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Bons rapports ou rapports conflictuels entre voisins, règles de la vie en société, voisinage selon les religions …dans ce dossier des Echos, vous trouverez les réponses à vos questions.

Sommaire:
Point de vue d’un sociologue, les raisons des rapports difficiles entre voisins
Les règles de la vie en société
Ce que j’en sais: Un devoir religieux
Portrait imaginaire: Diamuru, la terreur de la rue Pachanga
Les enfants faiseurs et destructeurs de relations
Un couple invivable
Voisinage selon le christianisme: Le prochain d’abord



POINT DE VUE D’UN SOCIOLOGUE: LES RAISONS DES RAPPORTS DIFFICILES ENTRE VOISINS

Dans certains pays occidentaux, explique le sociologue Alou Diarra, le développement des quartiers a poussé des hommes à initier le programme dit « Ville sociale ». Dans notre contexte, il attribue les difficultés de voisinage à la pauvreté et à la démographie galopante.

Les quartiers, selon Alou Diarra sociologue, doivent peu à peu s’affirmer en tant que communautés autonomes. La cohabitation dans les quartiers, à ses dires, vise à renforcer le tissu social et encourager la coopération des habitants. Il s’agit de consolider l’effort personnel et la responsabilité de chacun, mais également les relations de voisinage et les réseaux pour lutter contre la détérioration des liens sociaux tels que la famille, les cercles d’amis, les associations et les comités de citoyens.

La cohabitation dans les sociétés anciennes, explique le sociologue, cherche, à renforcer le tissu social et encourager la coopération des habitants. Les enquêtes sociologiques explique M. Diarra, montrent que la stabilisation et le renforcement de la cohabitation dans les quartiers se révèlent être des éléments majeurs dans la mise en œuvre des programmes de développement. D’autre part, poursuit-il, la cohabitation dans les quartiers doit occuper une place importante parmi les principaux champs d’action de consolidation des rapports humains.


Condition de vie difficile

Aujourd’hui, constate notre interlocuteur, des conflits de cohabitation persistent dans de nombreux quartiers de la capitale. « Alors que dans les projets de développement social, ces conflits n’apparaissent pas comme une priorité, la cohabitation des différents groupes ethniques et sociaux est considérée comme vecteur de conflits et de tensions dans tous les sites modèles ».

M. Diarra souligne qu’en raison des conditions de vie difficiles dans les quartiers, la cohabitation est d’autant plus marquée par l’incompréhension et les conflits de voisinage.
Certes, poursuit-il, il existe ça et là des rapports de bon voisinage et des réseaux sociaux qui permettent d’équilibrer la vie quotidienne. « Pourtant, dans l’ensemble, les différents groupes sociaux et ethniques s’isolent les uns des autres, y compris les enfants et les adolescents ».

Dans la plupart des sites modèles, les différences culturelles et linguistiques, mais et surtout les comportements invivables de certains individus, rendent les rapports extrêmement difficiles entre les voisins immédiats. Par exemple, sous certains cieux, explique notre sociologue, on parle même de sociétés parallèles.

Amadou Waigalo

Amadou Sidibé



LES REGLES DE LA VIE EN SOCIETE


La vie en groupe est si difficile que, ou la différence de caractère entre les individus, les sociétés humaines ont éprouvé très tôt le besoin de l’organiser sur des bases pouvant entraîner le moins de heurts et de complications possibles entre les membres. Dans les communautés primitives déjà ou l’homme n’avait pas beaucoup de besoins et où la vie était relativement facile, on ne faisait pas n’importe quoi et des normes sociales étaient posées qui indiquaient clairement aux individus ce qu’ils devaient faire et ce qu’ils ne devaient pas faire.

L’adoption de l’agriculture et de l’élevage créa de nouvelles contraintes dans la société comme la délimitation des parcelles et l’entretien des animaux domestiques. Le fait de vivre en famille et la possession des biens matériels pouvant entraîner des conflits, il a bien fallu édicter des règles de conduite applicables à tous. Ces règles, dans les détails, peuvent varier d’un milieu à un autre, d’une ethnie à une autre, mais se rejoignent dans les grandes lignes.

