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Rien ne rappelle le drame qui s’est joué là il y a trois jours lorsque la pirogue bondée de plus de 100 personnes, garçons et filles, a renversé son contenu dans les eaux tumultueuses du fleuve Niger après le crépuscule en ce soir d’orage. Mais le souvenir de cette tragédie, qui n’est pas la première du genre sur le fleuve nous rappelle un riverain, reste vivace dans les esprits.

Dans la ville encore le bruit de mille rumeurs quant au nombre indéterminé de morts et de disparus dont certains seraient en train de dériver encore au fil de l’eau jusque vers Mopti. Quant à la ville de Koulikoro elle-même, ses jeunes ne déplorent aucune victime parmi eux. Parce qu’ils ne traversent jamais le fleuve s’il y a de l’orage et du vent. Ils nagent comme des poissons, et ils ont l’art de traverser sur des chambres à air. Certains croient que les eaux du fleuve n’ont pas encore consenti à livrer tous les noyés. D’autres pensent que certaines familles de Bamako ignorent que leurs enfants ont disparu dans les eaux du fleuve à Koulikoro.

Le maire de la ville Souleymane N’Diaye, un peu plus détendu après les dures épreuves endurées, balaie tous ces arguments du revers de la main. Pour lui, il ne s’agit que de rumeurs, de mauvaises nouvelles sans fondement colportées par des spectateurs et même des protagonistes du naufrage. La liste des victimes est définitivement arrêtée. Il y a eu sept morts en tout et pour tout : 4 filles et 3 garçons.

UNE PUNITION DE DIEU ?

Une association des musulmans de la capitale du Méguétan très active avait demandé depuis un certain temps la fermeture de la fameuse plage assimilée par elle à un lieu de débauches et de perdition.
Pour les esprits bien pensant ce qui est arrivé n’est que l’expression de la colère de Dieu, une punition divine contre les profanateurs des interdits et les pollueurs des eaux du fleuve.

Ce groupe avait fait pression sur le Gouverneur Tapo pour qu’il ferme définitivement « aux dépravés » les plages incriminées au lendemain des événements. Mais cela ne pouvait pas se faire sans l’aval de la municipalité à qui appartient les plages de Koulikoro. Cette dernière a accepté avec les autorités de prendre une mesure conservatoire : la fermeture provisoire de la plage.

En attendant les résultats des enquêtes officielles diligentées pour connaître les tenants et les aboutissants de la catastrophe, un comité de crise piloté par le Gouverneur de Koulikoro a été institué. Après une analyse exhaustive, elle a décidé de la mise sur pied d’un comité de gestion, en mettant l’accent sur le volet sécuritaire avec tous les moyens adéquats, pour que jamais une telle catastrophe ne se reproduise à Koulikoro.

Il est certain que la plage de Koulikoro sera reouverte à la foule des jeunes bamakois et d’ailleurs fous de baignade. Ces derniers courroucés par les rumeurs de fermeture définitive de leur lieu de prédilection, avaient déjà envisagé une marche gigantesque de protestation contre cet abus d’autorité.

La mesure de fermeture provisoire en ménageant la chèvre et le chou, semble avoir apaisé les esprits, plus ou moins satisfait tout le monde, même si elle entraînera un manque à gagner significatif pour la municipalité, et même si de leur côté les jeunes en ces temps de canicule devront prendre leur mal en patience, provisoirement.

Il reste que la fameuse plage sur la rive opposée comme celle qui joute le pied-à-terre au quartier Koulikoroba, bien amenagée, avec des receptifs hoteliers dignes de ce nom, et même de grand standing, deviendraient des atouts formidables pour le développement touristique de tout le Méguétan, une manne pour la mairie, des sites et installations pourvoyeurs d’emplois pour la jeunesse Koulikoroise désoeuvrée.

Autant de raisons qui amèneront certainement les uns et les autres à faire la part des choses, à accorder leurs violons pour le meilleur devenir de leur région.
De notre envoyé Spécial

Oumar COULIBALY

11 Avril 2005