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Depuis la réunion du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali, qui a eu lieu le vendredi 19 octobre 2012 dans notre capitale, nos compatriotes ont sérieusement commencé à espérer et à croire à la libération prochaine du nord du Mali, tombé totalement dans les griffes des groupes terroristes depuis les événements du 22 mars 2012. A cette rencontre internationale de haut niveau, il a été recommandé aussi l’organisation » d’élections libres, régulières et transparentes au cours du premier trimestre 2013 » pour doter notre pays d’un pouvoir légitime. Mais déjà, la question qui taraude les esprits est de savoir si le Premier ministre de la transition » de pleins pouvoirs « , issu de l’Accord-cadre du 6 avril 2012, Dr Cheick Modibo Diarra peut être candidat à l’élection présidentielle qui aura lieu en 2013 ?

Nos compatriotes qui avaient pensé que la transition allait durer deux à trois longues années, voire cinq ans pour certain apparatchik confortablement assiss dans les fauteuils douillets de la transition. Mais, ceux-ci sont à présent, en train de réviser leurs plans et stratégies. Cela après la sommation adressée aux autorités de la transition, lors de la réunion du 19 octobre, afin qu’elles pensent à l’organisation » d’élections libres, régulières et transparentes au cours du premier trimestre 2013 « . Même si ce délai paraît, pour certains, difficilement tenable, il est quasi certain que le prochain président de la République sera installé au plus tard le 8 juin 2013. C’est dire que le temps presse, car après la libération du nord de notre pays du joug des forces obscurantistes, barbares et rétrogrades, au plus tard en décembre prochain, il ne restera que très peu de temps aux candidats à l’élection présidentielle pour affûter leurs armes et aller à la chasse aux voix de l’électorat.

C’est dire qu’il faut d’abord attendre que le pays soit totalement libéré, avant de parler d’élections. Même si, en travaillant à cela, le gouvernement ne doit point oublier que la durée de vie de la transition est désormais limitée à… un an. Compte tenu de cette nouvelle donne, quelles sont les marges de manœuvre du Premier ministre, Dr Cheick Modibo Diarra, dont les partisans souhaitent qu’il se présente à la prochaine élection présidentielle ? Mais d’ores et déjà, le front anti putsch, réuni au sein du FDR, ne veut point entendre parler d’une éventuelle candidature du Premier ministre de la transition à l’élection présidentielle de 2013. Au motif que l’enfant de Ségou, en acceptant les hautes missions qui sont désormais les siennes, a du coup fait ses adieux à toute candidature à la présidentielle de 2013.

Comme autre motif interdisant à Cheick Modibo Diarra de briguer la magistrature suprême du pays, le FDR brandit la cassette de l’intervention, le 29 juillet 2012, du président de la République par intérim, Pr Dioncounda Traoré qui disait : « … Il reste entendu que ni le Président, ni le Premier ministre, ni les ministres ne pourront se présenter à la prochaine élection présidentielle « . Le FDR continue à ruminer sa haine du Premier ministre

Il n’est un secret pour personne que l’équipe gouvernementale actuelle, dirigée par Dr Cheick Modibo Diarra, ne saurait être indifférente à une éventuelle candidature de son mentor, qui, de surcroît se trouve être chef d’un parti politique, en l’occurrence le RpDM. Après la formation du gouvernement du 21 août 2012, au sein duquel le Premier ministre s’est taillé la part du lion, les partis les plus représentatifs sur l’échiquier politique national, rassemblés au sein du FDR, sont restés sur leur faim tout en continuant à ruminer leur » haine » du locataire de la primature. A titre d’exemple, l’URD qui est la seconde force politique du pays, après l’ADEMA, n’a eu en tout et pour tout qu’un ministère délégué rattaché à un super ministère confié à un membre de l’ex-CNRDRE.

Quant à l’ADEMA dont le président occupe pourtant les fonctions de président de la République par intérim, on se demande toujours quels sont les ministrables que cette formation politique a réellement proposés et qui ont été retenus par Dr Cheick Modibo Diarra, le véritable capitaine à bord du bateau Mali. Malgré le fait qu’il se débat comme un beau diable pour avoir la sympathie de la communauté internationale dans le but de libérer le nord du Mali, le Premier ministre sait qu’il demeure l’homme à abattre – pas uniquement pour le seul FDR- dès que sera acquise la libération du pays.

D’autre part, il est aujourd’hui difficile de savoir quels sont les vrais partis qui vont accepter de soutenir une éventuelle candidature de l’enfant de Ségou quand il aura quitté la primature.

