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Au moment où les sociétés d’exploitation minière, Randgold Resourse Limited, AngloGold Ashanti, entre autres, sont assignées en justice, pour pollution et dégradation de l’environnement, un groupe de journalistes a fait le déplacement de Loulo, mardi 20 mai. Objectif : aller voir sur place l’état de l’environnement.

Ainsi, ont-ils échangé avec les autorités sanitaires, les agents du Laboratoire national de la qualité des eaux et les populations. Lesquelles ont témoigné : « Aucun homme, aucun animal n’est mort, ni même tombé malade, à cause de l’utilisation de cyanure par la mine« .

Aujourd’hui, l’exploitation aurifère bat son plein au Mali. Les villages situés à proximité de la mine, à l’image de Djidjan et Loulo à Kayes, connaissent une forte croissance démographique. Ces localités, de par l’activité minière, sont exposées aux risques de pollution atmosphérique, source des maladies respiratoires.

Aujourd’hui, des voix se sont élevées pour accuser les sociétés minières d’avoir pollué le couvert végétal.

Afin d’avoir une idée juste sur la situation, un groupe de cinq journalistes ont fait le déplacement de la mine de Loulo. Sur place, ils ont échangé avec les populations, les autorités sanitaires, et même les agents du Laboratoire national de la qualité des eaux, en mission de prélèvement et de contrôle de la qualité des eaux.

Le village de Loulo, qui a donné son nom à la mine, a été le premier visité. Ici, le chef de village, Fassara Kéïta, de déclarer, haut et fort: « aucun homme, aucun animal n’est mort ni même tombé malade dans mon village à cause de l’utilisation du cyanure par la mine« .

La personne la plus âgée du village, M’Bandia Kéïta, que nous avons rencontrée, a laissé entendre: « Aujourd’hui, nous pouvons dire « Alhamdoulilaye« , grâce à la mine, nous sommes désenclavés. Autrefois, il n’y avait pas plus de deux motos dans tout le village.

Aujourd’hui, ces engins sont innombrables. Nos enfants, en majorité, travaillent dans la mine. Ils contribuent au développement socio-économique du village. L’avènement de la mine a créé chez nous un espoir de développement. Nous avons eu des écoles, des forages qui nous procure l’eau potable et même un barrage.

La mine nous a aussi donné la santé quand on sait qu’il y a une clinique dans laquelle on est soigné. Aussi, chaque trimestre, les agents de santé viennent pulvériser tout le village, famille après famille, pour tuer les moustiques, source de paludisme« .

En sortant de chez le chef de village, dans un coin de la rue, nous avons croisé le plus grand éleveur du village, Sambaly Kéïta, qui a soutenu n’avoir vu «aucun homme ou un animal mort à cause de cyanure utilisé dans la mine ni même entendu quelqu’un en parler».

Le deuxième village proche de la mine, Djibjan, a également enregistré le passage des journalistes. Là, le chef de village, Mogantafé Sissoko, n’a pas manqué de saisir l’occasion pour saluer la mine «d’avoir doté son village de forages et donné aussi des semences aux populations pour la campagne agricole».

A la question de savoir si les hommes ou les animaux sont morts à cause de l’utilisation de cyanure, l’orateur de répondre par la négative. De son côté, Demba Kéïta, un honnête habitant du village, de renchérir : « Tout ce qui est dit par rapport au cyanure n’est pas vrai.

Les eaux que nous consommons ne sont pas polluées. Elles sont analysées par des agents de santé qui passent chaque trimestre au village« .

A préciser que le village de Djidjan ne comptait que 350 habitants avant l’avènement de la mine en 2004. Aujourd’hui, le dernier recensement effectué par les autorités communales fait état de la présence à Djidjan de 5 000 habitants.


Les taux de morbilité en baisse depuis l’avènement de la mine

Avec l’ouverture de la mine, en 2004, une politique de santé a été mise en place au grand bonheur des populations des villages environnants. Le docteur de la clinique de la mine de Loulo, Dr Haladou M. Manirou, que nous avons rencontré, a affirmé que le taux de morbidité ( prévalence des maladies) a chuté avec l’avènement de la mine dans la localité.

Les données de base montrent qu’à Djidjan, le taux du paludisme, estimé à 21,33 % des consultations, avant l’avènement de la mine, est tombé à 4, 84 %, en 2007. A Loulo, le taux du paludisme a chuté de 18,86 % avant l’ouverture de la mine à 6,38 % en 2007.

S’agissant des affections respiratoires, elles étaient estimées à Djidjan, avant la mine, à 18, 81 %. En 2007, ce pourcentage est tombé à 16,81%. A Loulo, de 24, 88 %, avant la mine, le pourcentage a diminué, en 2007, à 16,65 %.

