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Le Mali est un pays essentiellement rural où plus de 80 % de la population vit de l’agriculture qui est pratiquée aussi bien dans les campagnes que dans les villes, mais plus massivement cependant dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Cette population agricole pratique une agriculture de subsistance orientée principalement vers la satisfaction des besoins familiaux. Mais quand il se dégage des surplus (ce qui est rare), ceux-ci sont écoulés sur les marchés locaux pour le paiement de l’impôt, des taxes et les divers frais sociaux (mariage, baptême, circoncision, etc).

Il s’agit d’une forme d’agriculture traditionnelle spécialisée surtout dans la production des céréales sèches (mil, sorgho, fonio), des tubercules dans les zones du Sud et récemment le riz dans le delta du Niger et en zone Office.

L’agriculture, longtemps au Mali, est restée au stade traditionnel avec l’utilisation quasi-exclusive de moyens rudimentaires comme la houe (daba) et les autres outils aratoires produits par les forgerons des villages.

Le fait qu’elle se fait à la main en diminue évidemment le rendement et la rend très aléatoire parce qu’il suffit que la pluviométrie soit un peu trop abondante pour que les paysans soient débordés par les mauvaises herbes et que de ce fait les champs soient abandonnés.

En tant que pays sahélo-soudanais, le Mali ne connaît qu’une seule saison pluvieuse appelée hivernage et qui s’étale sur 3 ou 4 mois (généralement de juin à septembre). L’agriculture est fortement dépendante de la pluviométrie dans la mesure où, c’est seulement en hivernage que toutes les activités agricoles se déploient.

Lorsque la pluviométrie est bonne ou moyenne, on peut espérer sur de bonnes récoltes ; dans le cas contraire, c’est au mieux la famine et au pire la catastrophe comme ce fut le cas dans les années 1975-1976.

Bien que le pays soit traversé par deux grands fleuves, le Niger et le Sénégal, les cultures irriguées ont mis du temps à s’y introduire et ne le seront effectivement que sous la colonisation dans l’entre-deux-guerres. Les engins mécaniques, dont principalement la charrue datent tous de cette période.

La colonisation étant venue avec d’autres objectifs agricoles, c’est-à-dire le développement à grande échelle des cultures de rente (coton, arachide, etc.), ces nouvelles cultures (qui demandaient de nouvelles méthodes) ont été introduites de force, d’où l’utilisation progressive de la culture attelée.

Celle-ci mit du temps à s’implanter parce que les paysans soudanais, d’une part, ne voulaient pas abandonner les cultures vivrières au profit des cultures industrielles et, d’autre part, les nouvelles méthodes présentées par les colons leur inspiraient moins de confiance que les anciennes.

L’introduction des cultures de rente amena des changements notables dans la pratique agricole dans la mesure où la mécanisation et l’utilisation massive des engrais (chimiques surtout) permirent d’augmenter les rendements et même de faire des prévisions.

Dans l’agriculture traditionnelle, celles-ci étaient impossibles parce que tout se faisait selon les schémas anciens et au rythme de l’hivernage.

Les engrais étaient peu utilisés, car les champs étaient exploités suivant un système de rotation qui permettait au paysan de laisser le champ devenu infertile pour un autre mis en jachère 2 ou 3 ans auparavant.

L’agriculture traditionnelle ignore pratiquement la notion de campagne agricole alors que celle-ci est la base même de l’agriculture moderne axée sur la grande productivité.

On peut dire que cette notion est venue avec l’introduction des cultures de rente quand les productions agricoles ont commencé à être pesées et vendues à des prix fixés en fonction du poids et de la qualité.

Pour plus de rendement, les colons commencèrent par mettre les paysans qui acceptaient de se consacrer aux cultures dans de très bonnes conditions pour leur permettre de bien produire.

Ces méthodes modernes de gestion de l’agriculture sont restées chez nous et sont encore utilisées dans la production des cultures de rente à la CMDT et à l’OHVN et non dans la culture des céréales sèches qui suivent encore les voies traditionnelles de l’exploitation des sols (avec toutefois un peu plus de mécanisation maintenant).

En prévision de campagne, les sociétés chargées d’exploiter les cultures industrielles accordent à leurs paysans intrants agricoles, semences et engrais – et souvent même des moyens financiers – afin que l’hivernage se passe bien.

De cette manière, à partir des moyens mis en œuvre en début de l’hivernage, il est possible aux experts de dire approximativement quelles quantités de coton et d’arachide seront produites à la fin de l’hivernage. Cette pratique est absente dans l’agriculture traditionnelle où les seuls moyens mis à la disposition du paysan sont ses moyens personnels dérisoires (daba, charrue, bœufs).

En dépit de l’apparente prospérité des producteurs de rente, il se dit que le développement de celles-ci a appauvri la paysannerie de ce pays à cause de nombreux crédits que ceux-ci doivent payer aux banques et aux sociétés cotonnières. De plus, l’argent obtenu dans le coton ou dans l’arachide ne peut pas servir à acheter suffisamment de céréales vivrières pour les besoins alimentaires des familles.

Facoh Donki Diarra

16 Mai 2008