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Trois jours après sa capture, le sort judiciaire de celui que les Américains ont appelé “le bourreau de Bagdad” divisaient déjà la Communauté internationale. Pendant que les uns souhaitent son procès en Irak, les autres tiennent à son jugement par un Tribunal Pénal International (T.P.I.).

Mais aucune de ces deux tendances ne parvenait à se déterminer sur la troisième option : fallait-il, oui ou non, appliquer, sur Saddam Hussein, la peine de mort ? Autrement dit, “à quelle sauce fallait-il manger”, ou plutôt “à quel feu fallait-il rôtir” le bourreau irakien?…

Le TPI irakien se prononce pour…

Le président en exercice du Conseil de gouvernement transitoire irakien, Abdel Aziz Hakim, en visite à Paris, annonce que Saddam sera jugé par un TPI que ledit Conseil avait institué à cet effet : régler une bonne fois pour toute le sort de Saddam. “C’est le Tribunal pénal, qui avait été créé par le Conseil intérimaire de gouvernement, la semaine dernière (NDLR: entre le 10 et le 17 Décembre 2003) qui va juger Saddam Hussein”, déclare Abdel Aziz Hakim. Mais il s’empresse d’ajouter : “Il pourrait y avoir des conseillers et des personnalités internationales, lors du procès”.

A la question de savoir si l’ancien Président irakien risque la peine de mort, Abdel Aziz Hakim répond sans hésiter : “Oui, tout à fait !”. Voilà qui est tranché d’emblée, sinon …mal dit pour la tête de l’ancien bourreau.

Georges Walker Bush tergiverse

Quant au Président américain, Georges Walker Bush, il souligne, le 15 Décembre 2003, que le procès de Saddam doit répondre aux normes juridiques internationales. Et de préciser : “Les Etats Unis travailleront avec les Irakiens pour trouver un moyen de le juger, dans une procédure soumise à un contrôle international”.
Mais sur la question de la peine de mort à infliger au “bourreau de Bagdad”, Georges Bush avait refusé de se prononcer. Et comme Ponce Pilate face au sort réservé à Jésus, le Président américain déclare : “J’ai mes opinions personnelles sur la façon dont Saddam Hussein doit être traité. Mais je ne suis pas un citoyen irakien. Ce sont les Irakiens qui vont devoir décider“.

Il était pourtant facile de deviner les “opinions personnelles” de Georges Bush, concernant Saddam. S’il ne tenait qu’au locataire de la Maison Blanche, il aurait tôt fait de transformer Saddam en hamburger et le donner à manger à son terrassier (espèce de chien). Aussi, c’est malgré lui qu’il est obligé de convenir que c’est aux Irakiens de décider de la manière dont ils veulent devenir les bourreaux de… leur ancien bourreau. Et pourtant, tant qu’il s’agit de régler ses comptes à Saddam Hussein, Georges Bush et les Irakiens sont tous partants pour la peine capitale. Mais cette question de tuer ou pas tuer Saddam présente un hic de taille…

Quel sort lui réserver alors?

Ainsi, cette question est devenue une source potentielle de fortes tensions entre les Etats unis et leurs principaux alliés européens, notamment la Grande Bretagne, l’Italie et l’Espagne.
Aussi, le 15 Décembre 2003, le Premier ministre britannique, Tony Blair, répète à qui veut ou non l’entendre (suivez le regard) que la Grande Bretagne est, par principe, opposé à la peine capitale, mais qu’il appartient aux Irakiens de décider en dernier lieu. Et le premier ministre de la Nouvelle Zélande, Hellen Clark, d’abonder dans son sens, en se prononçant clairement aussi contre la peine de mort.

Quant au Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, Koffi Anan, il rappelle que “l’ONU n’est pas en faveur de la peine de mort”. Et le même jour (15 Décembre 2003), il déclare, concernant l’autre grand sujet de controverses, c’est-à-dire le jugement de Saddam par un T.P.I. irakien : “La question de la participation de l’ONU à un procès de Saddam n’est pas sur la table, pour l’instant. Mais elle n’est pas à exclure“.

Au pays de Poutine aussi, on laisse aux Irakiens le choix de décider du sort de Saddam. “Juger le régime déchu, juger ses leaders, c’est une affaire intérieure du peuple irakien. Seul le peuple irakien peut décider du sort de ses ex-dirigeants”, estime le vice-ministre russe des Affaires Etrangères, Youri Fédotov.

Idem pour le Président polonais, Kwasniewski, qui soutient “qu’on doit juger Saddam en Irak”. Mais d’autres voix réclament un procès devant une juridiction internationale : il s’agit, notamment, des pays qui avaient jadis été attaqués par l’Irak, tels que l’Iran et le Koweït.

Aussi, le ministre iranien des Affaires Etrangères, Kamal Kharazi, souhaite que l’ex-dictateur irakien “réponde, devant un Tribunal international public, des crimes commis contre ses propres compatriotes: les Kurdes et les Iraniens”. A chacun donc ses anciennes rancunes contre Saddam. Ainsi, les ministres israéliens de la Justice et de la Défense, Yossef Lapid et Shaoul Mofaz, estiment que “Saddam Hussein doit répondre …des tirs de missile contre Israel, lors de la première guerre du Golfe”. “Un crime de guerre évident”, rétorque le Chef du gouvernement israélien.

Soit pour fausser le ton avec son gouvernement, soit pour justifier son statut d’opposante, le Prix Nobel de la Paix 2003, l’Iranienne Shirin Ebadi, tient à ce que Saddam bénéficie “d’un procès équitable devant une juridiction internationale compétente”.

Allant dans le même sens, le Japon se dit aussi favorable à une participation internationale à un procès équitable. Alors que, sans vraiment trancher entre les deux tendances, l’Union Européenne appelle à ce que Saddam soit jugé dans un procès équitable. Ce même souci de respect des normes internationales a également été rappelé par le Président portugais, Jorge Sampaïo et la ministre espagnole des Affaires Etrangères, Ana Palacio.

Le TPI irakien mis en doute

Un certain nombre de voix ont pourtant mis en doute l’impartialité et la capacité de fonctionnement même du Tribunal Pénal chargé de juger les crimes contre l’humanité, commis par le régime de Saddam. Ce T.P.I. mis en place par le Conseil de gouvernement était composé de juges irakiens pouvant faire appel, si nécessaire, à des experts étrangers.

Selon ses textes, ce Tribunal devait fonctionner “sur la base de la loi irakienne, mais aussi sur celle du droit international”. D’après l’organe de presse américain, “Washington Post” du 16 Décembre 2003, les Irakiens souhaitent que le procès de Saddam se tienne dès le printemps de l’année suivante. Toutes ces élucubrations et tergiversations exaspéraient au plus haut point …la propre soeur de Saddam Hussein qui sait que l’ex-dictateur irakien serait mal loti s’il devait être jugé par les Irakiens.

Dans un quotidien arabe publié à Londres, Nawal Ibrahim Al Hassan lance : “On ne veut pas d’un procès de Saddam en Irak. On réclame un jugement équitable devant la Cour de Justice de La Haye, en présence d’avocats arabes et étrangers”.

Mais tous ces avis et impressions n’ont en rien changé le sort de Saddam : il a été décapité haut et court. Et où ? En Irak, là même où il a commis toutes ses atrocités. Une fin de vie que confirme funèbrement l’adage : on n’échappe pas à son destin, quel qu’il soit.

Oumar DIAWARA

13 Février 2008.