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Le sport confère à l’Afrique une audience internationale qu’elle ne peut encore acquérir dans d’autres domaines. Mais, les interprétations de ce phénomène restent très divergentes. Pour les uns, les relations dans le domaine sportif renforcent, au-delà de certaines apparences, la domination des pays riches. Pour d’autres, ces relations laissent une marge de manœuvre non négligeable que les Etats peuvent utiliser.

Les centaines de compétitions internationales qui sont organisées chaque année intéressent majoritairement les pays développés. Selon une étude menée à l’Université de Besançon (France), 96 % des rencontres s’effectuent dans les 30 pays les plus riches, les 10 premiers organisant 63 % des épreuves. L’Afrique, on l’a vu, n’en organise pas moins trois compétitions de football de haut niveau, qui ont entraîné la construction de grands stades.
Le mouvement a débuté en Egypte, en raison de l’influence anglaise, puis de la volonté du président Nasser qui s’est engagé dans une politique ambitieuse d’équipements visant à favoriser l’essor d’un panafricanisme sportif. La seule ville du Caire offre, dans une dizaine de stades, plus de 300 000 places au total. Le Stade international du Caire en propose à lui seul 100 000.

Trois autres capitales : Lagos, Luanda et Alger, disposent d’enceintes de plus de 80 000 places, alors que Casablanca, Rabat et Dakar sont dotées de stades de 60 000 à 70 000 places. Il reste encore une dizaine de villes, dont Abidjan, Douala, Yaoundé, Kinshasa et Brazzaville, équipées de stades de 50 000 places. La plupart ont été construits par les Etats-nations depuis les indépendances avec l’aide de la coopération, en particulier de celle de la Chine populaire qui en a livré six. Ces stades de 40 000 à 60 000 places ont été édifiés à Cotonou, Mogadiscio, Ouagadougou, Banjul, Rabat et Dakar.

Au-delà du cas particulier de l’Afrique du Sud, les stades africains présentent des caractéristiques qui les différencient des stades européens. N’appartenant généralement pas aux municipalités ou aux clubs, ils sont souvent les propriétés de l’Etat et leurs noms se rapportent à des personnalités politiques ou à l’histoire du pays. Les stades Modibo Kéita à Bamako,
Houphouët-Boigny à Abidjan et Omar Bongo à Libreville ont été baptisés du nom des présidents, alors qu’à Rabat, le Stade Moulaye Abdallah porte celui d’un sultan, ancêtre de la famille royale.

A Ouagadougou, le Stade du 4-Août rappelle la date de la révolution de 1983 comme le 26-Mars, date de la victoire du peuple sur la dictature au Mali. Au Cameroun, le stade de la Réunification de Douala symbolise la réunion des deux anciennes parties (anglophone et francophone) du pays.

L’impact de la Can

La Coupe d’Afrique des nations (Can) constitue un événement sportif majeur. Le pays organisateur entend généralement faire de ce rendez-vous une grande fête populaire et une occasion d’améliorer ses infrastructures dans tous les secteurs. Depuis la première coupe, qui s’est déroulée au Soudan en 1956, 25 Can ont été organisées et celle de 2002 dans notre pays, l’un des plus pauvres du monde. Et de surcroît frappé par la crise née de la chute du prix du coton. Le Mali a injecté près de 60 milliards de F CFA pour la compétition. Six stades, dont cinq entièrement neufs, ont été aménagés.

Mais, en dehors des infrastructures sportives, un programme de grands travaux a permis l’agrandissement et la modernisation de l’aéroport de Bamako, la réfection de celui de Mopti et la construction de ceux de Sikasso et de Kayes. Auxquels il faut ajouter l’aménagement de routes, l’amélioration des réseaux téléphoniques et de télécommunications, des transports publics, le développement des infrastructures hôtelières et la construction des « villages Can » dans chaque ville (Bamako, Kayes, Sikasso, Ségou et Mopti) accueillant les compétitions.

« Au Mali, comme dans les pays organisateurs d’évènements sportifs, ces manifestations sont à la fois un prétexte à la recomposition urbaine, à l’aménagement du territoire et à l’affirmation de l’image attractive des pays », nous indique un urbaniste. Toutefois, l’évaluation de leurs retombées sont diverses. Certains estiment qu’elles sont insignifiantes et que les pays organisateurs ont peu de chances de récupérer leur mise. Ce qui n’est pas évidemment pas le cas du Mali qui a abrité pas mal d’événements sportifs majeurs (Can militaire, Jeux de l’Acnoaz…) depuis la Can 2002. Sans compter l’impact socioéconomique de la compétition.

Les coupes d’Afrique de foot, moments forts d’effervescence sociale, ne sauraient faire oublier le rôle d’insertion que joue le sport dans les villes et les villages. Le mouvement des « clubs navétanes » (d’hivernage) au Sénégal offre un exemple de cette capacité organisationnelle du football. Ces clubs sont des groupements qui, lors de la saison des pluies coïncidant avec les vacances scolaires d’été, favorisent la constitution d’équipes sur tout le territoire.

Ces formations de sport de masse rassemblent, sur la base du quartier ou du village, des jeunes participant à des tournois récompensés par des trophées. Né dans les années 1960, le mouvement a connu plusieurs phases de régulation avec la fédération de football. Il reste toujours actif et a servi de modèle à d’autres pays africains comme le Mali où, pendant les vacances, le sport de masse gagne ses lettres de noblesse.

Moussa Bolly

12 janv 07