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L’Aide publique au developpement ou l’opacité instituée :

L’Afrique, triangle des Bermudes financier de la France

D’après l’association Survie 5% seulement de l’aide publique au développement (APD) servirait à la lutte contre la pauvreté dans le Tiers Monde. Au-delà de ce constat ubuesque il convient de s’interroger sur l’usage des 95% restants.

Selon Erik Orsenna « tout le monde sait que les partis politiques sont financés par des détournements de trafics via l’Afrique. L’Afrique sert à blanchir l’argent des partis politiques« , citons aussi Sylvie Brunel : « tout se passe comme si l’argent de l’aide publique était trop utile à la Realpolitik pour servir à lutter contre la pauvreté« .

L’association Survie s’en est rendue compte : au cours des années 80 elle s’est battue pour l’augmentation de l’APD et de sa part consacrée à la lutte contre la pauvreté.

Face aux nombreux obstacles rencontrés, aux menaces d’exclusion exercés contre des élus en cas de reprise de leurs initiatives, malgré des campagnes médiatiques visant à l’atteinte de leurs objectifs et la présence de dirigeants politiques socialistes et donc humanistes au pouvoir, l’association a été amenée à réfléchir sur le système de l’APD, système on ne peut plus « crozemarien« .

Certains parlementaires leur ont indiqué que voter de telles mesures dérangerait l’opacité instituée, gênerait les intérêts depuis longtemps institués, des connexions politico-affairistes déguisés en « intérêt de la France« .

Dès lors au cours des années 90 l’association Survie s’est intéressée à l’opacité et à l’affairisme guidant les relations entre la France et les pays d’Afrique francophone et s’est rendue compte que l’APD consiste, comme le disait José Artur « à prendre l’argent des pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres« . Notons aussi que la France aide principalement les pays nantis en matières premières, notamment en pétrole.

L’APD – 6 milliards d’euros annuels – se décompose en trois grands postes :

l’aide hors projet aussi appelée aide à l’ajustement structurel ou aide à la balance des paiements.
Dans son shéma le plus simpliste une aide directe est accordée à un pays africain.

Sitôt la somme versée une grande partie ou même la totalité remplit des valises de billets CFA, emmenés par avions à Genève ou dans une autre place financière; les billets neufs sont convertis en euros et le magot est partagé avec le décideur politique français et s’en va dans des coffres sûrs ou des paradis fiscaux.

Selon Antoine Glaser et Stephen Smith un cadre de la Banque de France informait le Président sénégalais, le Trésor Public et la cellule africaine de l’Elysée des principaux porteurs de valises à billets.

Il a été constaté une très forte augmentation des aides hors projets dans l’année précédant des échéances électorales importantes en France, mais il ne s’agit probablement que d’un pur hasard.

Lorsqu’un pays est riche en matières premières on passe à un jeu à trois acteurs avec pour intermédiaire des multinationales françaises (Elf notamment) ou des entreprises à la main de dictateurs africains (par exemple la société Fertilizer Corporation aux mains du feu Eyadéma, gérant des phosphates, avec ses 47 comptes bancaires en Suisse qui a ainsi vu transiter près de 5 milliards d’euros de ces aides).

Selon Antoine Glaser et Stephen Smith cette manne n’était pas vaine puisque les taux de retours vers l’ancienne métropole étaient importants.


l’aide-projet.

Elle suppose deux décideurs publics (français et africains) et une entreprise française bénéficiaire de la commande. Le contribuable français jouant le rôle de tiers payant ou plus sincèrement de vache à lait de ce système.
Elle consiste en une aide directe pour des projets dits de développement.

Ceux-ci, que ce soit en Afrique ou en France, ne font preuve d’aucuns contrôles d’utilité publique, de mise en concurrence (au nom de l’amitié franco-africaine), donnent lieu à des surfacturations et à des réévaluations importantes et à la recherche quasi-exclusive de commissions occultes.

Même un homme comme Jean Pierre Pernaud en serait choqué : citons l’exemple d’une université construite par ce biais mais inaccessible aux étudiants ou d’une centrale téléphonique construite malgré l’absence de réseau téléphonique…les projets sont souvent lents à aboutir, suffisamment pour que les détournements éventuels de fonds soient prescrits judiciairement.

