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Les femmes œuvrant pour la paix et la promotion des droits de la femme et de l’enfant, main dans la main, ont lancé samedi 31 mai 2008 un cri de cœur à Ibrahima Ag Bahanga afin qu’il revienne à la raison, car disent-elles, il ne saurait y avoir de développement au nord sans paix durable.

Depuis le 23 mai 2006 et malgré les différents accords, le Nord du Mali est le théâtre d’attaques des éléments d’Ibrahima Ag Bahanga.

Ils tuent à l’aide de mines antipersonnel, d’armes volées ou achetées dans les casernes. Le Mouvement national des femmes pour la sauvegarde de la paix et de l’Unité et la Fédération des réseaux de femmes africaines pour la paix (Ferfap), troublés, disent que trop c’est trop.

« A chaque attaque, c’est un époux, un fils, un neveu, un père, un cousin qui perd la vie », martèle, la présidente de la Ferfaf, Dr. Mariam Djibrila Maïga. Et les femmes du Mali disent « Halte Bahanga ! Ça suffit ».

Le samedi, 31 mai au Palais de la culture Amadou Hampaté Ba, elles ont rompu le silence à l’occasion d’une journée dédiée à la paix. La stratégie de bataille préconisée par les mères n’est pas celle des armes, mais le dialogue et la sensibilisation.

« Les femmes de la Ferfap sont là pour dire non aux armes et le retour au dialogue », a affirmé Dr. Maïga. Le programme entrepris par les femmes s’intitule : « Initiative des organisations de femmes du Mali, Plaidoyer pour la paix dans la région de Kidal ».

Quand on sait que les femmes à chaque fois qu’elles se sont impliquées dans la gestion d’une crise ont vaincu, il n’a y pas de raison même pour les plus sceptiques de ne pas espérer sur l’issue de leur démarche. On le dit couramment, derrière chaque grand homme, se cache une femme.

Le cri de cœur des femmes a été de dire à Bahanga d’arrêter et de déposer les armes, de libérer les otages. En mères, sœurs, ces femmes de tous les horizons du Mali, tendent leurs mains à leurs frères qui ont pris le maquis afin qu’ils reviennent à la table de négociation, seul gage de paix durable.

A tour de rôle, les associations de femmes, les religieux, les jeunes, à travers le CNJ, le Parlement des enfants, la société civile, les élus de la nation, bref toutes les sensibilités du Mali ont dit : « Bahanga dépose les armes ! La paix acquise par les armes n’a pas longue vie ».

D’ailleurs, des organisations des femmes œuvrant dans le domaine de la paix et de la promotion des droits de la femme et de l’enfant ont fait savoir leurs vœux à travers des affiches accrochées dans la salle Bazoumana Sissoko. « Non à la violence !

Non à l’usage des armes comme outil de revendication ! Oui au dialogue, à la concertation pour l’unité nationale et un développement durable » ou encore « Le Mali est un et indivisible. Respectons le Pacte national et les accords d’Alger ! »


Les enfants interpellent Bahanga

La présidente de la Ferfap, Dr. Mariam Djibrilla Maïga, a axé son intervention sur la nécessité d’un retour à la paix. « Il ne peut pas y avoir de développement sans paix », a-t-elle clamé.

Celle qui entend mobiliser et renforcer l’engagement des organisations féminines du Mali dans la réconciliation entre les différents acteurs de la crise de Kidal et la consolidation de la paix estime que les crises internes, particulièrement celles armées, développent la haine entre des populations qui ont toujours cohabité dans l’entente et la cohésion.

« Quand il y a la haine entre les individus, elle crée l’antagonisme, affecte et retarde le développement ».

A ses dires, les femmes du Mali ne connaissent pas cette façon de revendiquer « car on ne peut pas faire le développement dans la violence et dans la haine », a-t-elle souligné. Celles qui sont les premières victimes de toute situation de crise, affirment être pour le développement de stratégies de prévention des conflits, d’anticipation et de gestion non violente des crises.

Enfin, la Ferfap a invité les populations à ne pas « entraîner le pays dans une logique de guerre inutile et qui conduira à nous distraire de nos vraies préoccupations de développement ».

L’intervention de la présidente du Parlement des enfants, Fatoumata Sankaré a affecté plus d’un. Mlle Sankaré, après un long plaidoyer en faveur des enfants de Kidal, a supplié à Bahanga et sa bande à revenir enfin sur terre « pour que la paix s’instaure et que les enfants puissent aller à l’école dans un esprit serein ».

A travers la phrase du jour : « La plus belle vengeance, c’est d’aimer et pardonner tous ceux qui vous ont fait souffrir. Aimer et soutenez-les sans calcul et vous serez les plus heureux », les mères ont invité toutes les parties au pardon.

Le collage des messages des femmes et des jeunes sur la toile du plaidoyer des femmes du Mali pour la paix, qui va traverser tout le Mali à travers une caravane de la paix, a clôturé la conférence.

Elles ont demandé en outre la reprise de la médiation algérienne pour le retour de la paix. Une reprise pour laquelle le pays du président Abdelaziz Bouteflika a d’ailleurs donné son accord depuis deux semaines.


Amadou Sidibé

02 Juin 2008