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En marge de la conférence des donateurs pour le développement du Mali qui s’est tenue à Bruxelles (Belgique) le 15 mai 2013, le président de la République du Mali, le professeur Dioncounda Traoré a rencontré les parlementaires européens des commissions Affaires étrangères, Défense et sécurité, Développement et Droits de l’Homme.
Lors de ce grand oral, le Président Traoré s’est prêté aux questions des parlementaires européens touchant entre autres aux nombreuses violations des droits de l’homme au Mali, aux entraves à la liberté de presse ainsi qu’aux nombreuses tentatives de mettre en péril la réconciliation nationale.

En réaction à ces nombreuses inquiétudes, le professeur Dioncounda Traoré fera savoir aux parlementaires européens que son pays, le Mali est confronté au terrorisme international et aux jihadistes. Tout en se réjouissant du fait que les donateurs ont été au rendez-vous et qu’ils ont compris nos attentes, le Président de la République dira que le Mali est comblé par l’élan de solidarité de ses amis et que ce ‘’Plan pour la relance durable du Mali (2013-2014)’’ est adossé à un plan de refondation. A l’en croire, au moment où tout le monde se soucie du Mali, l’Afrique était la première à venir au secours de l’Afrique.
‘’Le Mali est sorti de la zone rouge. Le gouvernement de transition estime que la décentralisation est la réponse la plus pertinente. Le Mali est une mosaïque d’ethnies’’, tiendra t-il a faire savoir aux parlementaires européens. Selon le Président Dioncounda Traoré, il s’agit aujourd’hui de savoir comment encourager à la base la répartition des revenus et surtout comment faire pour que les gouvernés puissent mieux contrôler les gouvernants. Selon lui, le nouveau « Plan pour la Relance Durable du Mali (2013-2014) » qui vient d’être plébiscité par les donateurs prévoit 30% des revenus aux communes et aux collectivités locales. ‘’Au Mali, il n’y a pas d’autre choix que de se remettre en cause et d’aller à la refondation‘’, réaffirme avec force le Président du Mali.

Notre premier choix au Mali est le dialogue

Nous sommes un pays pauvre et nos maigres moyens ne peuvent être utilisés que dans la lutte contre la faim plutôt que dans l’achat des armements. A en croire Dioncounda Traoré, l’Etat malien n’a pas de problème avec les Touaregs et même dans une démocratie imparfaite, les coups de feu ne peuvent pas remplacer le dialogue. Selon lui, les 9/10e de la population touaregue sont victimes de cette agression qui n’est pas le fait des touaregs mais des islamistes et des narcotrafiquants.
Tout en réaffirmant que le problème qui existe au nord-Mali n’est pas un problème touareg, Dioncounda Traoré fera savoir aux parlementaires européens que les Maliens demandent simplement au Mnla d’accepter le principe du dialogue.

Sur les Exactions

‘’ Je ne jure pas sur zéro exaction. Le gouvernement, l’Etat du Mali et la hiérarchie militaire sont contre toute atteinte aux droits constitutionnels des populations. Tout militaire, tout civil qui transgresse la loi, répondra de ses actes devant les juridictions internes et internationales’’. Telle est la réponse de Dioncounda Traoré sur la question des exactions.
Selon lui, nous avons tous le devoir de vérifier entre les faits et l’intoxication. C’est pourquoi « nous estimons qu’il faut vite aller aux élections en fin juillet ». Pour le professeur Dioncounda Traoré, certaines exactions sont même orchestrées, c’est de la pure propagande. Et d’enfoncer le clou en disant ‘’ qu’il n’y a pratiquement pas eu d’exaction. Les cas dont on a eu connaissance ont été réglés. Il y a eu une campagne de sensibilisation qui a été faite dès le départ’’. Une déclaration qui a fait sursauter plus d’un parlementaire européen.
La réaction est venue d’Eva Jolie, ancien juge et non moins candidate malheureuse aux dernières élections présidentielles françaises. Elle fera savoir que nul n’a le droit de nier des exactions qui ont été commises au Mali. ‘’ On pensait que vous alliez nous rassurer par rapport aux mesures que vous alliez prendre pour mettre fin aux exactions. Mais pas à les nier de la sorte’’, dira Eva Jolie .

Sur la Sécurité

Un autre volet sur lequel le président de la République du Mali s’est expliqué, c’est la question sécuritaire. Ainsi, il fera savoir aux parlementaires européens que la sécurité s’améliore chaque jour davantage grâce à l’opération Serval. « Nous apercevons le bout du tunnel, mais ce n’est que la partie la plus facile, selon lui, d’autres questions sont à régler. »

Concernant la situation à Kidal, le chef de l’Etat estime que les groupes qui se sont retrouvés dans cette région sont des Maliens (Mnla, Ansardine). Selon lui, il est évident qu’on ne peut pas soumettre au même traitement un Malien et des terroristes. Il fera savoir que par rapport à Kidal, ils ont privilégié le dialogue. ‘’Nous voulons l’intégrité du territoire, l’unité nationale. Le mieux, c’est autre chose. Il faut une solution par le dialogue’’.
Le président Dioncounda Traoré fera savoir aux parlementaires européens que le problème qui existe au Mali n’est pas un problème touareg. Selon lui, dans les années 1960 voire 1990 on pouvait parler d’un problème ethnique touareg. Ce problème a complètement changé de nature en 2012.

