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Les maux qui menacent le régime d’ATT : Corruption, gabegie, vie chère, trafic d’influence, histoire de drogue et terrorisme : Les Maliens attendent qu’ATT nettoie les écuries d’Augias

Dans notre pays, il n’y a pas aujourd’hui de sujets qui soient plus d’actualité que les fléaux que nous venons d’énumérer. En effet, ces plaies, que le Malien moyen vit dans sa peau et dans sa chair, sont en train de gagner de manière galopante la cité et se trouvent être, de ce fait, au cœur de véritables débats nourris dans des grins et salons feutrés de Bamako. C’est comme si le régime d’ATT venait de se réveiller et se retrouver cerné, de tous côtés, par des fléaux contre lesquels il éprouve de la peine à mener un véritable combat.

Cela, naturellement, au grand dam des Maliennes et des Maliens qui assistent, impuissants, au détournement des deniers publics par des membres du gouvernement et de la haute administration et au pillage des richesses du pays par une élite politico-financière plutôt préoccupée par son propre sort et celui de sa progéniture, devenue subitement richissime, que par l’avenir réel de la nation a fortiori le panier de la ménagère que le renchérissement du prix des produits de première nécessité et la cherté de la vie viennent de vider de son maigre contenu. Où va alors le Mali ? Surtout si ce sont des membres du gouvernement ou de très proches du pouvoir d’ATT qui seraient en première ligne dans cette course effrénée à l’argent sale.

Corruption, détournement de deniers publics, gabegie, trafic d’influence…sont devenus des expressions tellement familières qu’elles n’émeuvent plus grand monde dans ce Mali dit de justice et de démocratie où c’est pourtant le citoyen lambda qui pâtit de ces maux.

Dans ce triste et sinistre registre des maux qui minent le pays, figurent en premier lieu la corruption et la gabegie dont sont présumés coupables des membres du gouvernement, de la haute administration et du microcosme des opérateurs économiques. Il n’y a qu’à jeter un coup d’oeil sur le Rapport 2009 du Bureau du vérificateur général pour s’en convaincre : des détournements de fonds à peine déguisés opérés sur de gros marchés publics et des malversations sur des budgets alloués aux départements ministériels portant sur plusieurs centaines de milliards FCFA.

Même l’argent des partenaires qui nous appuient dans la lutte contre la pauvreté et la maladie n’est pas épargné : l’affaire de détournement de quelque 2 milliards FCFA (le chiffre est de l’institution onusienne) du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme logé au ministère de la Santé est le cas le plus sulfureux de ces cinquante années d’indépendance de notre pays.

Une affaire qui a déjà conduit, depuis fin 2009, plusieurs cadres et agents du département de la Santé en prison et coûté son poste au ministre de la Santé de l’époque, Oumar Ibrahima Touré. A cause de la suspension des décaissements du Fonds mondial, certains médicaments antituberculeux et même des ARV destinés aux malades du sida seraient en rupture dans certaines localités du pays. Et cela contrairement aux engagements pris publiquement par les autorités.

Aujourd’hui, du fait de ces comportements, le secteur de la santé de notre pays s’est trouvé alité avec un personnel démoralisé et déçu du comportement des plus hautes autorités de la santé.

Le nouveau ministre de la Santé, Dr Badara Alou Macalou, a, en peu de temps, remonté le moral des personnels de santé et apporté des améliorations notables en termes de fonctionnement des services et de gestion des finances et matériels du département. Avec lui, l’impression est que la gabegie et le laisser-aller ambiant sont désormais derrière nous. D’où ce rétablissement progressif de la bonne image qui était celle de la santé jusqu’à une date récente.

Est venue récemment s’ajouter à ce scandale du cinquantenaire, sous l’ancien ministre Oumar Ibrahima Touré, l’affaire dite du serveur de la Caisse nationale d’assurance maladie (Canam) qui sent une très forte odeur de corruption dans laquelle un membre de l’Exécutif, en l’occurrence le ministre en charge du Développement social, Sékou Diakité, se serait allié à une honorable députée, Madame Touré Safiatou Traoré, pour carotter des fonds publics.

Voici deux sales affaires dont le préjudice causé à l’Etat pourrait atteindre quelque 4 milliards FCFA. Que dire alors des autres affaires qui n’ont pas encore été sur la place publique mais qui ne tarderaient, certainement, pas à l’être. Car, la fin du mandat d’ATT est en train d’être assimilée par certains membres de son entourage à une période de vache grasse pour l’enrichissement illicite, effréné et éhonté.

Si la première affaire a vu une quinzaine de cadres du ministère de la Santé, parmi lesquels le Directeur administratif et financier, Ousmane Diarra, emprisonnés depuis cinq mois, la seconde, qui est à ses débuts, promet, toutefois, un déballage des pratiques et méthodes en cours dans certains départements ministériels et qui ne sont dignes que d’une République bananière. Sinon, comment comprendre et accepter qu’un ministre (en l’occurrence l’ex-ministre de la Santé) d’un pays aussi pauvre que le Mali puisse affecter une dizaine de véhicules de l’Etat pour son propre confort et celui des membres de sa famille?

Le régime a-t-il la volonté de sévir contre ces fléaux ?

Dans le chapitre de la corruption, il semble aujourd’hui que c’est le gouvernement qui est devenu, pour certains ministres, le lieu privilégié de s’enrichir sur le dos du Prince, c’est-à-dire l’Etat. Et cela en toute impunité. Le cas de l’ex-ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, est là pour l’attester : quand quinze personnes du département dont il était le chef croupissent en prison dans l’affaire du Fonds mondial, lui se la coule douce au bord certainement de la Méditerranée ou de la Seine. Alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il soit interpellé dès sa sortie, sous la pression du Fonds mondial, du gouvernement de Modibo Sidibé. Apparemment, tel n’était pas l’avis de ceux qui l’ont autorisé à voyager à l’extérieur du Mali et cela dès le lendemain de sa démission forcée.