Ce système est d’une transparence inégalable : ses budgets sont divisés entre plusieurs Ministères, ne sont que peu contrôlés (la Cour des Comptes s’est décidée à essayer de les contrôler que très récemment; le Parlement ne contrôle qu’un septième de ces crédits).

Afin de le représenter auprès de la Caisse Française de Développement, le Parlement a ainsi délégué le très intègre et très vertueux Gaston Flosse – qui à Tahiti confondait tant patrimoine public et patrimoine privé;

son suppléant était Jean-Pierre Thomas, trésorier du Parti Républicain qui s’était caractérisé par ses comptes suisses, luxembourgeois ou panaméens, greffés de commissions aux marchés publics.
Notons qu’en 1993 Charles Pasqua a permis de comptabiliser la vente d’armes dans l’aide au développement!

les allègements de la dette.

Il s’agit du rééchelonnement de la dette, de la baisse de ses intérêts, des différés de remboursement. Si ces mesures sont louables, les contre-parties sont loins d’être inexistantes car des rentes sur des matières premières (cacao, phosphate, pétrole, bois, café) sont ainsi accordées.

Le Congo-Brazzaville a ainsi prévendu son pétrole pour de nombreuses années. Ces rentes ont été utilisées au financement de partis politiques de gouvernement français. L’utilisation de marchés parallèles permet aussi la disparition inexpliquée d’or, de diamants ou de cobalt dans le même but.

Mais une étude plus poussée de la dette des Etats africains démontre une corrélation entre la dette de ceux-ci et la fortune de leurs chefs d’Etats (Félix Houphouët-Boigny ou le maréchal Mobutu étaient ainsi milliardaires).

Face à cette étrange corrélation l’allègement de la dette sert d’amnistie à des détournements. Elle permet aussi des délits d’initiés grâce aux spéculations sur la dette. Certains chefs d’Etats favorisent l’insolvabilité de leur Etat pour favoriser ces transactions financières opaques.

En conclusion l’APD n’est conçue par personne, organisée par personne, supervisée par personne. L’Afrique est un eldorado pour le délinquant financier : beaucoup de transactions se font en cash, le franc CFA demeure dans le système financier international, l’Afrique a peu d’instituts bancaires crédibles ou de procédures fiables de certification des comptes des entreprises.

Une question se pose : quand est-ce qu’un audit sera-t’il réalisé sur la destination des prêts publics au développement (6 milliards d’euros)?


La COFACE : la vache à lait de la Françafrique.

La Coface ou Compagnie française d’assurances pour le commerce extérieur est une agence d’assurance crédit aux exportations françaises et gère pour le compte de l’Etat les garanties publiques à moyen et longs termes des grands contrats civils et militaires à l’exportation. Cette Compagnie est financée par les contribuables français pour un montant annuel de 5 à 8 milliards d’euros qui paient donc en cas de défaillance du client, pots-de-vin compris.
Dans son fonctionnement la Coface se distingue par sa grande opacité.

Concernant tout d’abord les contrôles existants sur cet organisme : alors que la pensée libérale dominante depuis des années pousse à un contrôle des dépenses de l’Etat et de ses déficits, cet organisme qui a cumulé des dizaine de milliards d’euros de déficits depuis près de 25 ans ne fait preuve d’aucun contrôle financier! Depuis peu la Cour des comptes s’est intéressée à ses comptes mais refuse régulièrement de les certifier pour manque de transparence ou vice de forme.

En cause : la séparation de ses frais de gestion payés par le contribuable sur un compte « Coface » des primes payées par les entreprises « cofacées » et des sinistres indemnisés qui font l’objet d’un enregistrement distinct dans un patrimoine d’affectation sans personnalité juridique (un compte d’Etat), donc non isolé dans un compte spécifique.

Au-delà de cette opacité sur son financement il y a aussi une opacité sur son action : aucun contrôle réel sur les projets qu’elle finance. Ainsi en 1993-94 la Coface a couvert près de 30 milliards d’euros de transactions dont près de la moitié était liée au commerce des armes;

en 1994 suite à un marché entre Charles Pasqua et les islamistes soudanais visant à la capture du terroriste Carlos, la Coface a garanti des transactions avec ce pays exemplaire (autres éléments du deal : baisse de la dette soudanaise, soutien militaire, reportage « publicitaire » sur ce pays sur France 2, vente de trois Airbus, promesses de pétrole pour Total, parts de marché pour d’autres…); même chose la même année pour le Zaïre mobutiste qui servira de plate-forme à l’opération pseudo-humanitaire « Turquoise » et verra les investissements français couverts par elle.