Dans toutes les régions du Mali, les zones rurales sont régies par la coutume et la tradition, c’est-à-dire par le droit non écrit. Tout le monde est censé connaître le contenu de cette coutume qui fait des obligations aux villageois en ce qui concerne les usages à propos des champs, des cours d’eau collectifs, des grands arbres ainsi que des espaces compris entre les villages et qui peuvent être source de conflit.

Les relations entre les individus également sont spécialement traitées par la coutume, de même que l’entretien des chemins et des tas d’ordures. Les rôles sont répartis entre les femmes et les hommes d’une part, entre les adultes et les jeunes d’autre part. La solidarité villageoise rentre dans ce cadre aussi, c’est-à-dire que les travaux (d’hygiène par exemple) du village sont collectivement exécutés par tout le monde et l’espace villageois ne s’en porte que très bien.

L’exploitation des parcelles obéit à des règles de rotation bien précises qui, respectées, empêchent les frottements, de même que celle des bois communaux par des femmes et autres biens de la communauté. Il faut dire que le sommet de la pyramide villageoise est occupé par les vieux qui veillent scrupuleusement au respect de la tradition et de la coutume, ce qui crée moins de problème, vu le caractère gérontocratique de la société.

Tel n’est pas le cas de la ville où la loi remplace la coutume et la tradition et où chacun est roi et n’en fait qu’à sa tête. Dans les centres urbains, les problèmes d’espace et de voisinage sont souvent si brûlants que les compétences de l’autorité policière sont requises pour les résoudre. Tout se passe comme si la loi, votée pour les résorber, ne représente rien pour les protagonistes (citadins) qui continuent de se comporter comme au village et souvent pire que les villageois.

La ville étant un melting-pot, un lieu de brassage, la diversité des provenances géographiques et des cultures fait que la cohabitation n’est pas toujours aisée. Autant le voisinage est calme au village (tradition et coutume obligent) autant il est agité en ville (malgré la force de la loi).

L’éducation des enfants, dont les parents viennent d’horizons divers, est en soi un sac à problèmes. Certains parents sont si complaisants avec leurs descendants qu’ils les laissent tout faire, parfois au détriment des voisins, alors que d’autres sont stricts avec les leurs auxquels et leur appliquent la méthode traditionnelle forte des villages.

Dans beaucoup de quartiers, les gosses sont fréquemment au centre des conflits entre adultes. Tous les problèmes qui au village sont simplement évacués deviennent des complications en ville par l’indépendance des gens : le ramassage des ordures ménagères à l’assainissement du quartier, les disputes entre enfants, sur les tapages nocturnes.

Mais de plus en plus, les citadins tendent à se corriger et à établir entre eux de bons rapports de voisinage, surtout ceux qui ne sont plus en location et ont un domicile à eux. On remarque que ce sont les gens en location, donc de passage dans les familles, qui font trop de bruit et indisposent les voisins, de même qu’ils ne sont pas trop chauds dans les campagnes d’hygiène et d’assainissement des quartiers. Les sédentaires, ceux qui ont une maison à eux n’ont pas le même comportement et sont plus soucieux de la propreté et de la sécurité de leur zone d’habitat que les touristes que sont les locataires.

En raison du fait que la femme, en milieu rural, s’acquiert plus difficilement, la coutume est sévère en ce qui concerne la répression de l’adultère et dans les autres formes d’infidélité conjugale. Les biens et les richesses, qui s’y obtiennent également à la sueur du front et non plus par des tours de passe-passe comme en ville, sont aussi jalousement gardés, ce qui fait que les vols et les brigandages, jusqu’à une période récente, étaient rares à la campagne.

Tout cela compte peu en ville où le plus souvent il faut se méfier du voisin en ce qui concerne la femme et l’argent. Même l’adage populaire Bamanan qui énonce, que c’est le fait de se ménager mutuellement qui permet aux habitants de la paillote de vivre ensemble longtemps, semble plus vrai au village qu’en ville.

