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Des émissaires du 33ème régiment des commandos Para de Djicoroni reçus par le chef d’Etat-major des armées : Les commandos parachutistes disent préférer la radiation en lieu et place de leur dispersion entre les autres corps

Des émissaires du 33ème régiment des commandos parachutistes de Djicoroni ont été reçus, le vendredi 29 juin, par le Chef d’Etat Major des Armées (CEMA) le Colonel Ibrahim Dahirou Dembélé. Au cours de la rencontre, les bérets rouges ont refusé toute forme de dissolution de leur régiment. Ils sont allés jusqu’à proposer au chef d’Etat-major la nomination à la tête du régiment d’un responsable qui ne soit pas forcément issu de leurs rangs. Faute de consensus avec la hiérarchie, ils ont dit préférer la radiation des rangs de l’effectif à leur dispersion entre les autres corps de l’armée.

Le commandement militaire n’a pas encore réussi à panser les plaies du coup de force manqué du 30 avril au 1er mai dernier. Pour cause, il est toujours dans la logique de la dissolution du régiment para, comme l’avait annoncé le capitaine Amadou Aya Sanogo, au cours de l’une de ses nombreuses et fracassantes déclarations.

La kyrielle d’explications fournies lors de la rencontre entre le CEMA et les hommes de ce régiment, le 26 juin dernier, au camp para de Djicoroni, n’ont guère ramolli l’ardeur des bérets rouges à préserver leur corps. Car, au cours de cette rencontre, comme alternative à cette dissolution, les bérets rouges ont proposé à la hiérarchie militaire de nommer un officier supérieur issu d’autres unités à la tête de leur régiment en vue de faire taire toute forme de suspicion.

Aussi, les hommes de rang ont rejeté toute responsabilité dans les attaques survenues les 30 avril et 1er mai tout en rappelant qu’ils ne sont que de simples exécutants. Et qu’ils n’ont fait que suivre les ordres de leur hiérarchie. Les responsables du contre coup d’Etat étant en fuite, pourquoi dissoudre ce régiment ? Pourquoi dissoudre un régiment d’environ 1 400 personnes tandis que les 2/3 du territoire sont sous occupation des bandits armés et des terroristes? Ce sont autant de questions que les bérets rouges ont posées aux responsables militaires.
L’Etat Major, pour sa part, ne semble pas revenir sur cette décision.

De sources concordantes, des émissaires du régiment parachutiste conduits par l’officier supérieur Marc Dougnon ont été reçus, vendredi 29 juin, par le Colonel Major Ibrahim Dahirou Dembélé. Ils étaient porteurs d’un message des bérets rouges au chef d’Etat-major des armées. Dans leur requête, les commandos parachutistes ont, une nouvelle fois demandé, à l’Etat-major de surseoir à la décision de dissolution et de dispersion des éléments de leur compagnie. En plus, ils ont clairement affirmé au Colonel Major que tous les hommes de la compagnie préfèrent la radiation à la dispersion. Ces propos n’ont pu faire fléchir le CEMA. Pour toute réponse, celui-ci a dit que la décision ne vient pas de lui et qu’il est hors de question de faire marche arrière.

Par ailleurs l’allocation de nourriture (prime journalière d’alimentation) destinée aux jeunes soldats, n’a pas été versée. Il se murmure que chacun d’entre eux va toucher sa solde dans sa zone d’affectation. Des propos que les bérets rouges ont également rejetés d’un revers de la main. En tout cas, chacune des deux parties est restée campée sur sa position. Il y a lieu de se demander l’urgence pour les ex-putschistes de Kati de faire disparaitre un corps d’élite de l’armée malienne. Quand on sait que la décision a été prise beaucoup plus par orgueil que par nécessité.

Car, depuis sa création, le 5 septembre 1961, la compagnie para a participé à toutes les opérations de guerre. Notamment les deux conflits frontaliers qui avaient opposé le Mali au Burkina Faso en 1974 et 1985. Sans oublier la rébellion de 1963, matée par un certain capitaine Dibi Sillas Diarra et celle de 1990 par Siaka Koné, tous deux appartenant à ce corps.

Depuis le soulèvement de 2006, les para commandos étaient les premiers sur le terrain et avaient été les derniers à quitter le théâtre des opérations en mars 2012. Ce qui coûta cher au commandant de la compagnie, qui se trouvait à Kidal et qui a été tué par les hommes d’Iyad Ag Ghaly.

De sources fiables, la compagnie Para a livré un combat héroïque face aux groupes armés lors des récents affrontements au nord du Mali. Ce sont eux qui ont pu ravitailler la ville de Tessalit à partir de Bamako lorsqu’elle était assiégée par les bandits armés et les salafistes. Dans la ville de Gao, ils ont libéré le pont Wabaria des mains des rebelles pour permettre à la population et aux militaires de quitter la ville avant l’arrivée des renforts des assaillants.

Kassoum THERA

L’Indépendant du 09 Juillet 2012