers.

De sources généralement bien informées, et très proches de milieux d’immigrés en Libye, ces Maliens ont été jetés en prison depuis plusieurs mois. Parmi eux, deux en sont morts.

Il s’agit notamment de Abdoulaye Sangaré (originaire de la région de Sikasso, et qui, selon nos informations, a rendu l’âme la semaine dernière) et de Modibo Keïta, natif de Kangaba. Ces deux hommes, à l’instar d’autres Maliens, viennent de mourir dans l’indifférence générale. Leur corps ne sont pas rapatriés vers leurs familles respectives.

Si les circonstances de leur mort sont encore non élucidés par les autorités libyennes, selon des témoignages, les deux compatriotes ont succombé à cause des conditions de détention atroces. Cela, malheureusement en violation flagrante de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Par ailleurs, on estime à huit le nombre de personnes qui sont dans un Etat de santé lamentable et qui pourraient bien succomber à leur tour si rien n’était fait dans l’urgence. Il s’agit notamment de Ousmane Coulibaly, Moussa Diarra, Souleymane Dembélé, Oumar Diallo, Aeiou Touré, Mohamed Ag, Abdoulaye Keïta et Fesseyni Dembélé.

Pour les organisations de défense des droits de l’Homme et certains partis politiques, « il s’agit de graves manquements aux droits humains de la part des autorités libyennes ». L’Association malienne des expulsés (AME) estime que cette situation traduit véritablement le recul de la Libye en matière de respect des principes fondamentaux de la démocratie.

Quant au parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), dans un communiqué rendu public, il dénonce « un manque de respect de la Libye pour les compatriotes vivant sur son territoire ». Condamnant « l’assassinat des deux Maliens », le parti entend poursuivre le combat jusqu’à clarifier l’affaire et exige que justice soit rendue.

La formation politique du député Oumar Mariko revendique sans concession la libération des cinquante Maliens « arbitrairement et illégalement incarcérés en Libye, et exige des autorités de notre pays leur rapatriement et leur prise en charge sanitaire ». SADI, qui condamne « le silence coupable des autorités maliennes », compte « user de tous les moyens possibles pour faire reculer la Libye dans ses manœuvres honteuses contre les ressortissants maliens et ceux des autres pays d’Afrique ».


Impossible intégration africaine

Le tableau sombre de la situation dramatique de nos compatriotes vivant en territoire libyen, à l’instar d’autres de l’Afrique, remet encore une fois de plus sur le tapis le débat sur la problématique de parvenir à « l’Unité africaine » et à la mise en place d’un « gouvernement des Etats-Unis d’Afrique ». Pour notre part, nous pensons qu’il s’agit tout simplement d’une utopie.

L’impossibilité pour l’Afrique de parvenir à une telle démarche est d’autant plus évidente, qu’elle est sabotée par ceux-là mêmes qui la prônent. Le « Guide la révolution libyenne », un vrai faux ami du Mali, n’échappe point à ce jugement. Lui qui veut à tout prix diriger un « gouvernement de l’Afrique » au nom d’une prétendue « unité des pays du continent », éprouve un réel mépris pour les ressortissants des pays de l’Afrique sub-saharienne, notamment ceux du Mali.


Comment les autorités libyennes, qui développent des relations économiques aussi poussées avec le Mali en arrivent-elles à une telle extrémité ?

Quelle unité prônent donc ces dirigeants libyens ?

Voici autant de questionnements qui brûlent les lèvres lorsqu’on assisté de façon régulière aux opérations de rapatriement, dans des conditions plutôt inhumaines, des ressortissants des pays africains en provenance de la Libye. Le dernier rapatriement en date est celui qui a concerné plus de 400 de nos compatriotes refoulés de la Libye.

Aujourd’hui, selon les statistiques, on estime à plus de 200 le nombre de Maliens emprisonnés en terre libyenne, outre les cinquante incarcérés en ce moment dans les prisons de Barack. Pis, récemment plus de 200 autres Maliens ont été sevrés de leur travail, et sans droits, à Tamarasset en Algérie. Au même moment, au Maroc et dans d’autres pays africains, plusieurs d’entre eux font l’objet d’injustice et de racisme à visage découvert.

Du tapage, d’une part, pour la mise en place d’un « gouvernement du continent africain », des opérations de rapatriement, d’autre part, de ressortissants maliens par des pays dits « frères » dans des conditions en violation fragrante des droits de l’Homme : le paradoxe est évident.

D’où l’avis de nombreux observateurs l’aboutissement du projet de mise place d’une véritable Union africaine passe obligatoirement d’abord par l’intégration entre les Etats africains à travers la libre circulation des personnes et des biens.

Issa Fakaba SISSOKO