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La situation est assez gravissime pour être soulignée: le Gouverneur de la huitième région administrative du Mali, Adama Kamissoko, loge, depuis son arrivée à Kidal, dans un «une pièce». Dans cette chambrette, un minimum de confort, comprenant un matelas à même le sol et quelques clous au mur, sur lesquels il accroche sa tenue officielle et d’autres habits. L’électricité n’existe pas et l’eau courante reste pour lui un luxe, qu’il doit utiliser avec parcimonie. Ses collaborateurs le plus proches sont, quant à eux, entassés dans de minuscules chambres, parfois à quatre.

Pendant ce temps, Bilal Ag Cherif, Secrétaire général du MNLA, se pavane comme un pacha dans la résidence officielle du gouvernorat, située à Etambar. Autour du bandit armé, une nuée de combattants et de parasites, qui n’hésitent pas à enflammer la ville à chaque fois qu’une délégation officielle fait son apparition.
Or, dans l’Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali, signé le 18 juin 2013 à Ouagadougou, l’article 12 engage les parties signataires à «faciliter le déploiement de l’administration générale et des services sociaux de base dans le Nord du Mali». A Tombouctou et à Gao, même si les services sont encore dans des locaux provisoires, l’Etat est de retour. Ce n’est le cas ni dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas ni dans ses cercles.

Le nouveau Président de la République, qui a eu des sueurs froides lors de son dernier passage à Kidal, doit aisément comprendre que les bandits du MNLA ne comprennent pas le mot dialogue… Il faut donc utiliser le bâton.

Nord-Mali: la rébellion des intellos se prépare

Au sein de l’élite des trois régions du Nord, la remarque est la même. Les seuls défauts de l’action des rebelles, pendant ces 20 dernières années, ont été de «prendre les armes contre le Mali» et d’avoir «favorisé l’entrée des extrémistes de tous bords sur notre territoire». Les personnes avec qui nous nous sommes entretenues soutiennent «qu’à part ces erreurs, toutes les autres revendications sont légitimes».

En effet, les différentes remarques qui poussent les intellectuels à se rallier à la cause des rebelles remontent tout d’abord au Pacte national, signé en 1991 par les autorités de la Transition d’alors. Dans ce document il est, entre autres, préconisé que «…l’administration au Nord du Mali, déchargée de militaires…». Pourtant, soulignent toujours nos interlocuteurs, «on continue à nommer des Gouverneurs, des Préfets et Sous-préfets militaires dans les trois régions du Nord».

De plus, les infrastructures routières viennent en seconde position des griefs portés par les uns et les autres. Il est vrai que pour, par exemple, se rendre à Tombouctou à partir de Douentza (198 km), on passe banalement 6 heures en cours de route, à cause de l’état calamiteux du tronçon.
Le trajet Sévaré-Gao, lui, est un chemin de croix pour les usagers de la RN6. Ne parlons pas des axes qui mènent à Gourma-Rharous ou à Kidal. Et, ces derniers temps, les commentaires des intellos ne manquent pas pour exprimer leur degré d’engagement: «cette fois-ci, il faut que le Mali pense sincèrement à appliquer ce que se dit et se signe dans les différents accords. Sinon, nous serons plus virulents que ceux qui ont pris les armes pour défendre leurs propres intérêts. Nous ne voulons pas seulement obtenir un peu d’argent. Nous voulons le développement réel du Nord. Si Bamako continue de faire son jeu de deux poids deux mesures, la prochaine rébellion que nous mènerons sera la plus virulente que le Mali ait, jusque-là, connu».

Investiture d’IBK: Mercredi ou Jeudi 4 septembre 2013?

Assurément, jusqu’à la dernière minute, l’équipe de la Transition nous aura proposé des plats… peu comestibles. Même le Protocole de la République s’y est mis. Mardi dernier, les nombreux badges distribués à la presse nationale et internationale, portaient une curieuse date pour la cérémonie d’hier, mercredi 4 septembre 2013. On pouvait y lire «Cérémonie d’investiture de Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Kéïta, Président de la République: Bamako, le Jeudi 04 Septembre 2013, Centre International de Conférence de Bamako (CICB)». Ce qu’il faut désormais considérer comme la première grosse faute du quinquennat d’IBK a été très mal pris par son entourage. Certaines personnes ont tout simplement demandé «la radiation de tous les cadres de la Direction du Protocole de la République, qui ont eu tout le temps nécessaire pour la confection de ces simples badges».

