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Kidal, mardi 17 février 2009, à 6 heures du matin encore, c’était l’incertitude : entreront, n’entreront pas ? Ces interrogations, bien sûr, à propos du retour à Kidal des éléments de l’ADC, retour qui avait été programmé pour le 3 décembre avant d’être reporté.

Tout le monde était donc partagé entre doute, optimisme et crainte. D’autant plus que l’avant-veille, les pétarades du moteur d’un BRDM (véhicule blindé léger de reconnaissance de l’armée) à l’entrée sud de la ville, côté Gao, avaient semé la panique. Nombreux étaient ceux qui étaient convaincus qu’il s’agissait de détonations d’armes lourdes.

Cependant, en ce jour de 17 février, peu après 7 heures, la population pourtant s’activait comme d’habitude, alors qu’au sein des forces armées et de sécurité, c’était le branle-bas. En effet, dans les différents camps, de la garde nationale, de la gendarmerie et de l’armée, on procédait aux prises d’armes. Au commissariat également.

Le commissaire principal, Mamadou Sylla, suppléant, rassemblait ses hommes dans la cour. A moins de cent mètres de là, presque en face, on s’activait au QG du PC opérationnel du colonel El Hadj Gamou, un des deux piliers essentiels de la grande offensive militaire contre les bandes armées (l’autre pilier étant le colonel Ould Meïdou basé à Tessalit).

A la mairie, on était confiant. Et pour cause : le maire de la commune urbaine, Attayoub Ag Intalla, est (avec ses frères dont deux députés) l’un des maillons essentiels des négociations avec les responsables de l’ADC. Dès le début, il n’a eu que ces mots : « il y a de l’espoir ».

A 8 heures, regroupement général au gouvernorat de la région où le gouverneur Alhamdou Ag Ilyène a demandé à tous les chefs de service de se retrouver afin de former une délégation pour accueillir le ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné, dont l’avion était attendu pour 9 heures.

Mais peu auparavant, les officiels et une grande partie de la population ont eu l’occasion de croire à un dénouement heureux de la crise. En effet, le check point Est, côté Tin Essako, a vu passer les éléments armés de l’ADC, à bord de près de 80 véhicules 4×4.

Ceux-ci ont ensuite rallié l’aérodrome où ils ont remis leur armement à la commission de bons offices. Peu avant 9 heures, l’important cortège officiel a traversé la ville tandis que pointait dans le ciel l’avion ministériel, lequel se posera quelques minutes plus tard.

A son bord, outre le ministre, il y avait l’Ambassadeur d’Algérie au Mali, le chef d’état-major général des armées, plusieurs autres personnalités. Tous ont été sans doute surpris de découvrir sur la piste de l’aérodrome les éléments désarmés de l’ADC, militaires et civils, sagement alignés auprès de leurs véhicules, en face des armes qu’ils venaient de rendre.

Ils seraient au nombre de 52 militaires sur les 78 annoncés, dont 5 officiers (2 lieutenants-colonels et 3 commandants). Un capitaine ralliera plus tard dans la journée. Les 25 absents, selon certaines indiscrétions, seraient partis rejoindre Ibrahim Ag Bahanga. Est-ce la fin d’un cauchemar, se sont demandés certains ?


Fin d’un feuilleton

Au vu de la liesse populaire et de l’enthousiasme général, beaucoup ont cru à la fin du sanglant feuilleton qui a endeuillé la région. Tous les discours iront dans ce sens.

D’abord celui de bienvenue du maire de Kidal selon lequel « ce jour marque le dénouement d’un processus qui réjouit les populations de l’Adrar des Ifoghas ».

Il poursuit en disant qu’ils sont arrivés à cette situation grâce à l’esprit de clairvoyance et de compréhension des uns et des autres pour la résolution finale et heureuse des évènements que Kidal a connus le 23 mai 2006. En « restant toujours soudés à l’Accord d’Alger, nous espérons que cela est classé pour l’histoire. Tous unis pour la paix qui n’a pas de prix », a-t-il conclu.

Pour le député Hamada Ag Bibi, porte-parole de l’Alliance, l’ADC est présente pour réaffirmer sa volonté de paix et de concorde, conformément à l’Accord du 4 juillet 2006. Quant à l’Ambassadeur d’Algérie, il a reconnu que ce dénouement sanctionne deux années de labeur et de sacrifices, a invité au respect strict et scrupuleux du contenu de l’Accord.

Il a en outre affirmé que tous ceux qui veulent rejoindre le processus de paix sont les bienvenus. Par rapport à la position de son pays, il a affirmé qu’il demeure au service de la cause et continuera le travail qui avait été perturbé pendant quelques temps.

Le ministre Kafougouna Koné a abondé dans le même sens en soutenant que la seule guerre qui mérite d’être menée est celle contre le sous-développement, or cela ne peut se faire sans la paix et la sécurité.

Après les différentes allocutions, l’Alliance a procédé à la remise symbolique d’une arme et de deux véhicules à l’armée. Hassan Fagaga, en sa qualité de plus haut gradé parmi les désormais ex-insurgés a été chargé de conduire les éléments militaires au « camp des jeunes de Kidal », lieu de leur cantonnement. Là, dès le lendemain, ils ont réintégré. Après un recensement en bonne et due forme (contrôle physique), ils ont reçu leur dotation militaire (tenue, chaussures, chaussettes, etc.)

Quant aux éléments civils, ils ont regagné leurs familles respectives. Là, ils garderont le contact avec le comité de suivi de l’accord en vue de leur prochain programme de réinsertion socio-économique. Ils en auront bien besoin.

Car, il a été donné de constater que ces « éléments » dans leur écrasante majorité sont constitués d’adolescents entre 14 et 17 ans.
Si l’espoir d’un retour définitif de la paix est réel, le spectre de l’insécurité n’est pas pour autant totalement éloigné. Selon plusieurs interlocuteurs, tant que tous les éléments insurgés ne sont pas rentrés dans les rangs, le risque demeure.

Il se trouve que justement Bahanga et certains de ses fidèles lieutenants courent toujours, désormais hors de portée de l’armée. Ils seraient à cheval sur la frontière entre l’Algérie et la Libye. Reste la coopération de ces deux pays.


Cheick Tandina

Envoyé spécial à Kidal

19 Février 2009