Partager

bon.jpg

La patronne n’hésite pas souvent à se débarrasser de sa bonne au moindre soupçon de grossesse. En effet, certaines aides familiales arrivent dans la capitale sans aucune adresse. Très vulnérable, elles sont embauchées par les patronnes dans des conditions pas très claires. La famille d’accueil devient par la suite le seul repère de la domestique. Elle devient la seule complice de la patronne dans les travaux ménagers. La patronne entretient de bonnes relations avec sa domestique jusqu’au jour où, par imprudence, celle-ci contracte une grossesse non désirée. La patronne, sans état d’âme, n’hésite pas à la jeter dehors.

Une fois renvoyée de sa famille d’accueil, alors «bonjour les dégâts !». La domestique se retrouve dans la rue. Elles sont nombreuses les bonnes enceintes ou les servantes-mères qui ne sont plus retournées chez leurs parents par peur de subir leur colère. Les employeurs estiment qu’une aide ménagère enceinte ou ayant un enfant est moins efficace. Il devient difficile pour les servantes-mères de trouver un emploi pour subvenir à leurs besoins. Dans cette situation, la pauvre domestique est laissée pour compte. Elle doit faire le choix entre conduire sa grossesse à terme sans véritable assistance ou se faire avorter.

Selon Me Fanta Camara, la plupart des bonnes sont victimes d’injustice de leurs employeurs qui les poussent à l’avortement, à l’abandon de leurs bébés ou à l’infanticide. L’histoire de Maïmouna D. est pathétique. Elle a travaillé pendant 3 ans dans une famille à Faladiè. La serviable Maï s’entendait à merveille avec les membres de la famille. Tout se passa très bien pour elle jusqu’au jour où elle tomba en grossesse. Elle fut renvoyée sans explication. Ne sachant pas où aller ni quoi faire elle s’est réfugiée finalement chez une parente à Lafiabougou. Cette dernière à son tour n’a pas tardé à se débarrasser d’elle. La malchanceuse Maï vit actuellement le calvaire avec son bébé sous le bras. “Je ne sais plus quoi faire. Je ne peux plus retourner au village», dit-elle en sanglots.

Cet autre exemple mérite attention. La brave Aminata D. est enceinte. Elle a perdu son emploi après avoir été engrossée par un membre de sa famille d’accueil. Elle sera rejetée par tout le monde. “J’ai peur de dénoncer l’auteur de ma grossesse. Il a menacé de me faire la peau”, a expliqué notre interlocutrice. Elle est néanmoins résolue à remettre l’enfant à son père dès son accouchement. “Dès la naissance de l’enfant, je le remettrai à son père pour rentrer au village”, nous a confié Ami. La paysanne est désorientée. Elle erre dans les rues de la capitale sans but. “Je n’ai pas les moyens de subvenir aux besoins du bébé. Le comble est que je ne peux pas retourner avec mon gosse au village”, indique notre interlocutrice. Chaque jour qui passe le désespoir grandit en Aminata. Elle fait du porte-à-porte à la recherche d’un emploi.

Contrairement à nos deux premières héroïnes, Sèba D. originaire de Kolokani était déjà mère avant de descendre à Bamako. Elle est venue tenter sa chance dans la grande ville, un petit garçon dans les bras. Elle a commencé à perdre espoir après 5 mois de divagation dans la capitale, sans trouver un emploi. Elle raconte qu’après 3 jours d’essai, elle a été mise à la porte par son premier employeur au profit d’une autre bonne plus jeune et qui ne trimballait pas d’enfant. Sèba regrette d’avoir tenté l’aventure de Bamako avec son bébé.

La maîtresse de maison, Mme Tenèba T., insiste sur le fait que très souvent les bonnes n’ont aucune idée de l’auteur de leur grossesse. “C’est un problème car il est difficile de prendre en charge un enfant dont on ne connaît pas les parents”, soutient notre interlocuteur.

L’instituteur Issa K. se dit dépassé par l’attitude impitoyable de certaines patronnes à l’égard des aides ménagères frappées par le destin. Il souhaite qu’on accorde une attention particulière aux servantes en situation difficile. Notre interlocuteur raconte une de ses expériences. “Un matin, j’ai embauché une bonne avec son enfant. A mon retour le soir, ma femme l’avait libérée”, explique Issa, ce bon père de famille qui condamne la discrimination dont sont victimes les servantes-mères.

Mariam A. TRAORÉ | essor

11 mai 2007