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Ce qui vient de se passer atteste, s’il en était encore besoin, de la complexité de la gestion des prises d’otage dans le Sahara, une immensité désertique où les commandos d’élite et les engins dits sophistiqués sont constamment mis à rude épreuve. Encore une fois, la  » méthode Sarkozy  » dite musclée ou de course- poursuite, vient de montrer ses limites : les otages que les forces spéciales franco-nigériennes ont tenté de sauver ont été tués par leurs ravisseurs qui continuent…à courir dans le désert. Certainement à la recherche, déjà, d’autres proies.

La nouvelle est tombée tel un couperet. Moins de vingt quatre heures après leur rapt, selon la radio française RFI, les deux otages français enlevés vendredi soir 7 janvier 2011 dans un restaurant de Niamey, la capitale du Niger, ont été tués. Le ministère français de la Défense l’a confirmé officiellement et dans un communiqué, le président Sarkozy exprime sa « tristesse » et condamne un « acte barbare ». Les deux jeunes hommes avaient 25 ans ; ils étaient originaires de la ville de Linselles, dans le Nord de la France.

Toujours selon RFI :  » C’est au cours d’une opération d’interception des ravisseurs près de la frontière malienne que les deux otages français, Antoine de Léocour et Vincent Delory, ont trouvé la mort. L’accrochage avec les ravisseurs s’est déroulé samedi en milieu de journée. La garde nationale nigérienne qui depuis la veille pourchassait le convoi est entrée en action avec l’appui de soldats français des forces spéciales présents dans la région. Le ministère français de la Défense confirme la participation de ces soldats et selon des sources militaires françaises un avion de surveillance ATL-2 a fourni un soutien technique pour localiser les ravisseurs « .

Rappelons qu’il était 23h locales, le vendredi 7 janvier, lorsque quatre individus armés, coiffés de turbans et parlant parfaitement l’arabe ont fait irruption dans le bar-restaurant Le Toulousain, situé dans le quartier résidentiel sécurisé du Plateau. Ils ont braqué les deux ressortissants français qui buvaient un verre entre amis, avant de les embarquer de force dans un véhicule 4×4 garé devant le maquis. L’un des Français devait se marier, ce samedi matin, avec une Nigérienne qui se trouvait dans le restaurant avec sa mère et son fiancé, hier soir. L’autre Français enlevé venait d’arriver à Niamey pour assister au mariage de son ami.

Cet énième rapt de ressortissants étrangers, avec cette fois-ci la mort atroce à laquelle ont été soumis les otages dans un pays de la bande sahélo-saharienne, est en train d’attester, jour après jour, que cette zone est devenue un lieu d’insécurité par excellence. Et cela en dépit de tous les efforts fournis par ces pays, dont la plupart sont pauvres, en vue de renforcer la sécurité dans ladite zone. En tout cas, dans ces conditions, il serait difficile de rassurer des touristes et cela en dépit de tous les plaidoyers déployés dans ce sens par les acteurs et les autorités en charge du secteur.

Le fait que l’assassinat des otages soit intervenu au moment même où le président de la République du Mali se trouvait à Tombouctou, au nord du pays, donne à l’acte barbare des ravisseurs un écho beaucoup plus grand. Alors que le président ATT était au four et au moulin en vue d’obtenir la libération des sept expatriés (dont cinq Français) qui travaillent pour Areva au Niger. Accusé à tort d’être le maillon faible de la lutte contre les bandes armées qui écument le Sahara, le Mali voit encore son nom associé à la destination prise par les ravisseurs de ces deux ressortissants français.

En réalité, dans l’immensité désertique, qui peut savoir le chemin pris par des terroristes qui connaissent le terrain comme la pomme de leur main ? En effet, personne. Alors qu’on cesse de pointer du doigt le Mali comme étant le sanctuaire de tous ces terroristes et bandits armés qui grouillent dans ce no man’s land appelé bande sahélo-saharienne. Et dont aucun État ne saurait, à lui seul, contrôler les incessants mouvements des bandes terroristes qui y sont à l’aise comme le poisson dans l’eau. Le sort auquel viennent d’être soumis ces deux jeunes innocents est tout simplement indigne et révoltant.

Ce comportement des terroristes interpelle la conscience humaine et constitue un véritable camouflet à l’effort des autorités politiques et sécuritaires sous-régionales dont la division sert énormément les terroristes dans leurs sales œuvres.

Mamadou FOFANA

10 Janvier 2011.