Facoh Donki Diarra


CE QUE J’EN SAIS: UN DEVOIR RELIGIEUX


« N’a pas cru en moi celui qui dort repu et sans souci alors que son voisin, qui se trouve à côté de lui, a faim et il en est informé » ! Ces propos du prophète Mouhammad (PSL) sont rapportés par Bazzâr et Tabrâni. C’est dire que l’envoyé d’Allah, par son enseignement et ses directives, a reconnu une position de première importance au voisin.

De même, il a beaucoup insisté pour que celui-ci soit respecté et honoré, à tel point que, dans différents Hadiths, le Prophète (sallâllâhou alayhi wa sallam) a considéré le bon comportement envers le voisin comme faisant partie intégrante de la foi. Et aussi comme étant une condition pour l’accès au paradis et un moyen d’évaluation de l’amour que le croyant a pour Allah et Son Messager. Ainsi, dans une autre version relatée par Anas (radhia Allâhou anhou), il est dit, « n’entrera pas au paradis celui dont le voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits » (Mouslim).

Cependant, il est très important de souligner que l’expression du bon comportement envers le voisin doit se faire dans le strict respect des impératifs du droit musulman, notamment en ce qui concerne les limites imposées dans les contacts avec les personnes du sexe opposé. Il est par exemple évident que la façon d’exprimer sa courtoisie ne sera pas du tout la même pour un homme à l’égard d’une voisine qu’à l’égard d’un voisin.

Les règles au niveau du contact visuel, de la façon de converser etc. avec chacun d’eux sont bien évidemment différentes et doivent être scrupuleusement respectées. Les prêcheurs insistent surtout sur ce point parce que chaytân (le Satan) et son allié, notre nafs ammârah (facette de l’ego qui inspire fréquemment le mal), peuvent aisément nous pousser à la transgression à ce niveau.

Et ce, sous-couvert des meilleures intentions, en nous exhortant par exemple à adopter une bienveillance à deux vitesses qui ferait que l’on présente à une voisine un grand salut décoré par notre plus beau sourire, alors que pour un voisin, on se contente la plupart du temps d’un simple et rapide « bonjour » !

Cela peut aussi faire que l’on soit pris d’une grande compassion lorsqu’on voit une voisine porter deux sacs et que l’on soit donc toujours prêt à lui proposer son aide, alors que, dans le même temps, si nous voyons un voisin peiner pour transporter quelque chose de bien plus lourd chez lui, on est bien moins prompt à lui venir en aide.

L’un des devoirs envers le voisin consiste aussi à éviter de faire quoique ce soit qui puisse lui causer du tort. Le Prophète Mouhammad PSL) a tenu des propos très sévères concernant celui qui nuit à son voisin. « Par Allah ! N’est pas croyant ! Par Allah ! N’est pas croyant ! Par Allah ! N’est pas croyant (…) celui dont le voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits » (Sahîh oul Boukhâri).

Cela implique par exemple que l’on soit particulièrement vigilant au bruit que nous faisons (surtout lors des heures de repos), à la façon dont nous nous garons devant chez lui, à l’entretien de l’espace qui se trouve à proximité immédiate de sa propriété…

C’est souvent en raison de la négligence dont on se montre coupable par rapport à ces points que des tensions durables apparaissent entre voisins. Et il faut savoir que les nuisances causées au voisin peuvent avoir des conséquences terribles. Elles peuvent par exemple annuler complètement l’effet positif de toutes nos bonnes actions.

Par ailleurs, certains hadiths disent que, « la bonne compagnie avec les gens du voisinage ne consiste pas simplement à s’abstenir de nuire, mais aussi à supporter avec patience le tort qui nous est causé ».

Ce devoir est certainement le plus difficile de tous nos devoirs à l’égard de nos voisins. Mais, c’est aussi celui qui est probablement le plus méritoire.