Pour les maladies sexuellement transmissibles (MST) et les maladies urogénitales à Djidjan, le pourcentage est passé de 11, 63%, avant la mine, à 4, 96 % en 2007. A Loulo, le pourcentage a chuté de 12, 35 % à 3,30 %.

Par rapport à la qualité des eaux, si l’on en croit Mme Sacko Aïssatou Koïta et Mme Touré Fadi Maïga, techniciennes en chimie au Laboratoire national de la qualité des eaux, elle répond aux normes de l’OMS.

« Chaque trimestre, nous effectuons le déplacement de Loulo pour contrôler la qualité des eaux. Du début des activités minières jusqu’à présent, nous n’avons pas encore découvert d’anomalie. Pour le moment, les eaux sont conformes aux normes de l’OMS » ont déclaré les deux spécialistes.

Nous avons aussi rencontré Dr Mamadou Diallo, Directeur de la Société africaine de l’hygiène publique, de l’agriculture et de commerce (SAHPAC). Dr Diallo était, également, sur le site pour désinsectiser et le camp des travailleurs et les villages environnants.

« A part l’anophèle femelle, agent causal du paludisme, je n’ai pas encore identifié un autre insecte spécifiquement lié à l’activité minière vecteur de maladie« , a-t-il déclaré.

La protection du personnel et de l’environnement, les préoccupations de Loulo S.A

Par rapport à la protection du personnel, chaque travailleur de la mine est doté d’équipements adaptés à son secteur d’intervention. Il s’agit des tenues, des casques et des chaussures.

Au niveau de la coulée d’or, les travailleurs sont habillés d’une combinaison faite de l’aluminium à l’extérieur et garnie à l’intérieur de laine. Cette combinaison permet de protéger le travailleur contre la chaleur. Le Directeur de l’usine, Abdoulaye Cissé, de déclarer que chaque travailleur jouit d’une prime de lait à la fin du mois.

Concernant la protection de l’environnement, le plan de fermeture de la mine prévoit beaucoup d’actions, à l’image de la transformation des carrières ouvertes en lacs de retenue d’eau servant à faire la pisciculture, l’agriculture et le maraîchage.

D’ores et déjà, la mine a commencé sa politique de réhabilitation progressive de l’environnement.

Une pépinière d’espèces locales a été réalisée pour le reboisement des superficies dévastées lors de l’exploitation. Pour lutter contre l’érosion de la terre, des lignes de cailloux sont posées sur les terrains.

Pour la protection de la faune, des plaques indiquent aux conducteurs des engins de la mine, le passage des singes qui vivent dans les collines. Des ceintures de grillages protègent également des endroits de l’exploitation.


Le barrage à boue est, en permanence, sous surveillance

La préoccupation majeure de la Direction de la mine de Loulo est la gestion du barrage à boue où se trouvent déposés les déchets des produits chimiques utilisés dans le traitement de l’or. Il s’agit, entre autres, du cyanure et du carbone.

Le barrage à boue est gardé, en permanence, pour empêcher les hommes, les animaux et même les oiseaux de fréquenter le lieu. Les déchets sont acheminés vers le barrage à boue à travers des tuyaux. Lesquels sont posés à terre de sorte qu’en cas de cassure, la mine se rend compte rapidement et prend des mesures dans l’immédiat.

L’Etat dépourvu de tous les textes de protection de l’environnement

Avant le début des travaux d’exploitation, Loulo S.A a fait faire une étude d’impact environnemental. Au ce jour, le rapport dort dans le tiroir du département de l’Environnement, depuis des années, en attente d’être signé.

Le document répertorie les espèces animales et végétales qui existaient dans la localité avant la mine. Il mentionne également les données de base de la situation de la poussière et la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines.

Force est de constater que dans le cadre de l’exploitation minière, le Mali ne dispose d’aucun document de contrôle des degrés de produits chimiques, notamment le cyanure. Devant ce vide, les sociétés se réfèrent aux normes internationales.

En outre, le Mali ne dispose pas également de textes qui déterminent la responsabilité des sociétés minières après la fermeture des mines. Là, encore, ce sont les sociétés elles-mêmes qui se sont fixé le délai des cinq ans de responsabilité.

Ce qui est marrant dans cette affaire, c’est que le ministère de l’Environnement et de l’Assainissement se rend rarement sur le terrain pour inspecter. Il attend que Loulo S.A paie les frais de déplacement des inspecteurs pour qu’ils se rendent sur le site.


Abdoul Karim KONE

26 Mai 2008