Même opacité concernant les « offices » qui gèrent les exportations d’armement. Dès 1989 un rapport de l’inspection des finances critiquait le statut public et le manque de transparence de ces organismes.

Citons l’Office général des avions qui s’occupe des avions, l’Ofema d’équipements aéronautiques, la Sofme des équipements navals et terrestres et la Sofresa des armes à l’Arabie Saoudite.Le commerce des armes se caractérise ses prodigieuses commissions comme on a pu le voir dans le cas des vedettes vendues à Taïwan.

Comme on le voit la Coface brille par son manque de transparence, véritable germe de toutes les déviances en Afrique ou ailleurs. Ce faisant elle est partiellement factrice du financement de la Françafrique.

Il est temps de contrôler réellement son financement et son fonctionnement, car son financement relève du racket des contribuables, d’autant que la Coface est déficitaire depuis des décennies : une exception dans le monde des assurances.


Petites histoires françafricaines

Au-delà des détournements de l’aide publique au développement et du fonctionnement opaque de la Coface, le système de la Françafrique se caractérise par un affairisme commun.

détournements.

La Françafrique est avant toute chose une affaire de détournements.

Comme on l’a vu plus haut il s’agit notamment de l’aide publique au développement. Une affaire l’a bien illustrée : celle du Carrefour du développement. Dans cette affaire plusieurs millions d’euros ont disparus des fonds du ministère de la coopération et cette ONG s’est signalée par diverses anomalies comptables. En cause Christian Nucci et Yves Chalier, tous deux socialistes.

Par chance l’association s’est fait cambrioler. A la suite d’une enquête on découvre que seuls des documents comptables (qui sont des éléments de preuve dans cette affaire) ont été volés et qu’il n’y a eu aucune effraction lors du vol.
Après une enquête de la brigade financière on découvre que l’ONG a servi de pompes à fric pour des détournements de fonds (achat d’un château, d’un appartement…).

Après une longue fuite Yves Chalier décide de rentrer en France et de se rendre à la justice, on remarque alors qu’il est titulaire d’un vrai-faux passeport, délivré par les services secrets probablement sur ordre de Charles Pasqua…au final Nucci sera amnistié grâce à la loi d’amnistie votée par le PS et le RPR alors que Charles Pasqua le sera par le biais du secret défense.
Autre mode de détournement : les opérations humanitaires.

Ainsi lors de la guerre civile au Nigéria dans les années 60-70, concernant la sécession du Biafra (cette guerre avait été favorisée par Elf afin de mettre en difficulté ses concurrents anglo-saxon BP et Shell et conquérir des parts de marché, par la France pour lutter contre les l’influence anglaise, par les dictateurs francophones pour affaiblir un concurrent régional), ou pendant l’opération Turquoise au Zaïre en 1994 de nombreuses ONG ont constaté que la France faisait parvenir sur place des caisses de produits humanitaires remplies d’armes dont on peut douter de la gratuité.

Même chose à l’époque de l’Apartheid ou en dépit de l’embargo sur l’Afrique du Sud, la France s’est livrée au trafic d’armes par le biais de marchés parallèles.

Les matières premières donnent aussi lieu à des détournements. Citons l’ex-Président togolais Eyadéma dont la gestion de l’Office togolais des phosphates – à la main de son clan – avait une vingtaine de sociétés-écrans domiciliées à Jersey, au Panama, au Libéria ou en Suisse. Au Zaïre l’entreprise d’Etat Gécamines qui s’occupe de cuivre et de cobalt a viré en 1978 un milliard de dollars sur le compte du Maréchal Mobutu sans aucune contestation.

Citons aussi le cas du versement par la Caisse centrale de coopération de 60 millions d’euros (caisse française) à un organisme ivoirien de stabilisation des cours de cacao sur les conseils très insistants de Jean-Claude Mitterrand en 1989. Quelques années plus tard on découvre alors que la moitié de cette somme a disparu dans le paradis fiscal de Jersey…

PUBLIE PAR LES AMIS D’ANTICOR 44 A L’ADRESSE 03:37

LIBELLES : INTERNATIONAL

mardi 16 octobre 2007

21 Juillet 2008