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De nos jours, tout ce que nous produisons et consommons dépend d’un produit non seulement mal réparti, mais qui se fait rare : le pétrole. Des sous-sols, on en extrait, chaque jour,… quelques 85 millions de barils, de par le monde.

Or les besoins sont évalués à 87 millions de barils par jour. Ces besoins augmentent donc inexorablement d’année en année, et de plus en plus vite. Surtout depuis que les grands pays du Tiers Monde -tels que la Chine et l’Inde se sont accrochés mordicus au train du progrès.

Des prévisions alarmantes

Les estimations les plus sûres prédisent une consommation mondiale de 100 millions de barils en 2015, et… 116 millions de barils en 2030. Quant aux plus grands experts, ils annocent que la production aura de plus en plus de mal à suivre ce rythme croissant de la consommation du pétrole.

Les pays producteurs pourront donc difficilement extraire, de leurs sous-sols, plus que les 100 millions de barils nécessaires par jour, en 2015. Autant dire que dans sept ans, la population mondiale devra faire face à un besoin de pétrole impossible à satisfaire.

A moins qu’entre temps, elle trouve d’autres portes de sortie : une importante arrivée d’énergie de substitution au pétrole, une découverte prodigieuse de l’or noir, un changement radical de nos modes de vie ou de nos habitudes de consommation…


Des questions inquiétantes

Le prix du baril oscille déjà entre 130 et 140 dollars (entre 65 000 et 70 000 FCFA environ), soit plus du double de ce qu’il était au début de 2007. Va-t-il encore augmenter, et partant, secouer beaucoup de sociétés et entreprises pétrolières et déséquilibrer l’économie mondiale? Y a-t-il des chances de voir ce prix diminuer? et que va-t-il se passer dans l’immédiat, c’est-à-dire d’ici 2009?

Autant de questions qui ne trouvent pas encore de réponses rassurantes. Le plus inquiétant, c’est que les experts en la matière avouent que les données dont ils disposent ne leur permettent pas de prévoir l’avenir, ni de se fixer sur ces questions, mais seulement d’avancer des hypothèses. C’est dire que la population mondialle devra se contenter d’avis divergents sur le sujet.


Des opinions d‘experts

Cinq des experts les plus connus dans le domaine ont indiqué ce que sera l’évolution du prix de l’or noir, dans les prochaines années. D’après l’un d‘eux, au prix actuel de 130 à 140 dollars le baril (en 2007), le pétrole a atteint ainsi son niveau optimal. Et il stagnera à ce niveau jusqu’en 2012. Mais selon deux desdits experts, le prix du baril baissera, pour se fixer entre 70 et 80 dollars (35 000 à 40 000FCFA) le baril, soit 60% du prix actuel.

Quant aux deux derniers experts, il sont les plus alarmistes sur le sujet. Pendant que le premier déclare que dans les mois et les années à venir, le pétrole est parti pour monter à …225 dollars (112 500 FCFA) le baril, le second n’exclut pas un bond de ce prix, qui amènera le prix du baril à… 500 dollars (250 000 FCFA) !


L’incertitude sur toute la ligne

Cette divergence d’opinions relève sans doute des caractéristiques mêmes du pétrole. En effet, la production et la consommation du pétrole ne sont guère flexibles. C’est-à-dire qu’on ne peut ni les augmenter, ni les diminuer rapidement et facilement. En fait, par rapport au pétrole, l’équation production-consommation est aussi complexe qu’elle n’est presque pas maîtrisable.

D’autre part, le marché du pétrole découle d’une réalité navrante : la moindre secousse politique ou économique est susceptible de faire monter son prix au niveau mondial. Et les tensions politiques et autres menaces de guerre contribuent davantage à provoquer la flambée du prix du pétrole.

Enfin, les chiffres relatifs au pétrole sont si mal maîtrisés : à ce jour encore, ni les réserves et les stocks mondiaux, ni les capacités de fret disponibles ne sont connus avec précision. Autant constater que concernant les données et prédictions sur cet or noir, c’est l’incertitude, voire l’opacité sur toute la ligne.

Pourtant, s’agissant de cette matière au destin si singulier (le pétrole), l’assurance de chiffres précis et fiables est aussi nécessaire que le produit lui-même.


Une histoire de pétrole

Depuis la découverte de ses premiers gisements, au XIXe siècle, ce produit mythique a suscité autant de convoitises et de gourmandises que de fantasmes et d’erreurs. Mais c’est au début du XXe siècle que la légende de l’or noir a pris son essor.

A l’époque, les plus compétents et expérimentés dans le domaine étaient les géologues britanniques.

Après avoir découvert le pétrole iranien et irakien, il y a tout juste un siècle, ils ont fait figure d’oracles en la matière, en déclarant en 1924 : “Les informations géologiques que nous avons pu rassembler sur la région nous indiquent qu’il n’y a guère d’espoir de trouver du pétrole au Koweït ou à Bahreïn. La presqu’île arabique , dans son ensemble, n’a aucune perspective pétrolière“.

Aussi, avant de plier bagages et de quitter le Moyen Orient, ces géologues britanniques dits exppérimentés ont ajouté : “Nous allons chercher ailleurs : au Canada et en Amérique du Sud“.

Mais ce qu’ils ignoraient, en dépit de leur “expérience“, c’est qu’en laissant la place libre aux Américains du Nord, ils rataient une chance énorme. Car ces derniers prospecteront ce sous-sol d’arabie jugé “stérile” par leurs cousins anglais, et tomberont, quelques années plus tard, …sur la manne pétrolière saoudienne.

Quelle alternative au pétrole?

Aujourd’hui, les grands exportateurs d’or noir croulent sous le poids des dollars qu’ils engrangent jour après jour, et dont ils ne savent plus quoi faire, ni comment et où les investir. Aussi se posent-ils la quesion : “Quel intérêt avons-nous à extraire plus de pétrole pour le mettre sur le marché ?“.

Dans le sous-sol transformé en coffre-fort, le pétrole augmente de valeur, plus vite que le meilleur des investissements, et dans le secteur le plus rentable du pays le plus accueillant.

Mais si les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) et les autres pays exportateurs trouvent moins d’intérêt à échanger leur pétrole contre des dollars, il devient encore plus impératif, pour eux, d’agir sur la consommation en vue de la faire baisser. Et pour cause : on ne gaspille pas ce qui est rare et cher; on l’économise plutôt à mort.

Ainsi, l’industrie automobile en particulier, et celle du transport en général, ont déjà commencé à s’adapter à cette nouvelle situation. Et ses usagers se sont mis à modifier leurs comportements.

Aussi assiste-t-on, depuis quelques années déjà, à la conception et la promotion de nouveaux types de véhicules alimentés par… de l’eau ou de l’électricité. Du coup, la course aux énergies de substitution a le vent en poupe, et pour de bon.

C’est dire que le jour où le besoin de l’or noir cessera d’augmenter d’année en année, sa guerre sera gagnée par les consommateurs. Ce jour-là, les pays exportateurs trouveront que leur pétrole est mieux dans leur sous-sol que dans les tankers (navires-citernes de transport) qui le conduisent à son lieu de consommation.

Alors, ce jour-là, l’offre en pétrole sera de nouveau suffisante pour satisfaire la demande. Mais d’ici-là, quel sera le sort réservé aux pays “pauvres et ssous-développés”, par rapport à ces hausses exponentielles du prix du baril, prévues dans les années à venir?

Oumar DIAWARA

12 Juin 2008