Abou Dharr (radhia Allâhou anhou) rapporte que le Prophète Mouhammad (PSL) a cité à une occasion trois personnes qu’Allah aime. Et parmi celles-ci, il a mentionné, « l’homme qui a un mauvais voisin qui lui nuit, mais qui fait preuve de patience par rapport au tort qui lui est fait. Et ce, jusqu’à ce qu’Allah le mette à l’abri de ses méfaits pendant qu’il est encore en vie ou après sa mort » (Tabrâniy).

Il est à noter que dans tous les Hadiths qui abordent la question, il n’y a aucune distinction qui est faite entre le voisin musulman et non musulman, ce qui signifie que ces recommandations du Prophète Mouhammad (PSL) s’appliquent dans les deux cas, comme cela est d’ailleurs explicitement précisé dans d’autres traditions.

Il est donc triste de constater qu’aujourd’hui, nous autres musulmans et musulmanes, nous avons complètement mis de côté cet aspect important de l’enseignement prophétique.

Qu’Allah nous accorde l’opportunité à tous et à toutes de faire un effort considérable sur ce point et d’améliorer nos relations et nos rapports avec nos voisins, qu’ils soient musulmans ou non. Amen !

Moussa Bolly


PORTRAIT IMAGINAIRE: DIAMURU, LA TERREUR DE LA RUE PACHANGA

Ce dimanche après-midi, les habitants de la rue Pachanga de Bougou Lafia n’avaient pas pu s’empêcher de faire la fête. Les enfants tapaient sur des boîtes de conserve transformées en djembé, en dundun et autres tamanis. Les fillettes se trémoussaient sous le regard heureux de leurs mamans dont certaines répandaient de la cendre sur les traces d’une Sotrama. Apparemment, il n’y avait que les hommes à rester en marge de cette fête improvisée. Pourquoi cette manifestation soudaine ?

« Allah a enfin exaucé nos prières en nous débarrassant d’une voisine très encombrante qui a semé la terreur et la discorde dans notre quartier », souligne radieusement une femme. C’est donc le départ de Diamuru, elle était ainsi surnommée car de mœurs légères, qui suscitait ce soir tant d’enthousiasme. Cette dernière venait en effet d’emménager dans une belle villa construite par sa fille, l’unique personne de bonne moralité de toute cette famille.

Avec une silhouette sportive, charmante et séduisante, elle semblait avoir la coquetterie dans le sang. « Une coquetterie de façade. Il ne faut jamais entrer chez elle ! Elle est très sale à l’intérieur », disaient des voisines. En tout cas, elle a très vite fait d’avoir toute la rue contre elle. D’abord, par ces propres agissements. Sans vergogne, elle n’avait pas non plus froid aux yeux. Elle se mêlait toujours des problèmes des autres et en un clin d’œil elle avait réussi à dresser, par des commérages, toutes les femmes les unes contre les autres avant que celles-ci ne découvrent son jeu.

Que dire de ses voisines directes, c’est-à-dire ses co-locatrices ? « Elle se fait passer pour une reine, alors qu’elle n’a même pas un gobelet à elle. Elle puise dans nos ustensiles sans même demander notre permission. Elle quémande tout, des condiments à l’argent en passant par les céréales… », nous édifie Nagnouma.

Mais, ce que ces femmes ne disaient pas ouvertement, c’est que cette séduisante et croquante veuve s’était mise toutes les épouses à dos dès qu’elle a commencé à lorgner sur leurs époux. D’ailleurs, Diamuru ne cessait de se vanter que tous les hommes du voisinage lui faisaient des avances à peine déguisées.

Et, toujours selon elle, beaucoup d’entre eux seraient déjà passés dans son lit. Comme on peut s’y attendre, ces « rumeurs » avaient pollué l’atmosphère dans beaucoup de foyers de la rue Pachanga de Bougou Lafia. « Une vraie pimbêche, une g… sans vergogne cette Diamuru », se disaient ses voisines entre-elles.