Aujourd’hui, il s’agit bien d’un problème créé par les terroristes, les Jihadistes et les narcotrafiquants. ‘’A Kidal aujourd’hui, ceux qui sont là-bas et qui se disent du Mnla sont des collègues à nous. Ils sont tous des députes à l’Assemblée Nationale du Mali. Aujourd’hui, nous n’avons pas de problème touareg au Mali, nous ne saurions avoir de problème touareg. Il n’y a pas de problème ethnique au Mali. Il est temps que l’on quitte cette idée qui est une idée fausse’’, expliqua-t-il tout en ajoutant que la thèse des hommes bleus en voie de disparition est une fausse campagne. Le principal enjeu, selon lui est celui de la civilisation contre l’obscurantisme.

Des engagements mais surtout des actes

Le président de la République n’a pas manqué d’évoquer les engagements pris par certains pays et institutions de venir en aide au Mali, plus précisément, les 3, 250 milliards promis pour financer le plan de relance de son pays.
Selon lui, les engagements ne doivent pas rester dans la parole mais se concrétiser. ‘’Nous sommes d’accord que la solution du Mali doit être une solution africaine et même internationale’’.

Sur la mangueraie de Sébénikoro

L’affaire de la BHM contre la WAIC a été soulevée par un député allemand qui pense que le Mali n’est pas un Etat sérieux. Ce que réfuta vigoureusement Dioncounda Traoré qui affirme haut et fort que le Mali est sérieux. ‘’Nous sommes un peuple sérieux et déterminé à construire une vraie démocratie’’, dira-t-il. Dioncounda Traoré reconnaitra cependant que cette question n’est pas facile.
Selon lui, les principes dont nous nous réclamons aujourd’hui sont des principes qui ont été énoncés au 13e siècle. En 20 ans, comment voulez-vous qu’on ne puisse pas commettre de temps en temps des erreurs. ‘’La question de la mangueraie de Sébénikoro a été mal réglée’’, dira le président de la République. Un désaveu cinglant tant pour le régime ATT que pour la justice malienne qui se serait laissée instrumentaliser.

Dioncounda Traoré tiendra à donner des assurances à nos amis allemands en leur disant que ‘’les autorités feront en sorte que le dossier soit à nouveau réchauffé. On va prendre en charge ce dossier‘’. Est ce à dire que Dioncounda Traoré va ordonner la fin de la séquestration de l’ancien PDG de la BHM qui est en prison depuis 6 ans ? Le garde des sceaux acceptera-t-il enfin de faire un pourvoi d’ordre dans l’intérêt de la loi?

Par rapport à la liberté de la presse

Cette question était relative à l’affaire Boukary Daou, le Directeur de publication du quotidien malien ‘’le Républicain’’.
Donnant son point de vue sur la question, le président Dioncounda Traoré fera savoir aux parlementaires européens que l’Etat de droit ne signifie pas l’anarchie et le désordre. Selon lui, ‘’ce qui est arrivé au Mali, c’est dans une période particulière. Nous sommes en guerre au Nord, en état d’urgence. Le journaliste a inventé une information. L’article incite nos soldats à déserter le nord et à venir semer le trouble au sud. Il a été interpellé sur la base du principe de précaution’’. Il y a eu beaucoup de tapage, d’intoxication. Le Mali est un Etat qui est véritablement engagé dans le processus démocratique.

De qui se moque réellement Dioncounda Traoré ? Qui tente-t-il de couvrir ? Où est-ce qu’il était pendant tout ce temps ? Et le cas des journalistes qui ont été arrêtés sur simple écoute téléphonique, ceux qui ont été enlevés, bastonnés, torturés et laissés pour mort ?
En vérité, les libertés individuelles, de la liberté de la presse et d’autres droits constitutionnels sont superbement ignorés de Dioncounda Traoré sauf s’il veut encore protéger le capitaine Sanogo et sa clique.

Sur la question de l’autonomie

Selon le président Traoré, parler d’unité nationale et d’intégrité cadre mal avec cette notion. La solution se trouve dans la décentralisation. Elle a certes été mal mise en œuvre mais on va la réactiver. ‘’Nous n’allons pas nous aventurer dans des concepts improbables. Nous sommes très méfiants quand on nous parle d’autonomie‘’, dira Dioncounda Traoré.
Sur les élections
Selon Dioncounda Traoré, elles sont difficiles mais possibles. Est-ce que nous voulons les faire? Oui, c’est la meilleure voie pour sortir de cette situation actuelle. Ce n’est pas une transition qui peut s’occuper de ces réformes. La transition doit être très courte. Le problème c’est celui des refugiés et des déplacés. Nous allons faire en sorte que les refugiés reviennent chez eux.

Birama FALL

Envoyé spécial à Bruxelles et à Paris

Le Prétoire du 23 Mai 2013