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Comme des sculpteurs qui cherchent à façonner leur statue, Bamako et Paris, ou l’inverse, continuent le forcing pour la tenue de la présidentielle le 28 juillet. Mardi dernier, c’est le chef du Quai d’Orsay lui-même, Laurent Fabius, qui, dans un dangereux numéro d’équilibrisme, a martelé devant les députés «l’élection se fera comme elle se fera, la campagne est lancée, l’engouement y est…». Fabius s’est même aventuré à qualifier les candidats à la présidentielle ayant déposé un recours de prolongation auprès de la Cour Constitutionnelle: «si certains candidats à la présidentielle protestent… on ne peut pas dire que ce sont les principaux…».

Au même moment, à Koullouba, devant les 28 candidats ou leurs représentants, Dioncounda Traoré, depuis quelques temps bon élève de la France, arrondissait les angles, mais relayait le même message: «il ne saurait y avoir d’élection parfaite, encore moins dans un pays en sortie de crise et pour lequel, justement, nous voyons ces élections comme un moyen d’en sortir dans les délais les plus brefs.

Les imperfections du processus électoral peuvent être compensées par l’esprit civique des candidats et des électeurs». Dans un peu plus de deux semaines, on verra à quoi a abouti le travail de ciselage auquel se livrent Paris et Bamako.

NINA ou le chemin de croix

Ils s’appellent Mamadou, Fanta, Abdoulaye, Sékou, Aminata… pour ne citer que les quelques-uns que nous avons rencontrés et surtout aidé à récupérer leur cartes NINA. Pendant des heures, sur le soleil, nous avons tout d’abord erré entre les bureaux désordonnés. Nous avons ensuite consulté les listes, ou ce qu’il en reste encore sur les murs du Centre secondaire de Kalabancoura. A chaque fois, en face de nous, assis dans une salle de classe et les écouteurs aux oreilles, de jeunes hommes ou femmes se sont empressés de nous répondre: «ce nom n’est pas ici. Il faut aller de l’autre côté».

Notre demande se faisant plus insistante, on nous a remis un bout de papier avec l’inscription: «Hamdallaye ACI 2000, Bibliothèque nationale – DGE». Or, à la DGE (Délégation générale aux élections), les listes sont différentes de celles des cartes NINA, en ce sens que la DGE ne détient que les listes nationales globales. Celles qui concernent les cartes NINA sont locales. Depuis 5 heures du matin, MBenga Aminata a été trimballée entre l’école de Kalabancoura, celle de Sabalibougou et la DGE. Au moment où nous mettions sous presse, elle n’avait pas encore retrouvé sa carte NINA».

Regardez seulement de plus près certaines listes et vous verrez les choses les plus incroyables. Exemple: Minata Coulibaly est bel et bien une femme et sa photo se trouve sur sa carte. Mais nos enrôleurs n’ont rien trouvé de mieux que d’écrire «sexe non spécifié». Kabako!

Le CNID de Me Tall se paie 45 véhicules 4X4 pour la campagne

Au CNID Faso Yiriwa Ton on croit dur comme fer que Waati Sera pour Me Mountaga Tall. C’est pourquoi, sans doute, dans le parti du soleil levant on n’a pas lésiné sur les moyens pour doter le candidat de ce qu’il faut pour qu’il mène à bien sa campagne présidentielle. Selon des sources proches du parti, nous avons appris que le CNID a acquis 45 véhicules 4X4 flambant neufs. Avec ces moyens de locomotion, les lieutenants de Me Tall comptent se rendre dans les campagnes et les hameaux pour ratisser large et lui assurer la victoire. Peut être que cette année, «Waati Sera» pour Me Tall.

La section ADEMA de Koro agonise

La section ADEMA/PASJ de Koro n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle ne vit plus ou presque. Conséquence, les militants se sont dispersés dans la nature, entre les différents candidats à l’élection présidentielle du 28 juillet. Cette situation est un coup dur pour le candidat de l’ADEMA, déjà en difficulté dans son parti à cause du faible engouement de certains cadres et du départ d’autres. Selon nos sources, l’ADEMA n’existe presque plus à Koro. Décidément, le choix de Dramane Dembélé ne finira pas de faire bourdonner dans la Ruche.

Le changement, un mot galvaudé

S’il y a un mot que les candidats à l’élection présidentielle du 28 juillet utilisent beaucoup, c’est bien le mot changement. Tout le monde ou presque parle de changement. C’est vrai que, depuis le coup d’Etat de mars 2012, les Maliens, dans leur grande majorité, aspirent au changement.

Nos compatriotes veulent enterrer le système qui était en cours dans notre pays. Le système se résumait en corruption, détournement de bien publics, népotisme. Bref, notre pays était très mal dirigé. Conséquence, il est tombé dans un gouffre profond. C’est pourquoi tous les candidats utilisent le mot changement pour séduire l’électorat.

Recueillis par Paul Mben et Youssouf Diallo

11 Juillet 2013