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C’est à l’issue d’un meeting de masse, genre pèlerin, que les cotonculteurs du Mali ont déclaré leur soutien au président de la République. La rencontre s’est tenue dans la Commune rurale de N’Kourala à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Sikasso, le 16 décembre 2006.

D’ordinaire, en cette période d’intenses récoltes, les questions politiques relèvent du dernier souci des paysans. Mais le monde paysan, en particulier les cotonculteurs, semble faire exception à la règle cette année. En effet, l’immense foule qui avait pris d’assaut, le 16 décembre 2006, la place publique de N’Kourala au coeur du Kénédougou, avait une forte motivation politique.

Venus, pour certains, du fin fond de la campagne, ces paysans sont des ressortissants de 240 Communes de la zone cotonnière de Kita, Fana, San, Koutiala, Bougouni et Sikasso. A ces localités, il faut ajouter l’espace OHVN comprenant les savanes brûlantes de Kolokani, Kati et de Koulikoro, entre autres.

Sciemment ou inconsciemment, les cotonculteurs du Mali ont toujours été soucieux du devenir du secteur coton dont le rôle prépondérant dans la politique de développement économique et social du pays n’est plus à démontrer.

Fine fleur de l’économie malienne, la culture du coton contribue à la lutte contre la pauvreté, à la croissance économique, à l’amélioration des conditions de vie des populations et à l’autosuffisance alimentaire.

De l’histoire récente du monde rural, on retiendra surtout que les cotonculteurs du Mali ont eu à faire face à de grands défis et à tous les enjeux de cette filière devant lesquels ils ont toujours été unis et solidaires.

Pour mémoire, il y eut de nombreux fora dont les objets ont été essentiellement de donner des orientations stratégiques à la filière, l’objectif étant d’insuffler à chaque fois un nouveau dynamisme pouvant assurer sa pérennité.

Peuvent être cités notamment les recommandations des états généraux, la lettre de politique de développement du secteur, le Mécanisme de détermination du prix d’achat du coton graine, choses auxquelles les producteurs ont adhéré sans exclusive.

Et au nom de cet esprit de corps qui les a toujours caractérisés, les cotonculteurs croient dur comme fer « que rien ne peut empêcher ou nous divertir de ce noble et grandiose idéal » qu’est le soutien au président de la République.

Mais que diable gagnent les cotoncullteurs en accordant leur suffrage au président de la République ?

Certainement beaucoup de dividendes. Par ailleurs, il faut noter que les paysans gardent à l’esprit que « les graves crises causées par des facteurs exogènes, constatées durant ces dernières campagnes, ont été adoucies grâce à une forte implication du Chef de l’Etat lui-même« .

En tout cas pour Mamadou Sanogo, qui a lu la déclaration des cotonculteurs, le choix de soutenir le Général Amadou Toumani Touré aux échéances électorales d’avril 2007 est judicieux. Motif : l’homme dont il s’agit incarne, selon le porte-parole des paysans, les valeurs cardinales du peuple, de par son parcours à la magistrature suprême.

On peut estimer que les cotonculteurs ne sont pas sûrs de ce qu’ils vont avoir exactement avec ATT, mais certaines actions de ce dernier leur donnent une certaine idée de ce qui les attend.

En 2004-2005, l’Etat malien dans le souci de permettre aux producteurs de rentabiliser la culture cotonnière, en tirant le meilleur profit, a fixé le prix au producteur à 210 F Cfa le kilo.

Cette décision n’a pas laissé indifférent Bakary Togola, Président de l’APCAM, qui s’est surtout souvenu, à l’occasion du meeting de N’Kourala, du courage politique dont ATT a fait montre.

Le président de la République, a dit M. Togola, a décidé que l’Etat accorde aux cotonculteurs environ cinquante cinq milliards de nos francs, ce qu’avait fait l’objet d’un désaccord entre l’Etat et les bailleurs de Fonds.

A l’accoutumée, les taux de participation aux différentes élections sont faibles, ce qui montre que les électeurs maliens, en majorité issus des couches paysannes, se désintéressent de la chose politique. Mais la rencontre de N’Kourala ressemble à la manifestation d’un certain civisme de la part des paysans.

« C’est pourquoi nous profitons de cette déclaration pour lancer un appel vibrant à toutes et à tous pour : l’inscription de tous les électeurs potentiels de nos zones d’intervention sur les listes électorales, l’acquisition des cartes d’électeur par l’ensemble des électeurs…« , a déclaré le porte-parole des cotonculteurs. ATT vient une fois de plus de bénéficier d’un appui politique qui va au-delà des soutiens politiques des partis de la mouvance présidentielle.

Hormis le très médiatique Bakary Togola, d’autres monstres sacrés du monde des paysans maliens ont pris fait et cause pour l’actuel président de la République en honorant de leur présence la rencontre de N’Kourala.

Les figures comme celle de Menin Diallo du syndicat des cotonculteurs, pour ne citer que ce seul nom, sont des références pour nombre de paysans qui ne jurent que par « le principe des pintades » en matière électorale : suivre celui qui est devant.

Soumaïla T. Diarra Envoyé Spécial

18 décembre 2006.