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L’Assemblée nationale hier en état de siège : Les militants de Yéréwolo Ton réclament la tête du président de la Transition et menacent de s’attaquer à l’Hémicycle

Ils ne sont plus nombreux comme avant quand ils occupaient systématiquement, avec des invectives, l’entrée principale de l’Hémicycle. Les inconditionnels de l’association Yéréwoloton, c’est d’eux qu’il s’agit, reviennent à la charge en proférant des menaces contre celui qui incarne actuellement la première institution de la République, le président par intérim, Pr Dioncounda Traoré, dont ils réclament la démission. Ils ont marché hier sur l’Assemblée nationale en face de laquelle ils ont tenté de faire une cérémonie de » moutakim » (malédiction à travers l’immolation d’un bœuf avec lecture d’un verset du coran).

Dans la matinée d’hier, lundi 6 août 2012, pour avoir accès à l’Assemblée nationale, sise au quartier Bagadadji, il fallait faire bien des détours. Les voies d’accès à l’Hémicycle ont été simplement bouclées par un cordon d’éléments de la Garde nationale, chargés désormais de sécuriser l’institution.

Les jeunes de l’association Yéréwoloton ne sont décidément pas prêts à enterrer la hache de guerre contre ce qu’ils appellent les symboles de l’ancien régime. C’est ainsi que l’Assemblée nationale et son président devenu président de la République par intérim cristallisent leurs ardeurs contestataires.

Vers 9 heures, la centaine de militants de cette association, qui a applaudi le coup d’Etat du 22 mars, ont marché vers la représentation nationale. Il semble qu’ils venaient de rebrousser chemin sur la route de Koulouba où ils auraient été empêchés d’accéder au palais de la présidence. Arrivés à Bagadadji, les manifestants, avec des pancartes distribuées à quelques jeunes sympathisants des alentours de la Grande mosquée, ont tenté de prendre d’assaut la porte principale de l’Assemblée nationale.

Ils ont été repoussés par le cordon de sécurité déployé pour parer à toute éventualité. Tant les slogans qu’ils scandaient montraient leur grande hostilité à l’endroit des élus de la nation et des autres institutions. Ils proclamaient que les députés doivent se préparer à quitter l’Hémicycle, car leur mandat expire dans quelques jours. En clair ils ne reconnaissent pas la prorogation de leur mandat, qui a été récemment votée.

Plus grave, les militants de Yéréwoloton ont pris place sur l’espace situé de l’autre côté de la voie qui passe devant l’Assemblée nationale, en plein marché pour réclamer la démission du président de la République, Dioncounda Traoré.

Certains militants parmi les plus agités ont décidé de faire sur-le-champ une cérémonie de » moutakim « , qui, expliquent les spécialistes, est une malédiction prononcée avec lecture de la sourate Yachin du saint Coran pour maudire. Ainsi, ces militants proclament qu’ils maudissent l’Hémicycle et, partant, toutes les institutions survivant au régime déchu d’ATT dont ils ne veulent plus entendre parler.

C’est au cours de cette phase plutôt religieuse de la manifestation que les jeunes ont tenté d’immoler à cet endroit un bœuf en guise de sacrifice pour que leurs voeux soient exhaussés. Toute chose à laquelle les forces de sécurité se sont vigoureusement opposées, passant à la manière forte face à des gens plus que décidés à les défier.

Celui qui commençait à égorger l’animal aurait été bastonné obligeant les autres à battre en retraite. Certains d’entre eux se sont fondus dans la masse du marché. Ils ne se sont dispersés qu’avec l’intervention de personnes âgées des familles fondatrices de Bagadadji, qui les auraient appelés à la retenue. Ce qui n’a pas empêché le minibus Sotrama qu’ils ont affreté de poursuivre ses tours en ville pour proclamer avec un haut parleur les positions de cette association.

Lorsque nous quittions Bagadadji hier aux environs de onze heures et demie, un important déploiement de policiers anti-émeute avait pris position aux quatre coins de l’Assemblée nationale; la tension était perceptible.
Rappelons que l’Assemblée nationale avait été envahie pendant plusieurs semaines par les jeunes de l’association Yéréwoloton après le coup d’Etat du 22 mars 2012.

Vivement la tolérance, le dépassement de soi, un degré élevé de patriotisme de la part des jeunes de Yéréwoloton pour une transition paisible permettant au pays de se sortir de l’impasse dans laquelle il vit actuellement.
Bruno D. SEGBEDJI