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* Entre gendarmes couchés et gendarmes debout

Il y a deux sortes de gendarmes au Mali aussi pires les uns que les autres. Ce sont les gendarmes couchés et les gendarmes debout. Les premiers, appelés ralentisseurs, sont constitués de monticules de terre érigées un peu partout sur nos routes, que ce soit en ville ou en campagne. Comme leur nom l’indique, ils visent à ralentir les véhicules, surtout aux points névralgiques, pour prévenir les accidents de la circulation. Si l’initiative paraît louable à prime abord, force est de constater aujourd’hui que les gendarmes couchés font le cauchemar des usagers, à commencer par les automobilistes et les motocyclistes.

En effet, au lieu des abords des écoles et autres lieux de grande affluence, ils sont érigés de façon anarchique un peu partout. Même dans les villages où un coq ne traverse pas la route. Conséquence : partout c’est le rallye du Bandama, chaque conducteur danse la samba au volant de son véhicule, les motards, eux, font des sauts périlleux au risque de se briser les reins. Pourtant chacun maugrée entre ses dents, mais personne ne bronche. D’ailleurs, à qui va-t-on se plaindre ? Y a-t-il un shérif dans la ville ?

Montés sur de grosses cylindrées, les gendarmes debout sévissent en rase campagne à l’abri des regards indiscrets. Au lieu de traquer les malfrats, ils excellent à racketter les camionneurs. Plus discrets certes que les policiers mais non moins voraces. Entre gendarmes couchés mais qui ne donnent pas et gendarmes debout qui trinquent à la sueur d’autrui, il semble qu’on n’ait plus le choix puisqu’ils trônent à tout bout de champ et de piste.

* Il y a coupeurs de route et coupeurs de route

Au Mali, le respect du bien public est la chose la moins partagée. On en veut pour preuve le triste spectacle de ces vandales qui cassent les feux tricolores, pillent les magasins d’autrui suite au mauvais résultat d’un match de football. Ainsi ces voyous et ces va-nu-pieds détruisent en une journée ce que leurs parents ont mis dix ans ou vingt ans à construire. Mais autant les pollueurs doivent payer, autant les casseurs doivent mettre la main à la poche.

Ils sont rejoints dans leurs nuisances par les coupeurs de route. Par coupeurs de route entendons-nous. Il y a, d’abord, toutes ces termites qui piochent allègrement nos routes bitumées pour les besoins d’un robinet ou la pose de fils électriques. Rares sont ceux qui colmatent les brèches de façon sérieuse, laissant de larges crevasses en pleine chaussée, ce qui est source de désagrément pour les usagers.

Par coupeurs de route, il faut aussi entendre toutes ces vilaines créatures tapies quelque part dans l’obscurité et qui attendent le passage d’un motocycliste pour lui balancer la corde au cou, prendre son engin et disparaître dans la nature. Ce sont de dangereux criminels ces gens-là qui, face à l’appât du gain facile, n’hésitent pas à expédier leur victime dans l’autre monde.

Enfin, il y a ATT, le plus grand coupeur de route du pays. Chaque fois qu’il part à l’étranger, c’est un embouteillage monstre tout au long de son itinéraire qui va de Koulouba à l‘aéroport de Sénou. Ce faisant, il empêche les fonctionnaires d’être à l’heure dans leurs bureaux, cause des manque à gagner chez les hommes d’affaire, empêche les pauvres de tendre leur sébile. Quand, enfin, passe son cortège dans un vacarme assourdissant et toute sirène hurlante, c’est le chaos dans la circulation routière.

Le Républicain

20 Février 2008.