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Cette petite fleur mauve aux pistils rouges est un trésor qui suscite bien des convoitises: les producteurs de safran de la région de Taliouine, dans le sud du Maroc, tentent de protéger leur épice rare et précieuse face aux contrefaçons. Producteur local, Brahim Afezzaa est très attaché à la valeur de sa récolte, protégée par un label d’Appellation d’origine protégée (AOP). « Le safran pur de Taliouine est le meilleur au monde, selon les experts », va-t-il même jusqu’à affirmer, ce que contesteraient à coup sûr d’autres producteurs, notamment en Iran, le champion mondial de la production de safran. Mais ce Marocain de 51 ans regrette que des produits de « contrefaçon » soient commercialisés en usurpant l’appellation « Taliouine », sans respect des critères stricts de qualité imposés par le label AOP. Au pied des cimes enneigées du mont Toubkal, les méthodes de culture n’ont guère changé depuis des siècles: à la saison de la cueillette, des travailleuses agricoles s’emploient dès l’aube à ramasser à la main les petites fleurs qu’elles posent minutieusement dans des paniers en tiges de roseaux. Une fois séchés et triés, les stigmates du pistil donneront le safran, l’épice la plus chère au monde, très prisée par les chefs étoilés. Sara, une Belge trentenaire, a profité de vacances au Maroc pour découvrir le safran de Taliouine vanté dans les guides touristiques. Dans son pays, elle paye cette épice cinq euros le gramme mais, « en Belgique, on n’est pas vraiment sûr qu’elle soit pure », confie-t-elle pendant une journée d’initiation chez un producteur local. – « Fierté » – Dans la région de Taliouine, on s’en sert surtout pour pimenter les tajines de poulet. Mais « beaucoup préfèrent vendre le safran pour subvenir à leurs besoins », explique Driss, un acteur du monde associatif âgé de 24 ans. Principale richesse de la cité berbère de Taliouine, le safran y fait vivre près de 1.500 familles. Et la contrefaçon « nuit à l’image de cette culture transmise de père en fils qui fait notre fierté », s’insurge Driss. L’enjeu financier n’est pas anodin pour le Maroc, quatrième producteur mondial de cette épice derrière l’Iran, l’Inde et la Grèce, selon une étude de l’institut FranceAgriMer publiée en 2013. La fleur de crocus sativus exige des conditions climatiques drastiques (été chaud, hiver froid et humide) et se cueille de mi-octobre à mi-novembre, pendant seulement deux à trois heures par jour, à l’aube, avant qu’elle ne s’ouvre…AFP