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C’est ce matin que s’ouvrent les états généraux sur la décentralisation au Mali. Placé sous le signe d’une meilleure présence de l’Etat auprès des communautés les plus reculées, l’événement a lieu dans le contexte de la crise sécuritaire au Nord du Mali. L’ouverture des travaux sera présidée par le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita. La rencontre de 3 jours (du 21 au 23 octobre) permettront aux participants d’ébaucher des solutions concrètes à la crise sécuritaire dans le nord du pays.

Ni l’autonomie, ni le fédéralisme mais oui à une large décentralisation dans le cadre strict de l’Etat uni, laïc et indivisible du Mali « . Ainsi pourrait se résumer la réponse claire et limpide de l’Etat malien aux velléités bellicistes et séparatistes des groupes armés dans le septentrion malien. C’est dans ce contexte que se tiennent les états généraux ce matin au CICB.

Rassemblant des participants venus d’horizons divers, des responsables gouvernementaux, des politiques, des leaders religieux et des associations et ONG travaillant dans le cadre de la coopération décentralisée, des experts en décentralisation, ces assises doivent permettre aux autorités d’aboutir à des propositions concrètes sur le mode de gestion de nos collectivités.

Transfert de compétences et de ressources

En effet, la présence effective de l’Etat se fait de plus en plus sentir dans un pays aussi vaste que Mali. C’est pourquoi, face aux difficultés éprouvées par les populations à des milliers de kilomètres des centres urbains, certains groupes ethniques n’hésitent pas à développer des réflexes identitaires et séparatistes pouvant troubler l’ordre public.

Les nouvelles autorités se doivent donc de prendre des initiatives en vue d’approfondir le processus de décentralisation au Mali. La question du transfert des compétences et des ressources autour de laquelle plusieurs élus locaux expriment des récriminations doit être rapidement résolue. C’est cela qui permettra aux responsables des collectivités de répondre efficacement aux besoins des populations en terme de prestations de divers services.

Il faut rappeler qu’au Mali la décentralisation est présente dans les discours depuis l’indépendance mais il a fallu attendre la 3e République pour qu’elle entre réellement dans les faits.

La loi du 11 février 1993 définit les collectivités territoriales du Mali qui sont les régions, le district de Bamako, les cercles, les communes urbaines et les communes rurales, chacune étant dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière et aucune ne peut établir ou exercer de tutelle sur une autre collectivité. Les collectivités s’administrent librement par des assemblées ou conseils élus qui élisent en leur sein un organe exécutif. La loi du 16 octobre 1996 a créé sur l’ensemble du territoire national 684 communes qui s’ajoutent aux 19 communes existantes

Les acquis de la décentralisation

Mise en œuvre à partir de 1999, la décentralisation répond au souci de distribuer le pouvoir et de rapprocher davantage l’administration des citoyens. A ce titre, il importe d’établir le bilan des réalisations et changements que la décentralisation a apportés à la vie des Maliens.

La décentralisation s’est en particulier traduite par une multiplication considérable des équipements collectifs locaux. De 2001 à 2003, l’effort d’investissement de l’Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales (ANICT) en direction des collectivités territoriales représentait plus de vingt cinq milliards (25.000.000.000 F CFA).

Nombreuses infrastructures

Le bilan du dispositif d’appui est largement positif. La maîtrise d’ouvrage assurée par les collectivités a permis de tirer la presque totalité de leurs droits de tirages et de créer, pendant les cinq dernières années, de nombreuses infrastructures dans les domaines entre autres de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et de la sécurité alimentaire. Cette performance marque tout l’intérêt attaché aux collectivités territoriales et l’espoir placé en elles. Ces investissements ont rapproché davantage les services publics des citoyens et conforté le capital de confiance des élus.

10 782 élus locaux

La décentralisation a permis l’émergence d’un nouveau type d’acteurs dans la détermination et la conduite des politiques : l’élu local. Aujourd’hui, les collectivités territoriales du Mali sont animées par 10 752 élus. Aussi, les collectivités territoriales sont devenues des acteurs majeurs de la vie économique, sociale et culturelle. Avec elles, l’action publique s’est enrichie et la démocratie a progressé.

Processus participatif et itératif

L’aspect le plus marquant est surtout le processus de planification participatif et itératif qui s’est établi en amont et qui a drainé des milliers de citoyens à s’exprimer, proposer, décider pour que chaque collectivité, à partir de la vision propre de ses dirigeants, soit dotée de programme de développement de soutenir la décentralisation. A ce tableau réconfortant, ajoutons la volonté mainte fois affirmée du Gouvernement de poursuivre la reéforme et l’engagement de l’ensemble des partenaires au développement de soutenir la décentralisation.

Au titre des difficultés de la décentralisation, les experts estiment que les avancées du processus se sont heurtées à des écueils majeurs dont les plus persistantes portent sur le cadre juridique et institutionnel ;le problème de mobilisation des ressources ; le processus de transfert de compétences ; les problèmes liés au découpage territorial, la bonne gouvernance au niveau local.

Bruno D SEGBEDJI

djitosegbedji@yahoo.fr

21 Octobre 2013