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Les filière cotonnières africaines traversent une conjoncture économique difficile. Une conjonction de facteurs exogènes et endogènes est à la base de ce malaise à gravité, cependant, variable.

La Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) est, elle aussi, atteinte. Depuis quelques semaines les régions CMDT de Sikasso et de Bougouni enregistrent ainsi des remous occasionnés par des producteurs décidés à boycotter la culture du coton.

Le mouvement menaçant de gagner en ampleur, les responsables de la CMDT, avec à leur tête, le président directeur général Ousmane Amion Guindo, et ceux de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM) ont entrepris de circonscrire la mauvaise humeur en sillonnant les zones où la menace était signalée et d’autres où elle couvait ou qui n’étaient pas encore touchées par le phénomène.

Faisant le point des causes de la fronde et des résultats de ses rencontres avec les frondeurs, Ousmane Amion Guindo a relevé des motivations directes et indirectes. Une des causes directes de la grogne, a-t-il relevé, est le retard accusé dans le paiement du coton au producteur.

Ce contretemps a été occasionné par la saisie du coton fibre au port d’Abidjan par Banou Yatassaye, un opérateur économique malien. Ce dernier pensait, par cette méthode radicale, contraindre la CMDT à régler un contrat qu’il avait passé avec le Groupement des syndicats de producteurs de coton et vivriers (GSPCV).

La direction de la société avait estimé surévaluée l’offre de Yatassaye et refusé de payer. Entre-temps, l’homme d’affaires a saisi la justice malienne qui a condamné la société à honorer le contrat passé. C’est nanti de cette grosse, que Banou Yatassaye a pu faire exécuter la saisie au port d’Abidjan.


Caution solidaire

Or les banques étrangères, avec à leur tête la Société générale de France, réunies au sein d’un pool off-shore, considèrent la présence de la fibre au port comme une garantie permettant le décaissement de l’argent pour le paiement du coton graine au producteur. La menace réelle ou supposée d’une saisie installe donc une insécurité financière sur l’opération bancaire.

Les banques étrangères ont réagi à cette menace en se retirant purement et simplement de l’opération. Les banques nationales, exceptées la Bank of Africa (BOA) et la Banque internationale pour le Mali-Sa (BIM-Sa), ont cependant maintenu leur confiance en la CMDT et permis ainsi (avec un retard inévitable) la poursuite du paiement du coton au producteur.

L’État n’ayant pu payer le prix de 160 Fcfa/kg fixé pour la campagne dernière, va-t-il être en mesure de régler les 200 Fcfa arrêtés pour la campagne 2008/2009, s’inquiètent les paysans ?

La CMDT réfute les allégations relatives à la campagne écoulée et assure avoir accéléré les paiements au point de ne plus devoir que 3,8 milliards Fcfa aux producteurs sur un montant total de 38 milliards. Déjà 34,2 milliards ont été réglés, ce qui représente, selon la direction générale, près de 87% des paiements.

Les velléités de boycotter la culture du coton cette année doivent aussi être liées à la dénonciation du principe de la caution solidaire par les bons producteurs. Ce principe rend solidairement responsables du remboursement des créances de campagne tous les membres d’une association villageoise.

La banque est ainsi assurée de rentrer dans ses fonds. L’inconvénient de la méthode pour les paysans saute à l’oeil : la dette collective impose aux producteurs qui ont bien travaillé de supporter une partie indéterminée de la créance pesant sur ceux qui auront fait moins bien.

Dans un contexte où les revenus tirés de la vente du coton fibre sur le marché international étaient substantiels, le système n’engendrait pas de frustrations insurmontables. Aujourd’hui que les cours mondiaux sont de plus en plus bas, la caution solidaire ne passe plus auprès des bons producteurs qui réclament sa suppression, sinon sa révision, sans succès pour l’instant.

Jusqu’au 20 Juillet

Aussi se demandent-ils, s’ils doivent cultiver le coton pour continuer à éponger les dettes d’autrui. Leur désarroi est à la mesure du dilemme et … des railleries qu’ils subissent de ceux qui ne veulent plus faire du coton.

Le PDG de la CMDT relève aussi parmi les causes indirectes du mécontentement, la hausse du prix des intrants et le faible approvisionnement des zones en engrais. Les paysans ont, à ce propos, le sentiment que la culture du coton a perdu en importance pour l’État qui subventionne fortement les engrais destinés aux riziculteurs dans le cadre de l’Initiative riz.

Le malentendu se creuse sous l’effet de l’opposition à la privatisation de la CMDT, confondue ici avec un abandon de la culture du coton. La brusque radicalisation des producteurs reflète leur sentiment que leurs observations ne sont pas prises en compte et leur inquiétude vis-à-vis de leurs relations futures avec les repreneurs.

Ousmane Amion Guindo et sa délégation ont multiplié les apaisements et les explications. Ils ont ainsi réussi à persuader des « refuzniks » de renouer avec la culture du coton. Ceux-ci ont jusqu’au 20 juillet pour achever les semis.

Mais d’ores et déjà, indique le PDG de la CMDT, les prévisions d’emblavures qui étaient initialement de 450.000 hectares, vont être revues à la baisse et les superficies effectivement exploitées, seront recensées à la fin de ce mois.

La CMDT conserve néanmoins l’espoir que le coton malien défendra ses positions sur le marché international, où les cours sont, d’ailleurs, à l’embellie. Elle prépare aussi, pour octobre, un forum sur les problèmes de la filière et notamment la caution solidaire. Une solution définitive pourrait alors être trouvée à la question, espère le PDG de la CMDT.

M. COULIBALY
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Sécurité alimentaire : Le choix des sites sentinelles

Un atelier de validation des résultats du deuxième passage de l’enquête de base sur la sécurité alimentaire et la nutrition pour l’extension des sites sentinelles s’est déroulé hier au Centre international des conférences de Bamako. La cérémonie d’ouverture était présidée par le commissaire à la sécurité alimentaire, Mme Lansry Nana Yaya Haïdara.

Deuxième du genre, la session permettra de faire un choix de sites sentinelles à surveiller à travers le pays, afin d’éviter une situation de crise alimentaire dans notre pays.

En effet, depuis la crise alimentaire de 2004-2005, le commissariat à la sécurité alimentaire, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, a perçu la nécessité d’installer un dispositif de suivi nutritionnel à travers 30 sites sentinelles dans les zones affectées par l’attaque acridienne.

C’est dans ce cadre qu’ont été réalisées des études de base à la période de soudure et à la période de récolte pour mesurer les aspects de saisonalité dans la sécurité alimentaire des populations rurales.

L’objectif est d’intégrer la dimension nutritionnelle en général et infantile en particulier dans la gestion quotidienne de la sécurité alimentaire. L’analyse des conclusions de la présente étude par les participants permettra de jeter les bases de la future surveillance alimentaire et nutritionnelle au niveau des ménages à travers du pays.

« Le système de surveillance alimentaire nutritionnelle à travers les sites sentinelles est de nature à renforcer les capacités de notre dispositif national de gestion de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Il s’agit d’anticiper et prévenir les problèmes d’insécurité alimentaire et de malnutrition » a expliqué Mme Lansry Nana Yaya Haïdara qui a indiqué que la mise en place de ce dispositif nécessite une synergie entre les structures techniques, les partenaires et la société civile.


Be COULIBALY

14 Juillet 2008