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tartit.jpgTombouctou, la cité des 333 saints. Carrefour de plusieurs cultures, la ville a conservé des traditions artistiques et artisanales bien particulières.Tombouctou, cité historiquement célèbre située entre le monde blanc et le monde noir, à la lisière du désert, est une terre de rencontres.

De riches commerçants, d’habiles artisans et de fins lettrés venaient de tous les horizons à la recherche de fortunes ou en quête de savoir.

Très tôt, une forte immigration de Soudanais, de Maghrébins et d’Arabes du Moyen-Orient s’installa dans un climat d’échanges et de commerce.

Cette position centrale de la cité fur favorisée également par la politique d’ouverture de certains de ses souverains tels que Kankou Moussa, Aquil Ag Meloual et Askia Mohamed.

En 1591 arrivèrent les soldats du pacha Jouder (Marocains et Européens) à Tombouctou qui en firent la capitale du pachalik arma.

L’influence de toutes ces communautés marqua profondément la vie sociale et culturelle des populations autochtones de Tombouctou. La cité sut tirer des vicissitudes de son histoire et des multiples dominations qu’elle a connues (peul, toucouleur et française) un très grand profit.

Au cours des ans, elle apprit savamment à observer, à enregistrer, à accumuler lentement mais sûrement les riches expériences des uns et des autres pour ensuite les digérer et les faire siennes.

Au XVIe siècle particulièrement, les Tombouctiens adoptèrent une nouvelle philosophie de vie basée sur l’instruction, le commerce et l’artisanat.

Cette population très laborieuse et très riche créa et adopta plusieurs folklores tirés du riche patrimoine soudano-saharien.


Influences orientales et orales.

tartit1.jpgLa vie culturelle, tant dans ses aspects immatériels qu’artistiques, a subi l’influence arabe et moyen-orientale. Les éléments de cette influence se retrouvent dans les parures, les costumes traditionnels et l’architecture.

Concernant l’art culinaire, si les aliments à base de mil et de riz sont des mets provenant du sud, ceux à base de blé sont inspirés surtout du Moyen-Orient. Les Tombouctiennes excellent dans la préparation de cette dernière céréale. Elles peuvent en composer douze mets différents (couscous, pain, sahal finta, dogol loma, widjila, toucassou, etc.).

Dans le domaine linguistique, contrairement au sonraï de Gao, celui de Tombouctou est fortement teinté de vocabulaire arabe. On reconnaît aisément certains de ces vocables sonraï. Ils commencent tous par l’article al. En sonraï, on appelle le maçon al banna et en arabe al bannâ.

Tombouctou, plus que toute autre ville noire, a subi une forte influence orientale et arabe et fut, au XVIe siècle, la grande métropole religieuse du Soudan.

Cette cité se glorifie jusqu’à nos jours de tous ces symboles, à savoir ses 333 saints, anges gardiens de la ville, ses trois célèbres mosquées et ses innombrables bibliothèques de langue arabe aux livres jalousement conservés dans plusieurs familles.

Le brassage des populations du Nord et du Sud, la vie intellectuelle intense et la grande richesse d’antan poussèrent les Tombouctiens à se divertir malgré la désapprobation de l’Islam. Les ethnies et les corporations créèrent leur folklore et parfois même en importèrent, comme le bambara-toubal.


Le folklore aristocratique : m’Bâga

tartit2.jpgAu début, l’unique instrument musical était une sorte de violon, hérité probablement de la civilisation hispano-mauresque et introduit par les musulmans d’Andalousie. En effet, des musulmans d’Andalousie venaient s’installer à Tombouctou et professer comme le saint patron de la ville Sidi Yahiya Al Andalousi, mort en 1470.

L’instrument se composait d’une calebasse de 20 à 25 centimètres de diamètre. Son ouverture était recouverte d’une peau de biche ou d’outarde. Une baguette assez longue traverse cette peau dans le sens du diamètre de la calebasse de manière à avoir un manche comme la guitare moderne.