Avec la libération prochaine du pays des griffes des occupants, la question de la candidature du Premier ministre, issu de l’Accord-cadre du 6 avril 2012, Dr Cheick Modibo Diarra reviendra inévitablement sur toutes les lèvres. Si pour le FDR, front anti putsch, il n’est pas question que le Premier ministre soit candidat à la prochaine élection présidentielle prévue courant premier trimestre 2013, tel ne semble pas être l’avis des partisans du chef de l’Exécutif qui, au contraire, ne jurent que par son nom.

Sa candidature, pour ces personnes et pour bien d’autres, ne fait l’objet d’aucun doute dans la mesure où le président du RpDM est en train de nommer, selon ses adversaires, à des postes importants plusieurs hommes et femmes issus des rangs de son parti. Pour certains, dès la composition de l’équipe gouvernementale, le Premier ministre s’est attelé à ce que les portefeuilles-clés, tels les ministères de l’Education et de l’Agriculture, soient occupés par des personnalités qui lui sont proches voire tout simplement à des militants de son parti. Quand on sait que ce sont là deux ministères importants dans une campagne électorale, dans un pays où les politiciens font feu de tout bois afin d’atteindre leur objectif. Sinon quel intérêt, par exemple, que le ministre de l’Agriculture, Dr Yaranga Coulibaly, effectue, en ces temps de diète, une tournée dans des régions uniquement pour s’assurer » que les récoltes sont bonnes cette année « . Cela au moment où l’Etat manque cruellement de liquidités pour payer ne serait-ce que ses fonctionnaires dont le pouvoir d’achat ne cesse de se fondre comme beurre au soleil.

Le budget de tels déplacements, à bord de rutilants véhicules 4×4 insatiables en carburant, aurait pu servir à d’autres dépenses beaucoup plus pressentes et plus utiles. Au moment également où la rumeur publique parle d’une incapacité du gouvernement à honorer ses engagements en ce qui concerne précisément le paiement des salaires des fonctionnaires. Le tout amplifié par une folle rumeur de «démission imminente de quatre ministres de l’équipe de Cheick Modibo Diarra au cœur d’un …gros scandale». Un Malien de la diaspora pressenti au cas où…

C’est vrai que Cheick Modibo Diarra a parlé, dans sa toute première adresse à la Nation, de remettre le pouvoir » à une nouvelle génération « . Faisait-il allusion à la génération à laquelle lui-même appartient ? Ou bien celle des Moussa Mara, Amion Guindo dit Poulo, Me Demba Traoré… ?

En tout cas, comme le dit l’adage l’appétit vient en mangeant. Cela est valable tant pour Cheick Modibo Diarra que pour toute autre personne qui, par des contingences de l’histoire, se trouverait dans une position de quasi anonymat…et se voir hisser au sommet de l’Etat. Sans parler du pouvoir que cela donne sur ses semblables…Comment tourner le dos à tout cela, avec le risque que tout cela tombe demain…dans les mains des adversaires politiques. Voilà la dure équation qui empêche les politiques de quitter l’arène même après la fin de la mission.

Même s’il n’est qu’un enfant de l’Accord-cadre, qui interdit en principe qu’un dirigeant de la transition soit candidat à la prochaine élection présidentielle, l’entourage du Premier ministre croit dur comme fer qu’il se présentera à la présidentielle qui aura lieu, sauf accident de parcours, avant le mois de juin 2013.

Pour les partisans d’une éventuelle candidature de Cheick Modibo Diarra, l’Accord-cadre est devenu aujourd’hui presque caduc ; dans la mesure, disent-ils, où l’un des trois signataires dudit accord, en l’occurrence le capitaine Amadou Haya Sanogo, n’est plus en fonction. La structure qu’il représentait, le CNRDRE, étant dissoute depuis belle lurette, et son ex-président étant appelé à d’autres fonctions certes, moins prestigieuses mais beaucoup plus pérennes et entourées de plus de sérénité.

De ce constat et s’appuyant sur la Constitution du Mali, les partisans d’une éventuelle candidature de Cheick Modibo Diarra pensent bien que rien ne s’oppose juridiquement à ce que l’enfant de Ségou soit dans le starting-block de la présidentielle de 2013. Au cas où il irait dans cette voie, à partir de quel moment le Premier ministre va-t-il rendre le tablier dans la mesure où il ne saurait être juge et partie des joutes électorales que la nation souhaite les plus transparentes possibles.

Après le délai imposé à la transition par la communauté internationale, qui a vu le calcul des uns et des autres sérieusement remis en cause, pour quelle position le Premier ministre va-t-il maintenant opter ? Démissionner pour se présenter à la prochaine élection présidentielle ? Ou bien continuer sa mission et renoncer à une candidature que ses partisans réclament aujourd’hui de tous leurs vœux ? La question mérite d’être tranchée dès maintenant. Dans la mesure où on ne change pas les règles du jeu en plein match.

Mamadou FOFANA

L’Indépendant du 24 Octobre 2012