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« Si vous adoptez le projet de loi sur les OGM, vous trahissez vos électeurs »

Pour protester et mettre en garde les élus du peuple contre une éventuelle adoption du projet de loi sur l’introduction des organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture malienne, dont la question était en séance plénière hier jeudi 13 novembre à l’Assemblée nationale, la Coordination nationale des Organisations Paysannes (CNOP) a organisé le même jour un sit-in devant le Parlement.

Halte à la corruption et l’achat des élites contre les intérêts des masses laborieuses», «OGM : nous n’accepterons jamais un processus non transparent», «OGM ni dans mon champs ni dans mon assiette», «OGM : la loi d’orientation agricole est en train d’être violée».

Voilà entre autres slogans, qu’on pouvait lire hier matin sur les banderoles et les pancartes du petit groupe de manifestants de la CNOP, qui a investi hier la grande devanture de l’Assemblée nationale.

Encadrés par un impressionnant dispositif policier, les manifestants, à en croire le président de la CNOP, Ibrahima Coulibaly, entendent attirer l’attention de l’opinion nationale et plus spécifiquement des élus de Bagadaji sur une éventuelle adoption du projet de loi sur l’introduction des OGM dans l’agriculture malienne.

«Si ce projet de loi est adopté les paysans maliens seront aliénés aux firmes occidentales dans l’approvisionnement semencier. Pire, aucune étude appropriée n’a jusque-là recommandé l’utilisation de ces OGM dans nos consommations. Aussi, en aucun moment les organisations paysannes n’ont été associées à ce processus».

Ainsi, le président du CNOP a mis en garde les députés contre l’adoption de ce projet de loi. «Si vous votez en faveur de cette loi, cela veut dire que vous avez trahi vos électeurs. Si cette loi est adoptée, cela signifie également que le gouvernement malien a violé ses propres conventions qu’il a signées dans le cadre de l’introduction de ces OGM. Notamment le protocole de Cartegena, la Convention internationale sur la biodiversité et la Loi d’orientation agricole. Ces différents protocoles avaient souhaité que même si les OGM devraient être introduits dans notre pays, cela doit se faire de façon transparente, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas».

Pour les organisations paysannes du Mali, «même si cette loi est adoptée nous ne serons pas d’accords». «Et nous descendrons dans les villages et dans les hameaux pour dire aux paysans que leurs intérêts ne sont plus défendus au niveau de l’Assemblée nationale», a-t-il prévenu.

Assemblée nationale : La loi sur les OGM passe


Malgré le sit-in matinal des organisations paysannes devant l’Assemblée nationale hier jeudi 13 novembre, les élus de la nation ont adopté la loi relative à la sécurité en biotechnologie appelée également loi sur les OGM. Ce sont 108 députés qui ont voté ce projet de loi contre 20 et 0 abstention.

C’est le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Agathane Ag Alassane, qui a défendu ce projet de loi. Contesté par les organisations paysannes et l’opposition parlementaire, ce projet de loi a fait l’objet d’intenses débats à l’Hémicycle. Certains estiment qu’il n’est pas bon pour les paysans et les consommateurs. D’autres soutiennent le contraire en affirmant qu’il permet d’augmenter la quantité et de moderniser l’agriculture.

Le ministre Agathane Ag Alassane a, pour sa part, laissé entendre que la bio-technologie ne concerne pas que l’agriculture. «L’objectif du protocole de Cartagena est de garantir un niveau adéquat de protection pour la biodiversité et la santé humaine dans le transfert, la manipulation et l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) produits par la biotechnologie moderne en mettant l’accent sur les mouvements transfrontaliers».

Il ressort du rapport de la commission du développement rural et de l’environnement que la biotechnologie permet de renforcer les capacités nationales. En dépit de son fort potentiel pour améliorer la production agricole, la biotechnologie moderne connaît peu d’application au Mali.

Le même rapport définit la biosécurité ou sécurité biotechnologique ainsi que suit : il est pour notre pays, une nécessité impérieuse de prendre toutes les mesures nécessaires, pour se mettre à l’abri des risques éventuels liés aux différentes applications de la biotechnologie moderne.

Le but visé par cette loi consécutive à la Convention sur la diversité biologique signée par notre pays, est la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques.


Chahana TAKIOU

14 Novembre 2008