A la corruption et à la gabegie, il faudra maintenant ajouter l’impunité dont les présumés auteurs de corruption et de détournements de deniers publics semblent jouir au niveau de l’Etat. Car, à ce niveau là, à part les discours qui tendent, d’ailleurs, à présenter les présumés corrompus comme des victimes principalement des médias, rien n’est entrepris afin de faciliter le travail de la justice. Est-ce à dire que tout le monde est noyé? C’est un pas que certains téméraires n’hésitent point à franchir dans leurs récriminations face à l’incurie des pouvoirs dans la dénonciation notamment de la fraude, des malversations et détournements de deniers publics.

Parlant du cas spécifique du renchérissement du prix des produits de première nécessité, il est à regretter le silence du gouvernement assimilable à un mépris des difficultés quotidiennes auxquelles les Maliens sont confrontés.

Quand le prix du sucre passe, du jour au lendemain, de 500 à 650 FCFA, la bouteille de gaz de 6 kg de 2 000 à 7 500 FCFA alors qu’il est subventionné par l’État, le sac de charbon de bois de 4 000 à 7 500 FCFA. Quant aux prix de la plupart des produits de consommation destinés au panier de la ménagère, ils sont montés en flèche ces derniers temps dans l’indifférence totale du gouvernement.

Quant au trafic d’influence et de la drogue, il faut dire que l’un ne va pas sans l’autre. Ces derniers temps, il y a eu des prises de quantités importantes de drogue par la douane et d’autres services de sécurité dans différentes localités du pays. Mais c’est surtout « l’avion de la cocaïne » qui a atterri aux environs de Gao, l’année passée, qui continue encore de défrayer la chronique notamment de WikiLeaks qui pointe un doigt accusateur vers les autorités de notre pays d’avoir été, en quelque sorte, laxistes dans cette affaire de trafic de drogue.

Ce qui a, d’ailleurs, provoqué l’indignation du chef de l’Etat qui, depuis Essakane (dans la région de Tombouctou) a promis d’apporter un démenti aux allégations contenues dans le télégramme de l’ambassade américaine à Bamako dont WikiLeaks s’est procuré une copie électronique.

L’opinion attend vivement ce démenti du gouvernement malien car une affaire de trafic de drogue à laquelle seraient mêlés des hauts responsables politiques ou militaires pourrait ternir, sur une longue période, l’image de notre pays sur la scène internationale.

Surtout qu’une partie de l’opinion publique nationale commence déjà à croire, réellement, qu’en la matière « il n’y a pas de fumée sans feu ». Qui pourraient être alors les convoyeurs de ces cargaisons de drogue qui transitent par notre pays pour être ensuite, selon certaines sources, expédiées en Europe et ailleurs en Afrique?

S’agissant de l’acte terroriste (sans guillemets) qui a visé l’ambassade de France la semaine dernière, il faudrait éviter de le prendre avec des pincettes. Il n’y a jamais un acte terroriste qui doit être minimisé comme si l’objectif de l’auteur n’était pas de blesser ou de tuer. Si c’est également vrai que c’est un passant qui a pu maîtriser le forcené, il est à craindre pour notre sécurité globale. Mais cela renvoie également la balle dans le camp des autorités françaises qui ont tout intérêt à ne plus dormir sur leurs lauriers même étant dans le microclimat du bord du fleuve Niger.

L’enlèvement suivi d’exécution des deux otages français, Antoine de Léocour et Vincent Delory, le samedi dernier à la frontière nigéro-malienne, est venu nous rappeler, de manière tragique, que ce n’est pas encore la saison de l’auto-satisfecit en matière de sécurité.

Le jeune terroriste d’origine tunisienne, qui a tenté un coup devant l’ambassade de France, qui a le même âge (25 ans) que les otages français assassinés par leurs ravisseurs, pouvait faire beaucoup de morts et de blessés s’il l’avait donc voulu. Car, aux dires de nos autorités, s’il s’est présenté à l’ambassade de France après la fermeture des bureaux, c’était pour ne pas faire de victimes. Une thèse qui est loin d’être convaincante car on ignore pourquoi est-il arrivé après 18 heures et pour quel objectif.

Le fait également qu’on envoie un procureur parler pour ne rien dire à la télé n’est pas fait pour rassurer une opinion qui commence réellement à prendre peur pour sa sécurité.

C’est une Lapalissade de dire aujourd’hui que l’image de notre pays a pris un coup avec toutes ces affaires de corruption, de détournements, de trafic d’influence, de drogue et terrorisme. Et cela à quelque 18 mois de la fin du mandat d’ATT à la présidence de la République. Alors que le héros du 26 mars 1991, le président Amadou Toumani Touré, voudrait laisser pour la postérité, comme toute autre personne à sa place d’ailleurs, l’image d’un Mali debout, avec des dirigeants et une classe politique plutôt soucieux du bien public, et non celle d’un pays corrompu où les membres du gouvernement sont les premiers à chercher à se sucrer du résultat du labeur commun de l’ensemble des Maliennes et des Maliens. Réussira-t-il à forger cette image ? N’ayant plus qu’un an et demi pour le faire? La tâche paraît énorme mais pas impossible. Sauf à défaut d’une volonté politique clairement affichée.Dans ce cas, l’espoir s’éteindra mais pas la vie.

Mamadou FOFANA

12 Janvier 2011.