La corde de l’instrument était constituée de crins de cheval. D’autres accessoires permettaient de mettre l’instrument au point. Ce violon était surtout utilisé pour le folklore familial. Pour s’égayer, les femmes de la maison jouaient et chantaient entre elles. La percussion était donnée par un récipient de fortune : bassine, calebasse, tasse,…

Contrairement au reste du Mali, la femme noble de Tombouctou était obligée de maîtriser le violon. Pour garder son mari dans la maison après le dîner, elle parfumait l’étage et jouait pour lui.

Elle improvisait un chant qui relatait l’arbre généalogique du maître de logis, elle le remerciait de tout ce qu’il lui apportait sur le plan matériel, spirituel et moral. Elle lui demandait pardon du mal qu’elle pouvait lui faire. C’était une musique aristocratique, savante et cultivée. La femme cessait de jouer dès que son mari s’endormait…

Par la suite, ce folklore de vestibule des femmes aristocratiques et bourgeoises de Tombouctou devint une danse traditionnelle. Elle repose sur deux calebasses renversées sur les coussins ou sur un amas de draps qui servent de percussions.

La violoniste est d’une importance capitale. Elle est l’animatrice principale. La manifestation prend alors le nom de M’Baga et se voit surtout dans les quartiers de la médina (Badjindé, Sankoré, Djingareïber et Sareïkeïna).

Elle exige des femmes un costume spécial. La vedette doit porter un ample boubou brodé, en bazin de préférence, un pagne tissé artistiquement à la tombouctienne. Elle se tresse à la mode de Djenné.

Sa coiffure est mise en valeur par un sarani (bande bicolore, noir et blanc) qui ceint sa tête sous la tresse, sur le front. Elle porte une paire de babouches en cuir local, des bijoux en or et en argent.

Elle fait partie des femmes qui partagent un certain niveau de vie. Elle doit faire la fierté de son mari, en général moins bien habillé qu’elle.

Avant de sortir, cette maîtresse de maison se parfume d’encens recherché et se rend à la réunion suivie d’une ou deux compagnes, souvent des griottes qui marchent à pas lents devant elle.

Sur le chemin, elles font les louanges de la vedette d’un jour qui ne se lasse pas de saluer à chaque porte pour mieux faire admirer sa toilette et ses parures.

De toutes les rues, débouchent des Tombouctiennes dignes, bien nourries, respirant le bonheur et l’abondance. Cette danse folklorique de la haute aristocratie marque les grands événements de la vie sociale : mariage, port du turban, circoncision…

La cérémonie se déroule de la façon suivante : deux danseuses se mettent au centre du tam-tam. Elles se font face et exhibent au public leur riche costume. Elles dansent en remuant les bras, les pieds et la tête en s’appuyant d’un côté puis de l’autre, la tête légèrement baissée.

Chaque mimique et chaque geste exprime un langage qui s’adresse surtout à des coépouses. Elles montrent qu’elles vivent dans l’opulence pendant que leurs rivales sont dans le besoin. A ces adversaires qu’elles considèrent stériles, elles mettent en avant les enfants qui les prendront en charge durant toute leur vie.

La violoniste accorde son instrument en quinte et en octave, enflamme la querelle grâce à ce son particulier et soutient tour à tour les danseuses parentes ou amies, ou les coépouses furieuses. Les deux danseuses se reposent enfin.

Ensuite, les coépouses mises en cause entrent à leur tour dans la danse et cherchent à répondre énergiquement aux provocations. Malgré ce duel symbolique, le tam-tam termine toujours la séance en beauté et sans incident.

Ce genre de manifestation est organisée l’après-midi ou le soir. De nos jours, elle tend à disparaître car les jeunes filles de Tombouctou ne s’intéressent plus au violon, elles préfèrent le tacamba ou les danses modernes.

Salem ould Elhadj

Editions Donniya, Bamako

A Suivre.