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A Bamako, les camions citernes et remorques, voitures légères, motocycles, vélos, charrettes, « pousse-pousse », tous réclament leur part, tous veulent circuler au beau milieu du goudron. Conséquences : des embouteillages monstres et des drôles d’accidents, etc.

C’est pour éviter cette chienlit et rendre la circulation plus fluide que le gouvernorat a décidé de mettre « chacun » sur sa voie. C’est ainsi que interdiction a été faite aux charretiers et aux « pousse-pousseurs » de circuler sur le goudron. Ils peuvent cependant emprunter des voies secondaires pour leur transport des ordures ou des bagages des particuliers.

Ce qui n’est pas du goût des « 4 pattes 4 pieds » (4 pattes de l’âne, 2 pieds du charretier et 2 pneus de la charrette) et des « 2 pieds, 2 pneus » (pousse-pousse) qui voient à travers cette décision une façon de les mettre au chômage.

« Nous gagnons notre vie dans ce travail et c’est aux bords des grandes artères qu’on trouve des clients. On ne peut pas traverser certains lieux sans passer par le goudron. Ce n’est vraiment pas normal cette décision, on veut nous chasser, c’est tout », témoigne Ousmane, 26 ans.

Son compagnon, lui, ne décolère pas et peste contre des policiers qui ont enlevé son « pousse-pousse » dimanche au niveau du rond-point de la paix. « Je transportais les bananes de la vendeuse qui est en face de la BHM, les policiers m’ont pris et ils m’ont demandé de payer 10 000 F CFA. Imaginez, souvent, je ne gagne même pas 1000 F par jour. Ils voulaient amener mon ‘pousse-pousse’, c’est la propriétaire de la marchandise qui les a suppliés, je ne sais combien elle leur a donné. Ça ne peut pas vraiment continuer », lance-t-il.

Menaces voilées

A l’image de ces deux « pousse-pousseurs », ils sont nombreux à dénoncer la mesure et à travailler désormais dans la clandestinité. « Si on ne veut pas nous voir avec nos ‘pousse-pousse’, qu’on nous cherche un autre travail, sinon, nous allons conduire nos engins comme ils conduisent leurs voitures. J’ai quitté Bougouni il y a 5 ans et je ne fais que ce métier de transporteur », lance Abdou, un autre charretier.

En ville, les avis sont partagés sur la décision du gouverneur : certains défendent les charretiers, estimant qu’ils jouent un rôle important dans le transport des petits bagages et que ce travail vaut mieux que voler.

« Il ne s’agit pas simplement de les mettre dehors, il faut leur proposer quelque chose parce qu’ils sont des centaines dans la ville. Surtout au Grand marché, il est impossible d’appliquer cette décision. Là-bas, ils sont incontournables. Pour ce qui est des charretiers qui ramassent les ordures, on peut par exemple venir en aide aux GIE pour qu’ils s’achètent des machines de ramassage d’ordures », soutient Aminata Mariko, commerçante au Grand marché.

D’autres, par contre approuvent la décision et demandent qu’elle soit appliquée avec rigueur. « Bamako devient de plus en plus une grande capitale, donc, il est inconcevable de voir des ânes circuler avec des hommes sur les voies expresses. Dans certaines métropoles africaines, on ne voit pas les vélos et les motos en circulation a fortiori des ‘pousse-pousse’. Evidemment, on doit balayer ces nids d’embouteillages qui polluent la circulation et provoquent des accidents à longueur de journée », argumente Souleymane Diarra, un employé de commerce.

En tout état de cause, les charretiers, qui ont maille à partir avec les policiers tous les jours, n’ont, semble-t-il, pas encore dit leur dernier mot. Ils exigent des mesures compensatoires sous peine de laisser entendre les « croc-crocs » de leurs charrettes et les braiments de leurs ânes dans Bamako redevenue la Coquette.

Sidiki Y. Dembélé

08 août 2006.