Que dire du comportement des deux garçons de Diamuru ? Solo et Madou étaient loin d’être des modèles pour les enfants de la rue Pachanga. Ayant abandonné les bancs dès la première année, ils étaient devenus des délinquants irrécupérables. Ils étaient donc prêts à tout pour se procurer l’argent nécessaire à l’achat du tabac et de la drogue.

Les voisins étaient tout le temps victimes de vols. Poulets, pigeons, linges, appareils, pièces de voitures, bicyclettes des enfants… Rien n’était épargné. Et leur mère était toujours là à supplier les gens pour qu’ils ne portent pas plainte. De toutes les manières, Solo et Madou se sentaient mieux dans les violons d’un commissariat qu’au domicile familial.

Donc, tout le voisinage avait ras-le-bol de cette voisine envahissante et de ses enfants. Chacun se demandait, quand est-ce que Dieu allait les débarrasser d’eux. Aujourd’hui, c’était chose faite. Et cela grâce à la générosité de la seule personne sérieuse de la famille indésirable : Djénébou !

La chance de cette dernière avait été qu’elle avait été prise en charge très tôt par l’une de ses tantes. Contrairement à ses frères aînés, elle avait fait de brillantes études et est aujourd’hui un cadre respecté dans une banque de la place. Grâce à elle, les habitants de la rue Pachanga étaient enfin débarrassés de Diamuru et de ses vermines de fils ! Ouf !


Bolmouss


LES ENFANTS FAISEURS ET DESTRUCTEURS DE RELATIONS

Si dans plusieurs quartiers populaires les habitants tiennent beaucoup au voisinage, qui se mue souvent en relation parentale, tel n’est pas le cas dans plusieurs cités habitées par les « nantis ». En effet, dans ces zones, chacun mène sa vie à côté, comme à l’occidental. On y rencontre des voisins directs qui se parlent à peine à part les salutations et qui veulent éviter de « s’immiscer » l’un dans la vie de l’autre. Alors, ce sont les enfants qui réduisent l’écart existant entre les voisins (leurs parents) en coupant le cordon.

Généralement, ces enfants voisins se connaissent dans les lieux publics (écoles, terrains de sport, soirées récréatives…) Réalisant alors qu’ils sont voisins, l’amitié est vite scellée et se renforce de jour en jour. Place maintenant aux visites domestiques, qui voient finalement l’implication des parents.

Le témoignage de F C, un habitant dans une de ces cités, est très éloquent. « Autrefois, je voyais rarement mes voisins et on se saluait seulement. Mais, dès que nos enfants sont devenus amis du fait qu’ils fréquentent la même école, nous, leurs parents, avons appris à nous connaître et à nous fréquenter ».

Au fil du temps, ces fréquentations des parents cèdent la place à l’amitié. C’est ainsi que ces derniers se retrouvent souvent autour du thé ou participent ensemble à des cérémonies comme le mariage et le baptême çà et là. Le plus souvent, ce sont les femmes qui s’illustrent le plus en organisant des tontines entre elles et en créant des associations au nom du secteur comme l’affirme bien cette femme quadragénaire : « au départ, nos chemins ne se croisaient pas car nous étions toutes cloîtrées dans nos maisons, mais grâce à nos progénitures, nous sommes devenues amies et avons même créé des associations entre nous dans notre secteur ».

Les enfants peuvent aussi être à l’origine d’altercations, voire de rupture entre leurs parents voisins surtout dans les quartiers populaires. En effet, dans de tels cas, chaque parent, sans tenir en compte du voisinage, essaie de défendre et de blanchir son enfant dans une situation donnée. Ce qui se transforme en échange d’injures et même d’interpellations à la police.

Selon un agent du 4e arrondissement de police de Bamako, « beaucoup de nos visiteurs sont des voisins prêts à en venir aux mains à cause des futilités de leurs enfants ». Malgré l’appel des agents de police à l’apaisement et à l’entente cordiale, certains voisins rompent leurs relations et ne soufflent plus dans la même trompette.

C’est dire donc que les enfants peuvent à la fois être à l’origine des relations entre voisins comme ils peuvent en être les boucs émissaires.

Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)


UN COUPLE INVIVABLE !

Abdoulaye Diabaté, dans son titre « Louanssé » avait bien vu en disant que « la location n’est pas une vie ». Surtout lorsque le « cohabitant » n’a aucun art de vivre. C’est un enfer terrestre.

Le couple que nous désignerons par les initiales C et D se reconnaîtra sans doute à travers ce témoignage sur son comportement asocial à Faladié. Vivant dans une cour commune avec trois autres colocataires, cette famille donne toujours des occasions pour faire parler d’elle.

Le chef de famille D. est un enseignant du secondaire. La trentaine légèrement dépassée, il se reconnaît facilement avec sa barbiche hérissée, sa calvitie et ses yeux rouges. Mais, c’est surtout son caractère de ne saluer personne sur son passage qui l’a rendu tristement célèbre.

Ce qui a d’ailleurs valu son sobriquet de « Miché fatô », (le maître fou), témoigne un habitant du quartier. « Il a horreur de dire bonjour. Et quand on le voit, on a l’impression qu’il en veut au monde entier, je ne sais, pour quelle raison ».

D’une vingtaine d’années, sa femme, une jouvencelle. Mais à qui l’on donnera le double de cet âge à cause de sa corpulence et de sa laideur répugnante. Elle travaille dans un salon de couture pour femmes. Contrairement à son époux, elle a le don de la salutation dehors. Mais, sa méchanceté, affirment des voisins, est sans borne.

Ces jugements de quartier pourraient paraître sans fondement si, en famille, le couple adoptait un comportement exemplaire. Dommage ! Car avec trois colocataires, cette famille ne souffle que du chaud. Le couple vit dans une pièce avec son unique enfant, un garçon de moins de trois ans. C’est ce morpion qui a été le premier objet des altercations.

« C’est un enfant turbulent. Quand il passe dans ta chambre à ton insu, c’est le déluge. Ce petit a, un jour, transformé mon salon en une porcherie pendant que j’étais dans la cuisine. Et mon malheur a été de faire des reproches à ses parents. Je ne suis pas le seul, l’enfant a fait tomber la moto neuve de l’autre voisin. Et au lieu de s’en prendre à leur rejeton, ils ont eu le culot de demander des comptes au propriétaire de la maison… », témoigne Mme K., une voisine.

« Comme si les escapades de leur petit ne suffisaient pas, le père nous réveille tous les matins avec le son de sa radio ou de son téléviseur. Du portail, tu peux entendre le son de sa radio à 6h du matin. Même scène la nuit. Quand on lui fait des reproches, il argue que personne ne l’aide à payer ses frais de location », ajoute un autre voisin.

Selon ce dernier, la femme fait pire. « Quand elle se réveille le matin, personne n’a plus le droit de dormir. Les pleurs de son enfant, les bruits de ses ustensiles, les grognes sur sa bonne, les fumées de son foyer… C’est une vraie famille de ténias », grogne-t-il.

En l’absence du propriétaire de la maison qui réside à l’étranger, les autres locataires ont interpellé l’agence de gestion de la maison. En vain. De commun accord, ils ont, alors, décidé de développer des stratagèmes pour faire partir le couple indésirable dans les meilleurs délais.


Sidiki Y. Dembélé


VOISINAGE SELON LE CHRISTIANISME: LE PROCHAIN D’ABORD


La Bible ne parle pas de façon express du voisin, mais, par contre, met l’accent sur le prochain. Pour le Chrétien, le respect de la personne humaine passe d’abord par le respect du principe « que chacun considère son prochain sans exception comme l’autre lui-même ».

Pour la Bible, aucune législation ne saurait, par elle-même, faire disparaître les craintes, les préjugés, les attitudes d’orgueil et d’égoïsme, qui font obstacle à l’établissement de sociétés vraiment fraternelles.

En principe, « prochain » se rapporte à l’espace : est prochain qui se trouve à proximité. Il n’est donc pas donné d’avance.


AK

Les Echos du 27 juillet 2007.