Partager


La politisation excessive du monde scolaire et universitaire, la baisse drastique de la qualité des enseignants, la démotivation du corps enseignant et du personnel administratif, l’engorgement des facultés, la violence dans l’espace scolaire et universitaire, le faible taux de pré- scolarisation et d’éducation spéciale, la contractualisation abusive des enseignants,

y compris les sortants des IFM, l’absence de contrôles assidus et réguliers dans les écoles et le manque de coordination entre intervenants dans le non formel sont entre autres, les questions orales adressées par les honorables députés de l’Assemblée nationale aux ministres en charge de l’Education.

Les ministres des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la recherche Scientifique, Amadou Touré, et celle de l’Education de Base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Mme Diallo Aminata Sidibé, étaient hier face aux élus de la nation pour répondre aux questions orales des différents groupes parlementaires à l’exception de l’opposition sur les questions de l’éducation.

De l’avis des députés « la crise scolaire et universitaire se manifeste, ces derniers temps, par des années blanches, facultatives ou invalides et par des grèves endémiques entreprises aussi bien par les enseignants que par les étudiants, mais aussi par la violence au sein de l’école.

Ces grèves, abandon de travail, rétention des notes, refus d’évaluation trouvent leur justification dans les revendications catégorielles, à savoir les faibles salaires, souvent, en retard pour les contractuels,la surcharge des enseignants , le non-paiement des heures supplémentaires« .

A ce tableau sombre vient s’ajouter le conflit récurrent entre l’Etat et le monde scolaire et universitaire, la distorsion entre le cursus et l’environnement socio-économique, la marchandisation et le clientélisme, la fraude et la corruption. Ces manifestations de la crise, selon les élus,

« affectent toutes les couchent sociales et témoignent de la mauvaise santé de l’Etat et de la société. Ceci est d’autant plus valable que l’inquiétude et l’angoisse grandissent chaque jour par rapport à la situation des l’établissements d’enseignement secondaire, sans les professeurs titulaires« .

Ces maux qui gangrènent notre système ont amené les députés à poser un certain nombre de questions de quelle école dispose le Mali ? De quelle école a-t-il besoin ? Quelle école peut-il s’offrir ? Quelles solutions envisagées pour sortir du blocage actuel l’enseignement?

En réponse à des questions qui lui étaient adressées, le ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique, le Pr. Amadou Touré, a tout d’abord rappelé que l’école doit être un élément de défense nationale. Pour ce faire, il a mis un accent particulier sur les efforts déployés par le gouvernement et ses partenaires dans le cadre de l’éducation.

Pour ce qui concerne les différents points de revendications à savoir les indemnités de logement, source de blocage au niveau du Secondaire, le ministre est resté figé sur sa position.

« L’Etat n’a pas les moyens financiers pour résoudre cette question, si nous accordons une indemnité de logement aux enseignants d’autres corps vont se lever pour revendiquer les mêmes choses. Ce qui est sûr, sur les 39 points de revendications des syndicalistes 27 ont été acceptés » a-t-il souligné.

Pour ce qui est des contractuels de l’enseignement, le ministre a soutenu qu’ils bénéficient de tous les avantages que les fonctionnaires de l’Etat.

Il a condamné fermement les violences perpétrées contre les enseignants par les étudiants. Il a ajouté que la FSJP depuis bien avant son arrivée étaient confrontés à des difficultés depuis 2002, à des problèmes électoraux, de clans, de notes, de corruption.

La ministre de l’Education de Base, de l’Alphabétisation et des Langues Nationales, Mme Diallo Aminata, a été interpellée par les différents partis politiques sur les questions relatives au développement des écoles privées et communautaires, à l’insuffisance d’enseignants en nombre et en qualité, à la contractualisation de l’enseignement fondamental, ainsi qu’à l’orientation des élèves titulaires du DEF.

