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Le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Commerce Ahamadou Abdoulaye Diallo.

Au cours de ce entretien à bâton rompu le ministre a rappelé que le prix du baril est passé de 124 dollars US soit environ 53320 francs cfa en Mai dernier contre 135 dollars au début de ce mois de Juin ou 58050 francs cfa soit une hausse de 10,55 %. Cette situation explique la nouvelle flambée des prix des carburants à la pompe depuis le Samedi dernier.

Le Supercarburant sans plomb qui était vendu à 650, le litre se vend maintenant à 695 Fcfa, soit une augmentation de 25 % tandis que, le Gasoil grimpe de 570 à 585 Fcfa le litre soit une hausse de 12 %.

Pays enclavé, non producteur de pétrole, notre pays est soumis à la loi de l’offre et de la demande, laquelle est déterminée par les prix du baril sur le marché international.

Le volume de nos importations de produits pétroliers a atteint 700 millions de litres en 2007 pour une facture pétrolière de plus 252 milliards de Fcfa. Ainsi pour éviter que la flambée du pétrole ne se répercute avec toute son ampleur sur les prix à la pompe, les pouvoirs publics ont pris, dès 2005, des mesures de stabilisation des prix, notamment par une baisse de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP).

Le manque à gagner pour les caisses de l’État s’est donc chiffré à 15,3 milliards de Fcfa en 2005. L’année suivante, il a atteint 19 milliards de Fcfa.

L’an dernier, l’État a sacrifié 22 milliards de Fcfa pour maintenir les prix à la pompe à un niveau acceptable pour les consommateurs. Ainsi, les répercussions sur les prix à la pompe se sont situées entre 7 % et 17 % en 2005 et 4 % et 13 % en 2006, selon les produits. Avec le renchérissement des prix du brut sur le marché mondial, la subvention s’élève déjà à plus de 18 milliards de Fcfa durant le premier trimestre de 2008.

Le mécanisme de stabilisation ainsi mis en place par les autorités regroupe en son sein tous les acteurs du secteur notamment le Gouvernement représenté par l’Office Nationale des produits pétroliers (ONAP), les Opérateurs pétroliers et les représentants des consommateurs. Chaque mois, les acteurs du mécanisme se réunissent donc pour faire le point de la situation des hydrocarbures.

On se souvient lors l’augmentation du mois de Mai dernier (Voir L’Essor du 14 Mai 2008), l’État avait graduellement accru ses subventions si bien, sur chaque litre vendu au consommateur, il prenait à sa charge 320 Fcfa. Ainsi sur les prix à la pompe, on avait remarqué une légère augmentation de 15 FCFA sur les différents produits pétroliers.

La nouvelle flambée du prix du brut 136 Dollars soit environ 55900 francs cfa, est un nouveau coup dur pour les pays non producteurs de pétrole.

N’eut été l’intervention de l’État, les prix à la pompe franchiraient la barre psychologique de 830 Fcfa pour le Super, 695 pour le Gasoil etc. « Mais après concertation, avec les différents acteurs, l’État a décidé de subventionner à hauteur de 115 Fcfa le Super, 103 le Gasoil. Ce qui ramène désormais la subvention de l’État à 435 Fcfa pour chaque litre l’essence vendue au consommateur », a expliqué le ministre.

Les pétroliers professionnels ont également reconsidéré leur marge bénéfique de 60 Fcfa sur chaque litre vendu. Ainsi ils ont renoncé à 20 Fcfa sur le Super, et 7 Fcfa sur le Gasoil.

Au jour d’aujourd’hui ‘État supporte les 64 % de l’augmentation du prix du baril de brut, alors que les importateurs pétroliers consentent à diminuer de 20 et 7 Fcfa leur marge de bénéfice. C’est pourquoi, le prix du supercarburant a subi une majoration de 45 Fcfa par litre et le gasoil 15 francs par litre au lieu de 180, et 125 Fcfa respectivement.

Selon le ministre si la tendance actuelle se maintient, l’État perdrait environ 5 milliards de Fcfa au titre des recettes pétrolières durant le seul mois de juin. Aussi cette crise interpelle les pays non producteurs à revoir leur politique énergétique.

Le potentiel hydroélectrique de notre pays est estimé à 1 000 MW avec une capacité moyenne de production de 5 000 GWh par an. De ce potentiel, seulement 250 MW ont été réalisés à ce jour grâce aux barrages de Sotuba (7 MW) et Sélingué (44 MW) sur le Fleuve Niger et Manantali (200 MW) sur le fleuve Sénégal. Le taux de desserte en électricité est d’environ 35 % dans les centres urbains et semi-urbains et d’environ 1 % en milieu rural.

Ces chiffres attestent du faible développement du secteur économique moderne et de l’accès limité des populations maliennes, notamment du secteur rural à l’électricité. La consommation de produits pétroliers dépend entièrement de l’importation, d’où des inquiétudes face à la monté vertigineuse de ce cours mondial des hydrocarbures.

Ainsi, avec une croissance démographique de plus en plus forte et un besoin de plus en plus pressant de ressources énergiques, notre pays doit également accroître sa capacité énergique tout en se libérant de l’énergie thermique très onéreuse.

Selon, le ministre Ahmadou Abdoulaye Diallo, depuis quelques années, l’État a développé des stratégies énergétiques pour rompre notre dépendance vis à vis des énergies thermiques.

Parmi ces mesures, on note particulièrement le développement de l’énergie hydroélectrique et solaire ainsi que la réduction de la facture pétrolière, fortement alourdie par la dévaluation et par la hausse du niveau général des prix des produits pétroliers.

« La réforme du secteur de l’électricité, entreprise est centrée sur l’élaboration de la politique énergétique, la planification, ainsi que la coordination et le contrôle des producteurs.

Il s’agit de permettre l’utilisation rationnelle de toutes les formes d’énergies (traditionnelles et modernes) susceptibles de favoriser le développement économique et humain par l’amélioration des conditions d’accès aux énergies modernes, et ce à moindre coût dans une perspective de long terme », a explicité le ministre.

Pour réaliser ce projet, les principaux axes stratégiques sont la valorisation des ressources énergétiques nationales (hydroélectricité et énergies renouvelables) et le renforcement des capacités de contrôle des institutions en charge de l’énergie.

Ainsi, des études de faisabilité sur le développement de l’énergie hydroélectrique sur les barrages de Thaoussa, et Kénié sont entamés ainsi que l’interconnexion électrique entre le Mali et la Côte D’ivoire.

Répondant à une question relative à la contrebande d’hydrocarbures sur les Corridors Bamako – Kourémalé et Bamako-Bobo Dioulasso le Ministre a précisé qu’un arrêté interministériel a été pris à cet effet interdisant tout exportation des produits subventionnée hors du territoire national.


Doussou Djiré

25 Juin 2008