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Les grandes écoles aux Mali ont perdu leur statut et toute leur visibilité d’antan, d’où la nécessité de leur revalorisation.

Il est connu de tous que les grandes écoles au Mali ont joué un rôle incontestable dans la formation des cadres de l’administration et des services techniques. Les sortants des grandes écoles se sont distingués dans tous les secteurs socioprofessionnels. Mais, aujourd’hui, ces établissements supérieurs qui ont fait la fierté de notre pays perdent toute visibilité dans le paysage de l’enseignement supérieur depuis l’ouverture de l’Université de Bamako en 1996.

Les autorités universitaires, à travers une cérémonie grandiose, ont décerné la semaine dernière, des prix aux majors de la promotion 2006, 2007 et 2008 de l’Ecole normale supérieure (EN Sup). Cette initiative visait, selon le ministre Amadou Touré, à « faire renaître l’EN Sup » afin de revaloriser la fonction enseignante.

L’initiative a été saluée par de nombreux observateurs qui pensent que la politique nationale en matière d’enseignement supérieur a, depuis l’avènement des Facultés, contribué à « tuer » l’EN Sup. Habilités à être prioritairement retenus dans le cadre du recrutement des enseignants, les sortants de l’EN Sup dénoncent aujourd’hui le fait qu’ils soient défavorisés au profit des sortants de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines (Flash) ou de la Faculté des sciences et technique (Fast).

Au-delà de l’EN Sup, plusieurs autres écoles sont présentement dans le besoin de se démarquer du système universitaire. Quelle place occupent aujourd’hui des établissements comme l’Institut polytechnique rural (IPR-Ifra) de Katibougou, censé former des ressources humaines capables de mettre en évidence les grandes potentialités maliennes en matière d’agriculture et d’élevage ?

Le président de la République a reconnu les mérites de nos grandes écoles à l’ouverture des travaux du Forum national sur l’éducation. ATT a révélé qu’il rencontre très souvent au cours de ses voyages internationaux les purs produits de l’IPR qui occupent, selon lui, des postes de responsabilités dans leur pays respectifs.

Que faut-il dire de l’Ecole nationale d’administration (ENA) dont la nouvelle formule tant annoncée par les autorités se fait toujours attendre. A l’état actuel des choses, certains pessimistes n’hésitent pas à dire que le Mali recrutera un jour des étrangers pour administrer ses affaires publiques.

Il est évident que la modernisation de l’Administration qui occupe une place stratégique dans la Lettre de cadrage du président de la République ne saurait atteindre ses objectifs sans les ressources humaines de qualité.

Aussi, beaucoup sont convaincus que le développement économique d’un pays se mesure à l’aune de sa production industrielle. Or, au Mali les établissements qui proposent des filières de production à l’image de l’Ecole centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (Ecica) sont à l’agonie. C’est une lapalissade que de dire que les grandes sociétés d’Etat ont connu leur essor sous l’égide des techniciens compétents et qualifiés des établissements d’enseignement professionnel et technique créés au lendemain de l’indépendance.

Pour paraphraser un animateur de la scène politique, le Mali n’a pas besoin de former des centaines de sociologues ou d’historiens. Selon lui, il est nécessaire que notre système éducatif se tourne vers des filières dites porteuses prenant en compte les besoins du pays.

C’est dire qu’aujourd’hui la redynamisation des grandes écoles ne doit pas se limiter à l’EN Sup seule, elle devrait poser même la question de la redéfinition des missions de ces établissements.


Amadou Waïgalo

12 Novembre 2008