Les dernières cacahuètes de Dioncounda

Après avoir fermé les yeux sur les transitiongates de Diango Cissoko et les nombreux dérapages des ministres du gouvernement… après avoir partagé les épaulettes étoilées, Dioncounda Traoré a distribué, comme des petits pains, des médailles de tous ordres, au tout venant. Certains ministres, comme l’ex titulaire du portefeuille de l’Elevage et de la Pêche, devaient refuser ce cadeau, car n’ayant apporté aucune pierre à l’édifice Mali. «L’honneur ne se refuse pas», nous diront certains. Nous disons plutôt… le ridicule ne tue plus au Mali. A moins qu’IBK ne vienne rapidement changer la donne.

Paix et réconciliation: les vérités des religieux aux politiques

Dans le cadre du lancement de la campagne Paix et réconciliation nationale, une rencontre s’est tenue à l’Hôtel Radisson, la semaine dernière. A cette occasion, un documentaire de sensibilisation, réalisé grâce au soutien de la Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES) a été projeté. Et les leaders religieux n’ont pas fait dans la dentelle pour assener leurs vérités aux hommes politiques. A commencer par Mahmoud Dicko, le Président du Haut Conseil Islamique du Mali.
S’exprimant sur le concept du pardon, Mahmoud Dicko a souligné que «le pardon n’est pas un slogan, c’est un comportement. On ne peut pas continuer de demander aux Maliens de pardonner, alors qu’on continue à piétiner le peuple. Il faut qu’on se dise la vérité pour que le pardon vienne ensuite».

S’adressant aux acteurs politiques, le Président du Haut Conseil Islamique leur a demandé de «changer de comportement». «Il ne sert à rien de prononcer de beaux discours ou de belles paroles. Il faut que nos dirigeants changent de comportement. C’est à cause d’eux que le Mali a connu toute cette misère. Sinon, le Malien est tolérant de nature. Mais, tant que le pouvoir en place continue à ne pas traiter les gens sur le même pied d’égalité, il y aura toujours des tensions et le pardon sera difficile» a-t-il martelé.
Dans le même ordre d’idées, mais en étant un peu plus diplomate, l’Archevêque de Bamako, Monseigneur Jean Zerbo a appelé les Maliens à «changer de comportement, car la réconciliation et le pardon ne peuvent pas se faire sans une sincérité réciproque». «On doit d’abord relever nos erreurs, se dire la vérité, puis essayer de se pardonner pour construire le Mali ensemble» a soutenu l’Archevêque Jean Zerbo.

Auparavant, ce sont, tour à tour, le représentant de l’IFES, Sidi Diawara, et le Président de la Commission Dialogue et Réconciliation, Mohamed Salia Sokona, qui avaient exposé aux invités leur vision des choses.
Pour ceux qui ne le savent pas, l’IFES est surtout connu pour son expertise électorale et ses contributions variées aux processus politiques à travers le monde. Mais, selon Sidi Diawara, «la démocratie ne peut s’exercer valablement sans un climat de paix et de sécurité». C’est certainement cela qui a poussé le bailleur traditionnel de la Fondation, l’USAID, à insérer une composante «Paix et réconciliation» dans le descriptif du programme actuellement exécuté par l’IFES, le NDI et l’IRI. L’Union Européenne a elle aussi accepté de financer la campagne audio-visuelle d’éducation à la citoyenneté, à travers le Programme d’Appui au Processus Electoral du Mali – PAPEM.

Le Président de la Commission Dialogue et Réconciliation, quant à lui, a tout d’abord mesuré la mission qui lui a été confiée: «en tant que Commission, le pays nous a confié une mission difficile, mais exaltante. En effet, réconcilier les communautés après une crise aussi profonde que celle connue par le Mali demande du temps, de l’abnégation, de la foi. Il demande qu’on accepte brimades et invectives, mais il est exaltant de voir un pays réunifié dans un seul but, le développement pour tous et dans une seule foi, le travail libérateur».

Mohamed Salia Sokona a ensuite salué l’initiative de l’IFES qui a accepté d’appuyer un travail de sensibilisation, à travers la production d’un support vidéo. M. Sokona a conclu son intervention en sollicitant «l’apport de toutes les bonnes volontés, toutes les initiatives qui appuieront les objectifs de la CDR, dans un partenariat gagnant / gagnant».
Espérons que les beaux discours et les vérités des leaders religieux se rejoindront pour une réelle entre Maliens. En tout cas, le chemin reste encore long, qui mènera à la paix tant vantée. Mohamed Salia Sokona en a eu un avant-goût à Kidal, dernièrement.

Paul Mben

22 Septembre du 5 Septembre 2013