Pour le premier point, la ministre fera savoir que de 2002 à 2007, les écoles privées ont connu une progression significative, passant de 503 à 729 tous cycles confondus, soit un taux annuel moyen de 9,72%. Cette croissance a selon ses dires, été plus élevée dans le second cycle avec un taux de 15,98% contre 5, 13 % au premier cycle.

Pendant la même période, a-t-elle rappelé, les écoles communautaires ont aussi connu une augmentation sensible en passant de 2 495 à 2 979, soit un taux d’accroissement moyen de 4, 53%, tous cycles confondus et leur taux de croissance a atteint respectivement 7,4 et 30,4%.

S’agissant de l’insuffisance des enseignants en nombre et en qualité, la ministre a indiqué qu’il existait des centres de formation des maîtres dans les années 80 qui ont, malheureusement fini par fermer leurs portes. Ce qui explique, aujourd’hui, le manque criard d’enseignants et la baisse du niveau aussi bien du côté des enseignants que des élèves.

De nos jours, l’Etat, en collaboration avec ses partenaires sont en train de fournir des efforts considérables pour la multiplication de ces instituts de formation partout dans le pays. Ils sont déjà au nombre de quatorze. Elle a affirmé que ces structures de formation produisent actuellement un peu plus de 1 800 sur 2 500 maîtres par an pour répondre aux besoins de l’enseignement fondamental.

Mme la ministre a signalé, s’agissant des contractuels de l’enseignement fondamental qu’ en 2007, 37 891 sur 49 897 enseignants, soit 75,93 % sont employés et qu’il existe trois types de contractuels, à savoir les contractuels diplômés des IFM, ceux issus de la Stratégie Alternatives de Recrutement du Personnel Enseignant (SARPE) et les contractuels employés par les écoles communautaires.

Par ailleurs, elle a relevé que ces facteurs ont permis d’améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants contractuels.

La dernière question avait trait à l’orientation des élèves titulaires du DEF. Sur ce point, elle a soutenu qu’en 2007, sur un total de 77 649 élèves susceptibles d’être orientés, 14 173 titulaires ne l’ont pas été, soit 18, 28 %.

Ce sont plus de 16 00 nouveaux titulaires supplémentaires du DEF à orienter chaque année.A la fin de la séance d’interpellation dont les débats étaient dirigés par le président de l’Assemblée Nationale, Dioncounda Traoré, une série de résolutions ont été adoptées.

Les honorables députés ont invité le gouvernement à accélérer la construction et l’équipement des infrastructures, particulièrement des établissements d’enseignement technique et professionnel et des lycées déjà ouverts, de poursuivre la dotation des établissements en laboratoires, équipements scientifiques et technologiques suffisants et en manuels didactiques adéquats,

d’instituer une politique équilibrée des flux en déterminant les niveaux de contrôles des flux avant l’accès au secondaire et en amont du supérieur, de prendre des mesures idoines pour éradiquer la corruption, la violence et l’indiscipline dans notre système éducatif. Ils recommandent au gouvernement de prendre des mesures appropriées pour la mise en place d’une administration scolaire plus performante capable d’anticipation, de rigueur et de justice.

Pour leur part, les deux groupes parlementaires de l’opposition, à savoir le RPM d’une part et le PARENA, de l’autre part apprécient hautement l’interpellation du gouvernement par l’Assemblée. Car, ils ont estimé que c’est un moyen de dialogue démocratique direct entre l’exécutif et le législatif, ce qui rend effective l’obligation de rendre compte à la nation à travers ses élus.

Par ailleurs, les deux groupes ont constaté, malheureusement, que la présente interpellation a confié à l’opposition 20 mn et a doté la majorité et son gouvernement de 3 h 40 sur 4h. C’est pour cette raison que les différents protagonistes de l’opposition ont refusé catégoriquement de participer aux débats.

Ramata TEMBELY et Moulaye HAIDARA

*Stagiaire

23 Mai 2008