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Les organismes génétiquement modifiés ont commencé depuis quelque temps à faire leur entrée dans les productions agricoles de certains pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, sous la poussée d’une campagne promotionnelle les présentant comme incontournables dans la lutte contre la faim et la pauvreté.

Les OGM n’en suscitent pas moins de sérieuses inquiétudes quant à la nocivité de leur impact sur la santé humaine et animale, sur l’environnement et sur l’économie. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont fait une percée remarquable dans le secteur de l’Agriculture.


Une innovation

Ils sont présentés comme une innovation qui pourrait contribuer à lutter contre les contraintes majeures que sont: les sécheresses répétitives, les maladies végétales, les pénuries céréalières et la disette. On parle aujourd’hui de la création de cultures transgéniques de coton, de Maïs, de Soja, de riz et de mil, entre autres.

Les OGM représentent cependant des enjeux économiques et scientifiques. Sur le plan économique, les grandes campagnies vont exercer un contrôle certain sur cet intrant agricole, et aussi sur les gains tirés de la production. En effet, l’utilisation des OGM va obliger les producteurs africains à acheter, chaque année, des semences aux firmes transnationales.

En outre, la zone CEDEAO représente un très vaste marché courant plus de 15 pays d’Afrique de l’Oeust. Ceci n’est pas acceptable aux yeux de bon nombre de gouvernants africains qui voudraient produire eux-mêmes des OGM pour échapper à leur diktat.

Sur le plan scientifique, l’adoption des OGM peut concourrir à la destruction des semences et des systèmes de production que les instituts de recherche nationaux et les communautés paysannes ont développés depuis plusieurs décennies.

A cela s’ajoutent les risques éventuels encore méconnus liés à leur utilisation: les risques sanitaires, les risques écologiques et les risques liés à la menance pour la biodiversité.

Le plaidoyer des USA et de la FAO en faveur des OGM

Depuis quelques années, les OGM sont utilisés dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest. Les cultures transgéniques ont installé dans les pays de cette région un vif débat.

En effet, s’il y a des voix qui s’elèvent contre sa pénétration en Afrique, les firmes transnationales quant à elles, soutiennent que les OGM sont une réponse en vue d’accroitre la productivité agricole.

Prenant le relais dans le plaidoyer pour une ouverture des pays africains aux OGM, le Gouvernement américain à organisé en juin 2004 une conférence internationale à Ouagadougou au Burkina Faso. L’objectif déclaré de cette conférence était de présenter aux représentants des différents producteurs les avantages des OGM.

Il était important aux yeux des responsables américains de combler le déficit d’informations et de combattre les préjugés sur ces nouveaux intrants agricoles. Près de 300 participants issus de 15 pays de la CEDEAO ont pris part à la dite conférence.

Prenant la balle au rebond, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans son rapport 2003-2004 sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture fait un plaidoyer en faveur des OGM.

Elle déclare que “les OGM sont une arme dans la lutte contre la faim et la pauvreté”. Elle défend l’idée que cette innovation en agriculture pourrait aider les pays en développement à réduire considérablement l’utilisation des produits chimiques agricoles toxiques, tout en améliorant le contrôle des parasites et en minimisant les coûts de production.

Ces nouveaux intrants agricoles devraient donc doper la production agricole afin d’assurer la sécurité alimentaire et la qualité des produits.

Bras de fer entre partisans et détracteurs

Lors des conférences de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso en 2004, les participants ont affiché une grande prudence par rapport à cette question. En effet, bien que convaincus des avantages liés à l’utilisation des OGM, les participants ont fait part de leur méfiance quant aux effets éventuels sur la santé humaine et sur l’environnement.

Cerner les inconvénients liés à l’utilisation des OGM tel semble être le credo de bon nombre de pays et d’organisation de producteurs. Cela n’a pas pour autant empêché le Burkina Faso à démarrer en fin 2003 des essais transgéniques et de se positionner involontairement <<porte d’entrée des OGM en Afrique de l’Ouest>>.

Le succès de la culture transgénique du coton en Afrique du Sud et en Egypte a sûrement été déterminant dans son choix. En outre, un centre de recherche du Nigéria a bénéficié d’un financement de l’USAID pour un montant de deux millions de dollars pour lui faciliter l’accès aux biotechnologies.

De même, l’Institut d’Economie Rurale (IER) de Bamako au Mali a négocié une subvention d’un consortium de bailleurs de fonds (USAID Don agroscience et sygenta) pour réaliser les premiers tests de comportement variétal de coton transgétique.

Lors de la parution du rapport de la FAO sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, 650 organisations de la société civile dont des organisations africaines ont écrit des lettres ouvertes de protestation.

Elles jugent que cette étude se prononce de manière partiale en faveur des cultures génétiquement modifiées occultant les effets néfastes de ces intrants ; ce qu’a refuté naturellement l’organisation onusienne.

Dans le bras de fer qui oppose les partisans et les détracteurs des OGM, la Banque Mondiale vole au secours des premiers en proposant le financement d’un projet bio sécurité en Afrique de l’Ouest dans le but de renforcer les capacités des acteurs évoluant dans ce domaine. Selon les détracteurs, ce projet va accélérer la diffusion des cultures génétiquement modifiées dans les systèmes de semences des agriculteurs.


Les paysans pour des solutions alternatives

A l’occasion du séminaire de stratégie de la société civile sur les OGM dans l’agriculture africaine tenu à Nairobi en septembre 2005, les participants ont exprimé leurs préoccupations par rapport aux OGM et à l’aide alimentaire contenant des OGM qui sont imposés à l’Afrique.

Ils ont rejeté toute tentative de déversement des OGM sur l’Afrique sous forme d’aide alimentaire de programmes de recherche et d’implantation commerciales. Ils reconnaissent ainsi que les variétés développées par les agriculteurs africains sont adaptées à leur besoins.

Au Mali, la coalition nationale pour la sauvegarde du patrimoine génétique qui regroupe une trentaine d’associations pense que “la faim et la faible production ne sont pas des arguments suffisants pour adopter à tout prix les OGM”.


Mamoutou DIALLO

(Stagiaire)

19 Mai 2008