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D’après l’histoire, manger ensemble en Afrique, c’est le signe de l’amour pérenne et résistant des uns envers les autres. Manger donc dans la même assiette en Afrique, à la base, se veut être rassembleur de tous les membres d’une famille et proches. En précisant « qu’une famille unie mange toujours ensemble ».  En outre, Les anciens rappellent aux héritiers ou ceux qui l’entendent, qu’en partageant le même plat, une famille unie, matérialise son unité. En ce mois béni, malgré que les grandes familles soient réduites en familles nucléaires avec la colonisation, certains parents ont toujours ce réflexe de rassembler leurs enfants autour du suhur.

Avec la modernisation, l’Afrique surtout le Mali, a perdu une importante partie de sa culture notamment le partage du repas ensemble. Nos grands-parents nous ont toujours rappelé que partager le repas, consolide l’humanité, fortifie les liens du sang et rend moins les charges de la famille. « Manger ensemble a été toujours une coutume propre à notre continent Afrique et à notre pays. Avec Le Jatiguiya, on mangeait avec un étranger même si on ne le connaissait pas. C’est une coutume qui existe chez nous depuis la nuit des temps. Je dirais qu’elle a commencé avant la colonisation, au moment même où les pays d’Afrique ne connaissaient pas de frontières entre eux » dixit Boubacar Keita, un sexagénaire.

Il a ajouté qu’en ce mois béni de ramadan, il n’y a rien de beau que de voir une famille partager le repas ensemble le petit matin. « Mes fils ont tous chacun leur maison mais, j’exige à eux tous de venir manger avec leur mère et moi. D’abord, ce partage de suhur nous permet de nous voir. Ensuite, il enseigne à mes fils et mes petits fils que nous formons une seule famille. En outre, il renforce les liens entre nous. Enfin, ma femme se fatigue moins car, ses belles sœurs viennent l’aider pour la cuisine » clarifie-t-il.

Dans certaines grandes familles de plusieurs frères, ils font préparer leurs femmes le suhur à tour de rôle. Pour Madou Traoré, aîné d’une famille de quatre frères, adopte cette méthode. D’après lui, il partage le suhur pour deux motifs : pour montrer aux enfants qu’ils forment une famille et amoindrir la charge et les dépenses de tout un chacun. « Quand nous faisons préparer nos femmes à tout de rôle, chacun peut faire une semaine sans payer pour la nourriture, il économise plus. Les enfants que nous avons mis au monde aussi, sauront que leurs pères sont soudés et ils feront pareil même à notre absence. C’est la raison pour laquelle nous prenons le suhur ensemble » Martèle-t-il.

Nour Samake, ce jeune vivant avec ses deux frères déplore le fait qu’ils ne partagent jamais leur repas ensemble, même pas le suhur en ce mois béni de Dieu. « Quand je vois des gens manger ensemble, je ne peux que garder le sourire. Chez nous, c’est le contraire, mes deux grands frères n’ont jamais adhérer à cette idée. Chacun mange chez lui et je crois que c’est l’effet d’habiter la grande ville qui fait cela.  C’est triste » a signalé le jeune homme.

Les jeunes célibataires ne restent pas en marge de cette manière de prendre le suhur ensemble. Un groupe de jeunes blanchisseurs et vendeurs de charbon, louent une maison ensemble à Lafiabougou. Ils partagent le suhur en harmonie le petit matin. Ils confectionnent ce repas de leurs propres mains. « Nous n’avons pas de femmes, nous préparons nous même et nous mangeons dans la même assiette comme notre tradition l‘a toujours souhaité. Ce partage de suhur crée une certaine pensée de fraternité entre nous, même si nous ne portons pas les mêmes noms de famille, même si nous ne venons pas d’un même village, même si nous ne sommes pas d’une même ethnie » a conclu Amagni Maïga, le blanchisseur.

Malgré qu’il soit loué par la population grâce à sa bonne vertu, force est de reconnaître que partager un même repas devient de plus en plus rare en Afrique même chez les frères de sang, une triste réalité du moment que nous vivons.

Adama Sanogo

@Afribone