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Ils se démarquent sans états d’âme de ceux qui s’efforcent de faire quelque chose d’utile durant leurs vacances. Le choix des jeunes est d’abord quelque chose qui s’entend avant de se faire voir.

En effet, il n’est pas rare de tomber au détour d’une rue sur des soirées récréatives de « balani show » organisées par les « pré-ados ». Ces gosses, dynamiques et délurés, se défoulent en plein air avec le concours d’une sono improvisée qui fait pulser les décibels des tubes en vogue.

Les 18 à 20 ans dédaignent, eux, ces divertissements qu’ils jugent puérils pour se reporter vers les discothèques, le cinéma, les concerts, les auberges, le sport. Ils offrent une clientèle privilégiée aux promoteurs des boîtes de nuit, des bars, des restaurants et d’autres espaces de loisirs. Ceux-ci déploient des trésors d’inventivité pour offrir à cette (très) jeune clientèle des divertissements attractifs et originaux.

Les gérants des lieux de divertissement savent bien que pour eux le retour sur investissement peut être très rapide. Car parmi les jeunes se trouve une catégorie qui n’hésite pas à mettre le prix pour bien s’amuser. Le jeune Cheick Siriman, qui était voilà encore peu candidat au baccalauréat, nous affirme que l’important à ses yeux est d’évacuer le stress d’une année scolaire très chargée. La seule manière de le faire est pour lui de passer ses soirées dans les coins chauds de la capitale et de « se distraire à fond ».

Le jeune homme passe une bonne partie de la journée avec ses amis dans les espaces culturels. Ils en profitent pour élaborer les programmes des soirées dans les boîtes de nuit. « Mes camarades et moi faisons parfois le tour de deux à trois boîtes dans la soirée. Nous ne rechignons pas à la dépense. L’essentiel pour nous, c’est de nous amuser. La joie du cœur n’a pas de prix », lance-t-il en souriant.


Une poche relativement profonde:

Cheick Siriman et ses copains viennent de familles aisées. « Ce groupe peut dépenser jusqu’à 200 000 Fcfa par nuit, quel que soit le jour de la semaine où il passe« , témoigne le gérant d’une boîte de nuit de la place. Lorsqu’on lui demande d’où ses amis et lui tirent tout l’argent qu’ils dépensent, le jeune Cheick ne se trouble guère.

« Ce sont nos parents qui financent nos sorties, dit-il. Comme nous nous déplaçons généralement en groupe, chacun met la main à la poche« . Cette poche est relativement profonde puisque le groupe est très sélectif dans ses destinations, réservant ses préférences au  » Byblos« , à l’ « Ibiza club » ou au «  Blonba night club ».

Orbite différente, mais goûts quasi identiques. Ainsi pourrait-on définir Aminata Guitèye, jeune étudiante de 18 ans que nous avons rencontrée à l' »Ibiza Club » et qui avoue sans complexe son addiction aux night clubs. « J’ai eu une année scolaire très studieuse et je m’accorde un repos bien mérité. Or pour moi, la plus meilleure manière de me détendre est d’aller en boîte« , explique-t-elle.

Mordus aussi de la bamboula, Moussa et ses amis, eux, ont choisi de passer leur soirées entre les salles de cinéma et les restaurants chics. « Nous nous sommes des spectateurs assidus du cinéma Babemba et du Centre culturel français. Nous nous faisons un programme cinéma pour les premières heures de la soirée. Puis nous nous rendons soit au Relax, à l’Amandine ou dans un espace de loisir pour boucler la nuit », explique Moussa. L’invasion de ces lieux par les jeunes ne fait pas l’affaire de tout le monde.

Ainsi qu’en témoigne Issa Diarra, un quinquagénaire que nous avons rencontré dans un de ces restaurants. L’homme n’en revient pas de l’actuelle évolution. « Auparavant, ces lieux étaient réservés aux adultes. Aujourd’hui, ils sont investis par des centaines de jeunes gens pendant la nuit. Nous, les hommes d’un certain âge, ne savons plus où donner de la tête. Car à chaque moment nous risquons de croiser ici nos propres enfants« , explique-t-il, dépité de voir disparaître la tranquillité de son oasis.

La vague des jeunes consommateurs fêtards n’est pas près de retomber. Bien au contraire. Car elle est boostée par un phénomène nouveau qui s’affirme d’année en année, l’arrivée massive des jeunes Franco-maliens reconnaissables à leur look très caractéristique. Au tout début, ces enfants de l’immigration étaient supposés débarquer dans le pays de leurs parents pour se ressourcer.


Ces jeunes « Boucantiers » :

Dans les faits, la fête a supplanté le pèlerinage aux origines. Une fois ici, ces jeunes s’associent en bandes et déferlent sur les points chauds de la nuit bamakoise. « On économise toute l’année de l’argent pour les vacances, alors pourquoi se priver ? De toutes les façons, les vacances, c’est pour s’amuser, décompresser, oublier la France », dit Amadou Diagouraga entre deux éclats de rire.

Amadou est venu avec cinq autres copains français. Ils n’ont d’autre plan que faire la fête dans les lieux huppés de la capitale. « Depuis notre arrivé, il y a 15 jours seulement, nous avons sillonné tous les boîtes de nuit, tous les restaurants et tous les maquis branchés de Bamako », ajoute-t-il en souriant.

Bienheureux les vacanciers aux poches pleines, pourrait-on dire. Moussa et ses camarades font le beau temps partout où ils sont accueillis. Car ces jeunes ne reculent pas devant les gestes spectaculaires, comme celui qui consiste à s’acheter une bouteille de Coca-Cola à 20 000 Fcfa lors de ventes aux enchères, organisées dans certaines boîtes dont les gérants ont l’habileté de titiller l’ego de ces jeunes « boucaniers« . Le comportement des flambeurs a le don d’agacer prodigieusement d’autres expatriés.

Comme Ousmane Wagué, lui également jeune Malien de la diaspora. Il ne décolère pas contre ces comportements insouciants. « L’attitude de certains jeunes gens venus de l’Hexagone est tout simplement déplorable, déplore-t-il. Ils passent leur séjour en divertissements et passent à côté de l’essentiel, c’est à dire la culture malienne« .

L’indignation de « puristes » comme Wagué fait doucement sourire les promoteurs des boîtes de nuits et autres lieux de loisirs. Eux se frottent les mains devant une tendance qui parait devoir se renforcer. Le responsable de Blonba night club, Sidiki Soumounou, fait remarquer qu’en temps normal sa boîte n’ouvre que les week-ends. Mais depuis un mois, le club accueille de la clientèle les mercredi, jeudi et vendredi. Car certains ont senti la bonne affaire et ont créé leur propre événement.

« Des jeunes viennent louer nos installations pour y organiser des soirées thématiques, explique Soumounou, ils gagnent donc de l’argent tout en se divertissant« .

Mais il ne faut pas se le cacher. Les vacances chaudes ont malheureusement leur revers. Les sorties nocturnes sont trop souvent accompagnées de consommation abusive d’alcool, et parfois de stupéfiants. Les retours à la maison au petit matin sont souvent cahoteux, et quelquefois tragiques. Comme en témoigne l’accident mortel qui s’est produit sur le Pont des martyrs le mois passé et au cours duquel deux jeunes gens ont perdu la vie.


Mariam A. TRAORE

18 Aout 2008