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« Je reviendrai ici même si on me renvoyait dix fois »: expulsé du Maroc par trois fois, Achille, un Camerounais de 28 ans, ne renonce pas à son « rêve » de gagner clandestinement l’Espagne, malgré les rafles et les déplacements forcés des clandestins comme lui. Accompagné de sa femme et de son fils de deux ans, ce jeune Camerounais a été interpellé fin septembre à Tanger, dans le nord du Maroc, alors qu’il s’apprêtait à embarquer dans un bateau pneumatique. Après quatre jours passés au sous-sol d’un commissariat à Tanger, Achille et sa famille ont été renvoyés, avec d’autres migrants, dans des bus à destination de Tiznit, une ville marocaine située à 800 kilomètres au sud. Ils sont plusieurs milliers à avoir subi le même sort, depuis que les autorités marocaines ont lancé l’été dernier une vaste campagne de « relocalisation », ces déplacements forcés de migrants vers le sud du pays, parfois accompagnés de rapatriement en avion vers les pays d’origine. Officiellement, il s’agit de « lutter contre les réseaux de trafic qui s’activent dans le nord du royaume », selon les autorités marocaines, qui évoquent 54.000 tentatives de passage avortées entre janvier et fin août. Pour les associations, cette campagne a été marquée par des « violations des droits de l’Homme ». Mais les migrants ne sont pas pour autant découragés et ceux qui n’ont pas été renvoyés dans leur pays natal, reviennent par centaines à Tanger, avec l’objectif de gagner coûte que coûte l’Espagne, juste en face. C’est le cas d’Achille, arrivé au Maroc en 2015 au terme d’une odyssée longue et aléatoire. « Tanger est ma ville, je ne la quitterai que pour l’Espagne », déclare-t-il à l’AFP, entouré d’une quinzaine de Camerounais qui squattent un terrain vague à l’abri des regards, dans l’espoir de lendemains meilleurs. Certains tuent le temps allongés sur des matelas, d’autres sont à l’affût d’une éventuelle intervention des forces de l’ordre qui mettrait en péril leur rêve de rejoindre « l’eldorado » européen… AFP