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De 1997 à nos jours, l’Etat malien a partagé 3 301 879 000 F CFA entre les partis politiques. Cette manne est théoriquement destinée à les appuyer pour assumer leurs missions d’éducation civique des citoyens et de consolidation de la démocratie. Malheureusement, tel n’est pas toujours le cas, loin s’en faut. C’est l’amer constat fait par le Réseau des journalistes économiques du Mali (RJEM) réuni en journée de réflexion le samedi 4 juillet à la Bibliothèque nationale autour du thème «Le financement public des partis politiques».

Depuis 1997, les partis politiques du Mali bénéficient du financement public selon des critères bien définis. Et selon l’esprit de la loi instituant ce financement, il s’agit d’aider les partis à assumer leurs missions de formation de la volonté politique, d’éducation civique, de mobilisation, d’éveil des consciences et de sensibilisation des citoyens et de consolidation de la démocratie. Mais, ces missions n’étant malheureusement pas assurées, les populations les sanctionnent avec moins en moins de participation aux élections.

Faut-il financer les partis politiques ? Faut-il changer la forme de financement ? Les populations ressentent-elles l’impact de ce financement ? Combien les partis ont-ils reçu jusqu’ici, selon quelle clef de répartition ? Qu’en ont-ils fait ? Y a-t-il un contrôle a posteriori ? Voilà quelques questions qui ont été débattues lors de cette journée d’information sur le financement public des partis politiques.

En organisant cette rencontre, le Réseau des journalistes économiques, aux dires de son coordinateur, Alexis Kalambry, voulait engager les débats sur une question à la fois politique et économique qui interpelle tous les fils de la nation.

Car il est vrai qu’aujourd’hui, le peuple malien a l’impression d’être l’otage des hommes politiques. Une fois élus, en effet, ceux-ci sont, à tort ou à raison, accusés de rompre leurs liens avec les populations et d’édicter des mesures qui n’ont rien à voir avec leurs aspirations profondes.

Tout cela aurait certainement laissé indifférents bien de nos concitoyens si l’argent du contribuable n’était pas en jeu. A cet effet, Alexis Kalambry s’est posé la question de savoir «s’il est encore possible de justifier les affectations financières consenties aux partis politiques en raison de l’échec collectif de ces derniers à mobiliser la population malienne».

De son côté, le conférencier Moussa Kaba Diakité, économiste et consultant en relations publiques, a fait un bref rappel de l’historique et de la philosophie du financement public avant de développer les critères d’éligibilité et les missions des partis, l’usage fait de l’argent public et son contrôle, ainsi que l’impact du financement sur la démocratie.

Selon lui, les caisses de l’Etat se confondant avec celles du parti unique sous les première et deuxième Républiques, l’on ne pouvait parler de financement puisqu’il n’y avait pas d’autres partis. C’est avec l’avènement de la démocratie plurielle en 1991 qu’est apparue la nécessité d’accorder des financements aux partis politiques. Mais a fallu attendre le vote de la loi 0547 du 18 août 1997 pour que les partis commencent à toucher à leur premier financement sur la base de conditions et critères bien précis.

Il s’agissait, pour chaque formation politique, de justifier la tenue régulière de ses instances dirigeantes, de disposer d’un siège et d’un compte dans une institution financière reconnue, de tenir un inventaire annuel de ses biens, de justifier la provenance de ses ressources financières, d’avoir participé aux élections générales, etc. au total, de 1997 à nos jours, 3 milliards 301 millions 879 000 F CFA ont été distribués aux partis politiques.

La section des comptes de la Cour suprême est chargée de vérifier en aval la moralité des dépenses et la latitude d’exclure tout parti qui présente un faux bilan.
Parlant de l’impact de cet argent, le conférencier a déclaré «qu’à l’usage, ces ressources servent surtout à organiser les instances des partis, congrès, conférences et autres activités politiques. Mais très peu de partis consacrent ces fonds à l’éducation civique des citoyens».

A partir de cet amer constat, les journalistes économiques ont proposé des critères d’attribution des fonds. A défaut de leur suppression pure et simple !

A la fin de la journée, organisée en collaboration avec la Fondation Friedrich Ebert, les confrères, qui étaient plus d’une trentaine, ont souhaité que de tels types de rencontres soient réitérés.

Fatoumata Mah THIAM DOUMBIA

Ce que les partis ont gagné de 1997 à nos jours:

ADEMA : 1,411 milliard de F CFA ; RPM : 673 millions ; CNID : 195 millions ; PARENA : 172 millions ; URD : 137 millions ; US-RDA : 74 millions ; SADI : 76 millions ; BDIA : 76 millions ; MPR : 90 millions ; UDD : 97 millions ; RND : 60 millions ; PDR : 42 millions ; Ramat : 39 millions ; PSP : 30 millions ; PIDS : 28 millions
PDJ : 27 millions ; MIRIA : 23 millions ; RDT : 19 millions ; BARA, FAMA, PEI : 17 millions chacun ; RDS, UFDP, MADI : 15 millions chacun ; Autres partis (70e parti politique au 106e): 879 000 F CFA
Total : 3 301 879 000 F CFA

07 août 2007.