Partager

Devant le consulat de France à Bamako, avec toutes les humiliations et tracasseries que l’on connaît, les candidats au départ vers « l’eldorado » s’accroissent inexorablement. Ousmane Traoré, 27 ans, jeune diplômé, n’en finit pas d’étaler ses misères.

« Il y a longtemps que je traîne. J’ai exercé beaucoup de petits métiers. Plusieurs fois, j’ai tenté, sans succès, le concours d’intégration à la fonction publique. Je crois qu’il est aujourd’hui grand temps pour moi d’aller tenter ma chance ailleurs« , déclare-t-il.

Un autre, Moussa Kané, sans emploi fixe depuis deux ans, égrène, lui aussi, ses motivations. « Ici, nous sommes pratiquement sans réelle perspective d’avenir.. Je pense qu’il vaut mieux, pour nous autres, d’aller en Europe où l’on peut trouver une bonne situation…« , affirme-t-il.

Tout comme Yaguiné Koïta et Fodé Tounkara – deux jeunes Guinéens retrouvés morts le 4 août 1999 dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena à l’aéroport de Bruxelles – les jeunes Maliens, rêvent de « l’eldorado occidental ».

Là-bas, ils pensent y trouver un minimum de bien-être, fuyant ainsi les dures réalités du pays, schématisées notamment par un chômage endémique et la pauvreté.

Obnubilés par les mirages de l’Occident, les volontaires à l’exil au Mali ont jeté leur dévolu sur deux pays : la France et les Etats-Unis. Pour se voir ouvrir larges les portes de ces « paradis » tant convoités, des indiscrétions avancent des chiffres avoisinant les deux à trois millions de francs CFA.

Les candidats à l’émigration ne manquent point de subterfuges pour atteindre leurs objectifs. « J’en connais qui ont profité d’une tournée d’un artiste malien aux Etats-Unis pour obtenir un visa », affirme Salif Traoré, en quête du précieux sésame depuis plusieurs mois.

D’autres, par contre, n’hésitent pas à usurper l’identité d’autrui ou à profiter simplement d’un visa de tourisme pour s’éclipser définitivement..

Grâce à la souplesse dans la délivrance du visa étudiant, nombreux sont aussi les scolaires à s’aligner sur la ligne du départ.

Pour l’obtention d’un visa américain, le plus difficile, selon plusieurs connaisseurs, c’est de fournir une garantie bancaire.

Dans ce cas, la complicité d’un banquier ou d’un proche parent est d’un apport essentiel.  »C’est un jeu d’enfant pour avoir ce genre de justificatif.

« Même si on me demandait une garantie bancaire de 20 millions FCFA, je l’apporterai« , confie, sans gêne, un habitué du milieu.

Excités par la perspective de fouler un jour le sol américain, beaucoup d’autres jeunes ne jurent présentement que par la carte verte, document de base d’une loterie qui fait, chaque année, 50.000 heureux gagnants, autorisés à s’installer légalement aux Etats-Unis.

« Quand j’ai appris l’existence de cette carte, je suis venu m’inscrire sur-le-champ« , indique un postulant, rencontré dans un Cyber Café de la capitale.

Un tour à la police des frontières permet de se faire une idée du nombre de candidats à l’exil « Nous délivrons en moyenne 200 passeports par jour« , confirme un agent de la police de sous couvert de l’anonymat.

Sur ce point précis, il faut signaler le laxisme des autorités policières dans la délivrance des passeports. N’importe quel Nigérian, ne connaissant un traître mot bamanan, peut obtenir un passeport.

Ce candidat à l’immigration, raflé aux abords des grilles de Melilla qui s’appelle Moussa Maïga, a simplement déboursé de l’argent à la Police des Frontières pour obtenir le précieux document.

La corruption généralisée à tous les niveaux de l’administration malienne favorise, sans nul doute, la délivrance illégale de nos documents officiels aux plus offrants.

Pour un début de réponse à l’immigration des jeunes, les autorités doivent prendre définitivement à bras le corps le probléme.

Pourquoi ne pas organiser, dans les plus brefs délais, un forum national sur l’immigration des jeunes. Cet espace d’expressions plurielles aura le mérite de discuter de fond en comble la lancinante question, dont tous les paramètres sont loin d’être connus par les candidats.

Aussi, l’Etat doit dépêcher plusieurs équipes de l’ORTM, et même des médias privés, dans plusieurs capitales européennes (Paris, Madrid, Rome, Berlin…), pour faire des dossiers sur les conditions de vie réelle de nos compatriotes.

A la vue de certaines images, nous parions que plusieurs jeunes, qui rêvent de vivre en occident, déchanteront au plus vite. L’occident est loin d’être un eldorado. Là bas, tout comme dans nos pays, sévit la misère, la faim…


Sory Ibrahim GUINDO

24 octobre 2005.