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Dans moins d’une année, le Mali assistera au renouvellement des mairies. Pour ce faire, tous les acteurs concernés se mobilisent pour que ces élections municipales se fassent correctement. Ainsi, le Cadre de Concertation des Femmes des Partis politiques (C.C.F.P) entend obtenir sa “part du gâteau”, dans les différentes mairies du pays. Et leurs responsables et militantes l’ont fait savoir à l’occasion d’une rencontre avec la presse.

Aujourd’hui, les élections communales 2009 sont devenues le véritable enjeu de tous les partis politiques et associations du pays. Un test grandeur nature, pour mesurer la capacité des différents acteurs à mobiliser leurs militants et sympathisants et surtout, à mesurer le dégré d’implication de leurs associations ou partis politiques, à travers tout le pays.

Ainsi entend-on souvent des responsables politiques déclarer que la victoire des élections législatives et présidentielle de 2012 passe nécessairement par un très large ratissage aux communales de 2009. Ce qui explique ces démissions en cascade et adhésions massives des responsables et militants.


Les femmes font aussi entendre leur voix

Face à ce branle-bas de combat des partis et associations politiques où les hommes sont de plus en plus dominants, les femmes, regroupées au sein du Cadre de Concertation des Femmes des Partis politiques (C.C.F.P), ont décidé de donner le ton en réclament, auprès des partis et associations politiques, une égalité dans les instances de prise de décision, notamment dans leur participation aux communales 2009.

Selon la porte-parole du C.C.F.P, Mme Théra Korotoumou Théra, les femmes occupent une place incontestable sur l’échiquier politique malien; mais elles ont encore du mal à s’affirmer politiquement. Notons que d’autres femmes leaders sont membres du C.C.F.P. : telles que Mme Mariko Korotoumou Théra du parti SADI et Mme Keïta Rokiatou N’Diaye du RPM.

Les résultats des élections passées n’ont pas du tout été encourageants. pour les femmes. Ainsi, elles représentent aujourd’hui 1% des maires élus, (c’est-à-dire 7 maires, sur les 703 que compte le pays) ; 6,53 des conseillers municipaux ; 15 femmes députés (soit 10%) ; 8% des conseillers dans le Haut Conseil des Collectivités Territoriales.

D’où cet appel des femmes à l’endroit des associations et partis politiques, en vue de leur porter assistance et soutien financier. Selon les femmes du C.C.F.P, elles entendent traduire leur volonté en actes concrets, pour leur participation effective à la gestion des affaires publiques. Et cela, à partir des à partir des élections communales de 2009.

Selon l’une des membres du C.C.F.P., il est temps de mettre fin à l’exploitation des femmes par les hommes comme un fonds électoral. Le C.C.F.P., qui a été créé en 2003, se bat pour une représentativité des femmes dans les instances de prise de décision. Aussi, le Cadre de concertation est un espace stratégique d’échanges d’idées et d’expériences pour relever le défi de la participation politique des femmes.


Les femmes victimes de leurs querelles de leadership

Malheureusement pour les femmes du Cadre de concertation et d’autres groupements de femmes, elles sont victimes de leur idée de leadership, cause de leur échec patent. En effet, deux choses expliquent cet échec : les membres du Cadre de concertation sont hétéroclites, et chaque femme pense surtout qu’elle est la leader incontestée. Ce qui complique davantage leur combat.

Aussi n’est-il pas rare d’assister à des disputes aussi stériles inutiles entre les femmes d’une même organisation, à propos de directives à adopter, ou de l’ordre du jour à débattre au cours des réunions ordinaires. En fait, ces femmes sont issues de différents partis politiques. Ce qui fait que soi elles se regardent souvent en chiens de faïence, soit elles sont victimes de coups bas des uns contre les autres.

Leurs voeux pourraient donc être difficilement atteints, car les réalités de leurs partis politiques différent les unes des autres. Témoins les rivalités sans merci auxquelles se livrent les différentes organisations féminines qui ne veulent pas même se voir entre elles.

Témoin le cas qui s’est passé, lors de la présidentielle de 2007. Malgré le nombre élevé et important des femmes au Mali, la seule candidate féminine, Mme Sidibé Aminata Diallo, n’avait même pas pu atteindre… 1%. On se rappelle d’ailleurs les tiraillements survenus, à l’époque, entre les organisations féminines, du fait même que leur soeur qu’elles auraient du soutenir (Mme Sidibé Aminata Diallo) avait été l’objet de refus de leur part.

L’autre problème majeur, c’est le fait que chaque femme veut être candidate aux postes de décision et pense qu’elle est leader. Face à ces mensententes et désaccords, les femmes préfèrent voter pour leurs propres partis politiques, renvoyant ainsi aux calendes grecques ce qu’elles réclament à cor et à cris : l’équité du genre dans tous les domaines de la vie sociale.


Une ambition illusoire ?

Malgré la déclaration solennelle des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’U.A. en Juin 2004, préconisant la parité dans toutes les instances de prise de décision, ce défi reste encore illusoire, au regard même de la position des femmes politiques.

Car elles ne pourraient se contenter seulement d’être membres d’associations et de partis politiques, rien que pour soutenir seulement la cause des hommes. Aussi, en interpellant les partis politiques, les femmes du C.C.F.P savent déjà que c’est de l’utopie que de vouloir prétendre à plus de places, dans les instances de prise de décision : il faut, au contraire, qu’elles se battent pour elles-mêmes.

D’aucuns n’hésitent pas à dire que la plupart des responsables de ces organisations féminines font orienter certaines militantes vers leurs propres partis politiques. Une fois élues dans les différentes instances de décision, ces femmes se préoccupent le plus souvent de leur propre promotion, ainsi que de la consolidation de leurs propres partis politiques.

Ce qui fait que les observateurs de la scène politique affirment que la plupart de ces organisations féminines ne représentent qu’un tremplin pour les femmes en vue de décrocher des places et fonctions juteuses au sein de l’administration publique. Et rien de plus. C’est donc aux femmes de prouver le contraire en en s’organisant davantage pour mériter leurs places. Surtout qu’il s’agit de postes électifs et non nominatifs.

D’autre part, aucun parti politique ne peut se hasarder à présenter une candidate qui n’est pas connue dans une localité donnée. Surtout que la plupart de ces femmes qui se disent leaders sont installées à Bamako et n’ont aucun rapport direct avec la population locale, principalement rurale.

Or ces communales sont avant tout des élections de proximité, donc plus proches de la base que du sommet. Si donc les femmes veulent être présentes dans les instances de prise de décision, elles doivent changer leur fusil d’épaule. Mais hélas, comme disait l’autre, les femmes veulent des postes… sur un tapis vert, c’est-à-dire sans se fatiguer. Dans ce cas…

Sadou BOCOUM

17 Juillet 2008